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La petite cuisine de l’historien : la fiche de lecture (1.)

Après la bibliographie, venons-en à un autre sujet d’inquiétude – au moins d’interrogation – que je rencontre à chaque intervention sur la méthodologie de la recherche universitaire, la fiche de lecture.

À chaque fois, ça ne manque pas, il y a quelqu’un qui m’interroge pour savoir comment je confectionne mes fiches de lecture. En général, c’est quelqu’un qui vient de passer une heure au premier rang à gratter comme un fou sur un petit cahier et qui voudrait que je lui livre LE secret, le truc magique, LA recette infaillible pour ces %$£*#ø fiches de lecture qu’il a à faire pour son Master ou sa thèse.

Alors, autant le dire tout de suite : il n’existe pas de modèle de fiche de lecture. « OK, êtes-vous en train de vous dire, encore un type qui va perdre son énergie et notre temps à nous donner des conseils un peu vides, pas très utiles, pour nous affirmer, in fine, que faire une fiche de lecture, ‘c’est personnel’ »… Vous n’avez pas totalement tort, mais un peu de bon sens et quelques exemples font toujours un peu réfléchir. Non ?

Les origines de la fiche de lecture et ses supports

Sans remonter au-delà du XIXe siècle, je crois que l’on peut affirmer que la « fiche de lecture » sous les diverses formes qu’elle peut prendre est l’un des objets-frontières commun à tous les travailleurs du savoir.

Faire des fiches de lecture, c’est le B-A-Ba et à défaut de trouver ça agréable, dites-vous qu’en quelque sorte, cela vous met au moins en communion avec les grands devanciers de votre discipline qui se sont eux-aussi cogné de la fiche pendant des heures.

C’est pendant le XIXe siècle que la « fiche de lecture » prend d’ailleurs son nom. Précédemment, on ne fait pas de « fiches », on « fait des lectures » et on note le fruit de son travail dans des cahiers. Michelet lui-même avait cette habitude et cela explique probablement en partie la linéarité de son écriture1.GOSSMAN Lionel, Jules Michelet : histoire nationale, biographie, autobiographie, in Littérature, n°102, 1996, p. 29-54.. La rupture avec le cahier se fait progressivement comme l’explique Françoise Waquet dans L’ordre matériel du savoir :

« Sauf exception, on ne trouve pas un usage systématique de la fiche, tel qu’il s’imposa à partir de la fin du XIXe siècle. On ne saurait dire si ce fut alors sous l’influence des techniques de la documentation, du positivisme, d’une démarche scientifique, d’une professionnalisation de la recherche, ou encore sous l’effet combiné de tout cela. Quoi qu’il en soit, on voit alors des savants parler couramment de fiches et en faire. »
(WAQUET Françoise, L’ordre matériel du savoir. Comment les savants travaillent, XVIe-XXIe siècles, Éditions du CNRS, Paris, 2015, 359 p.)

Cette propension à « faire des fiches » devient alors une obsession assez largement partagée au moment même où les ressources documentaires deviennent elles aussi de plus en plus importantes et accessibles. Dans un ouvrage oublié aujourd’hui, L’île des Pingouins, Anatole France en donne d’ailleurs une illustration assez bien trouvée au travers d’un cauchemar où la fiche joue un rôle central :

« Monsieur, me répondit le maître, je possède tout l’art sur fiches classées alphabétiquement et par ordre de matières. Je me fais un devoir de mettre à votre disposition ce qui s’y rapporte aux Pingouins. Montez à cette échelle et tirez cette boîte que vous voyez là-haut. Vous y trouverez tout ce dont vous avez besoin.
J’obéis en tremblant. Mais à peine avais-je ouvert la fatale boîte que des fiches bleues s’en échappèrent et, glissant entre mes doigts, commencèrent à pleuvoir. Presque aussitôt, par sympathie, les boîtes voisines s’ouvrirent et il en coula des ruisseaux de fiches roses, vertes et blanches, et de proche en proche, de toutes les boîtes les fiches diversement colorées se répandirent en murmurant comme, en avril, les cascades sur les flancs des montagnes. En une minute elles couvrirent le plancher d’une couche épaisse de papier.
Jaillissant de leurs inépuisables réservoirs avec un mugissement sans cesse grossi, elles précipitaient de seconde en seconde leur chute torrentielle. Baigné jusqu’aux genoux, Fulgence Tapir, d’un nez attentif, observait le cataclysme ; il en reconnut la cause et pâlit d’épouvante.
Que d’art ! – s’écria-t-il. »
(Anatole France, L’Ile des Pingouins, 1908)

Revenons à notre histoire de la fiche de lecture. À partir du moment où l’habitude de prendre des notes sur des fiches mobiles et non plus sur des cahiers est prise, l’information va poursuivre un mouvement d’atomisation. Avec le cahier, toutes les notes que vous prenez sont contenues dans l’espace unique d’un support linéaire : la fiche sur ceci, puis la fiche sur cela. Avec les fiches mobiles, chaque ouvrage, article ou source se déploie individuellement sur une ou plusieurs fiches. Quel est l’avantage ? Il est immense : se constituer facilement des dossiers. Tel ouvrage dans le dossier « Les pingouins dans la littérature du XIXe siècle », tel autre dans le dossier « Les obsessions d’écriture des savants du XIXe siècle », etc.

Mais pourquoi s’arrêter à l’échelle de l’ouvrage ou de l’article ? Dans l’excellentissime ouvrage de Françoise Waquet, on trouve une foule d’informations qui peuvent entrer dans divers dossiers que je possède déjà. La citation que j’ai reproduite en début de billet trouverait sa place dans un dossier « pratiques d’écriture scientifique aux XIXe et XXe siècles » aux côtés d’une citation de Lévi-Strauss qu’elle mentionne plus loin. Mais cette dernière citation pourrait tout aussi bien trouver sa place dans mon dossier « Structuralisme et histoire » que j’utilise pour mon cours d’épistémologie. Que faire ? Dupliquer la fiche dans son entièreté. OK, mais c’est une perte d’espace : la fiche sur l’ouvrage de Françoise Waquet va se retrouver à plusieurs endroits en même temps. Jusqu’à l’apparition et à la diffusion massive du micro-ordinateur personnel, il s’agit de papier. Cela prend de la place et du temps d’écriture2.Manuscrite… toute cette affaire.

De la fiche au fichier

La solution s’est donc imposée d’elle-même : un ouvrage ou un article donnera lieu à plusieurs fiches, éventuellement dupliquées, qui trouveront leur place dans des dossiers thématiques. Une citation ici, une citation là, etc…

C’est ainsi que les historiens – entre autres – ont travaillé de la fin du XIXe siècle3.Voire à ce sujet les nombreux ouvrages de méthode comme celui de Guyot-Daubès en 1890, L’art de classer et de garder le fruit de ses lectures et de ses travaux cité dans BERT Jean-François, Une histoire de la fiche érudite, Presses de l’école nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques, Paris, 2017, 144 p. ou, plus spécifiquement à notre discipline dans SEIGNOBOS Charles & LANGLOIS Charles-Victor, Introduction aux études historiques, Félix Alcan, Paris, 2014 (1901/1898), 239 p. au début des années 20004.Période abondamment étudiée sous l’angle des techniques et des supports d’écriture chez les intellectuels (voire par exemple GUY Emmanuel & LE BRAS Laurence, Les fiches de lecture de Guy Debord, in Revue de la BNF, n°41, 2012, p. 30-35. où l’on peut lire par exemple : « Debord lisant est donc indissociable du Debord écrivant, et moins encore du Debord vécu, vivant et à vivre, par-delà sa mort même, face à la postérité. C’est là un effet de lecture, aussi, sans nul doute. Mais ces fiches y invitent. » ; LOYER Emmanuelle, Levi-Strauss, Flammarion, Paris, 2015, 912 p..

Les ustensiles ont donc profondément changé en une petite centaine d’années : l’intellectuel est resté entouré de livres, mais le substrat de son travail quotidien s’est transformé en un fichier de tailles et de formes diverses, mais assez couramment architecturées autour de ces dossiers qui permettent le classement et le reclassement par thèmes et suppléent ainsi à une mémoire forcément limitée. Ce préalable à l’Écriture (avec un grand « É » et telle qu’on la montre couramment comme l’étape noble du travail intellectuel) étant désormais central dans la pratique quotidienne. On est passé en quelque sorte d’un régime de documentation dominée par l’œuvre à un régime de documentation où règne l’information, fragmentée et mouvante.

Renan le disait déjà en 1892 : les « arrangements personnels de bibliothèque » sont « la moitié du travail scientifique »5. RENAN Ernest, Feuilles détachées, Calmann Lévy, Paris, 1892, 443 p.. Si Renan le dit…

La petite cuisine de l’historien : la bibliographie (1.)

Dans la cohorte de tâches plus ou moins répétitives que l’on doit accomplir à partir du Master, en thèse puis dans son quotidien de chercheur, la gestion de la bibliographie est probablement l’une des plus ingrates.

Il faut tenir à jour la liste des monographies, articles, archives et ressources numériques auxquels on fait référence dans ses productions scientifiques ; il faut fournir des bibliographies au cordeau pour ses publications, mais également pour les cours ; il faut dans le même temps garder un état assez précis de tout ce que l’on a consulté, lu ou fait semblant de parcourir.

Pour cela, rien n’est moins inutile qu’un logiciel de gestion de bibliographie. En gros, c’est une base de données qui permet de stocker dans ses champs les types d’informations nécessaires à l’identification de tous les types de documents qui vous passeront entre les paluches. La beauté du système
réside dans le fait que l’on peut formater « à la volée » ses références sans les retaper à la main. Il en existe des kilomètres, Zotero a ses fans – ce qui est justifié – mais pour ma part, j’utilise depuis une bonne dizaine d’années Bookends de Sonnysoftware qui ne tourne que sur Mac OS et qui est remarquablement stable, véloce et ergonomique.

Plus de 5000 références accumulées au fil des années et toujours une grande réactivité

Qu’est-ce que cela permet de faire concrètement ?
Disons que je prends des notes sur un ouvrage. Une monographie. Au hasard, sur L’illusion informaticienne de Francis Pavé que je viens de terminer cette semaine. Je rentre une nouvelle référence dans les champs qui sont présents dans Bookends après avoir sélectionné le type de référence, ici « Book ».

Ceci fait, je peux copier-coller – à la demande – la référence complète (pomme-k), formatée selon des règles que j’ai définies et cela donne ça :

PAVÉ Francis, L'illusion informaticienne, L’Harmattan, Paris, 1989, 270 p.

Mais je peux aussi ne copier que la référence sans mise en forme (pomme-y). Cela donne ça :

{Pavé, 1989, #85397}

et c’est ce qu’il faut faire quand, par exemple, on prend quelques notes sur le livre que l’on utilisera plus tard.

Pourquoi donc ?

Parce que selon que j’utilise mes références pour un livre, un article dans une revue ou dans une autre, j’aurais besoin de formatages bibliographiques différents.

Il suffira alors d’indiquer à Bookends quelle mise en forme adopter, lui faire scanner le document Word, rtf ou multimarkdown qui contient les références et l’on transforme ça :

{Pavé, 1989, #85397}

{Paveau, 2012, #65225}

en ça

PAVÉ Francis, L'illusion informaticienne, L’Harmattan, Paris, 1989, 270 p.

PAVEAU Marie-Anne, Ce que disent les objets. Sens, affordance, cognition, in Synergies, n°9, 2012, p. 53-65.

Si je demande à Bookends de passer du style « Normal » que j’ai élaboré moi-même pour mes bibliographies de cours et que je lui demande de formater le même passage en Chicago 15th B,

{Pavé, 1989, #85397}

{Paveau, 2012, #65225}

se transforme en

Pavé, Francis. 1989. L'Illusion Informaticienne. Paris: L’Harmattan.

Paveau, Marie-Anne. 2012. “Ce que disent les objets. Sens, affordance, cognition.” Synergies n°9 53–65.

Le logiciel comme ses concurrents est fourni avec une liste impressionnante de styles prédéfinis correspondants à des standards internationaux (universités, revues, laboratoires). On peut transformer nos notations en Xenotransplantation Style ? Pas de problème, on repasse de

{Pavé, 1989, #85397}

{Paveau, 2012, #65225}

à

PAVÉ F. L'illusion informaticienne. 1989: 270.

PAVEAU M-A. Ce que disent les objets. Sens, affordance, cognition. Synergies 2012: n°9: 53–65.

Bref, vous l’aurez compris, avec un logiciel de bibliographie, on ne retape plus ses références. On copie-colle à partir de son logiciel et on demande à celui-ci de faire le boulot de mise en forme. Cela représente un gain de temps conséquent. Dans le dernier texte que j’ai rendu, un « bête 35000 signes », il y a 61 références finales uniques, appelées 98 fois dans le texte. J’ai donc copié-collé 98 fois les références utilisées et Bookends a mis en forme (en gérant tout seul, comme un grand, les répétitions par exemple).

Et vous, vous allez taper et re-taper vos références à la main encore longtemps ?

Pourquoi le Multimarkdown est fait pour l’historien ?

La préparation de mes cours en Licence ou en Master me pousse à stocker, année après année, une masse toujours plus importante de documents (textes, images et vidéos essentiellement) qui se retrouvent dans les fascicules ou les évaluations que je donne ensuite à mes étudiants.

Les textes à commenter se taillent la part du lion du fait de la place prépondérante du commentaire dans notre pédagogie historienne.

Ce que j’apprécie particulièrement est de pouvoir stocker dans un seul fichier le texte de la source et le commentaire linéaire de celle-ci, ainsi que le plan à adopter et d’autres informations utiles dans la perspective de la correction à faire ex cathedra, par exemple, après un passage à l’oral d’un(e) étudiant(e) dans mon cours.

Pour cela, je pourrais bien évidemment me reposer sur Microsoft Word ou un autre de ces traitements de texte WYSIWYG. Mais vous en connaissez probablement comme moi les inconvénients. D’abord, les fichiers sont souvent dans un format propriétaire ; leur compatibilité ascendante ou descendante n’est pas assurée dans le temps[1] ; leur poids est sans rapport avec un bête fichier texte ; etc.

Depuis quelques années, j’écris donc en Multimarkdown, langage de balisage dérivé du Markdown créé par John Gruber en 2004[2] qui permet de n’utiliser que des fichiers en plein texte, légers et pérennes.

La beauté du plain text

Les avantages d’un tel langage sont multiples. On en trouve des pleines pages sur les Internets et vous aurez tout le loisir de vous faire votre idée (ici ou ).

Concrètement, lorsque l’on commente un texte, que l’on souhaite conserver tout cela dans une forme utilisable facilement, c’est agréable et efficace que d’avoir recours à un workflow fondé sur le Multimarkdown.

Pourquoi ? Eh bien prenons un exemple.

Je dois commenter en cours le texte suivant (je n’en mets qu’un extrait) :

1

Le titre est précédé d’un « # » pour signifier que… c’est un titre. Le nom du journal est précédé d’un astérisque pour qu’il soit rendu en casse italique par le logiciel que vous utiliserez pour imprimer ou convertir le texte.

Si j’avais ajouté un autre astérisque, le texte aurait adopté la casse grasse et, avec une troisième, une casse grasse et italique. Pas très compliqué à retenir… et surtout, pas de souris à utiliser pendant la rédaction pour aller cliquer je ne sais où. C’est un gain de temps et de tranquillité d’esprit[3].

Vous souhaitez ajouter une note de bas de page ? Facile : tapez le texte de la note entre crochets précédé d’un circonflexe de cette manière :

2

et vous obtiendrez une note parfaitement placée, appelée et numérotée. Par exemple pour préciser un élément à destination des étudiants, cela donne (vous noterez au passage que les italiques sont utilisables dans le corps des notes de bas de page) :

3

Commenter son texte sans l’altérer

Vient ensuite la phase de commentaire. Quand je travaille un texte que je fais commenter et que je corrige ensuite, j’en passe – rien d’original, ici – par le commentaire linéaire pour être bien certain de ne rien laisser passer.

Pour cela, j’utilise une syntaxe associée au Multimarkdown, le CriticMarkup qui propose des balises permettant le suivi et la modification des textes.

En l’occurence, je n’en utilise qu’une, celle qui permet d’insérer un commentaire dans un texte qui ne sera pas affiché au moment de compiler le texte et dont la syntaxe est

4

Dans mon fichier texte, cela donne :

5

très utile pour ne pas réinventer l’eau tiède à chaque préparation de cours.

On récapitule

Donc, en adoptant le Multimarkdown, je travaille sur un seul document au format .txt, pérenne et léger; le balisage n’empêche pas la lecture du fichier source et sa conversion permet une transformation dans le format de votre choix.

Grâce aux balises CriticMarkup, j’ai un document qui, ouvert dans un logiciel comme Multimarkdown Composer ressemble à cela :

1Les passages entre balises sont automatiquement colorisés, ce qui aide à la lecture et au repérage de ce qui relève de la source et de ce qui relève du commentaire[4].

Avec le même fichier, je peux générer un .pdf, un .docx ou n’importe quoi d’autre qui ressemble à ça

2

et que je peux donc donner aux étudiants dans un fascicule, un polycopié d’évaluation ou n’importe quoi d’autre ; les notes de commentaire en sont absentes.

Bref, c’est léger, c’est facile (apprendre quatre ou cinq balises, franchement…), et ça colle assez parfaitement, selon moi, à notre manière de travailler les textes.

Et vous, vous vous y mettez quand ?

P.S. Dans un autre billet, j’aborderai les avantages de l’utilisation des fichiers texte et du Multimarkdown comme alternative à Latex pour la recherche historique.


  1. J’ai récemment essayé d’ouvrir un vieux cours en format Word – d’une version antédiluvienne, c’est vrai – pour un de mes ex-étudiants nouvellement nommé dans un lycée et je n’ai pas pu. J’ai bien retenu la leçon…  ↩
  2. Le *Multimarkdown* apporte son lot d’améliorations indispensables à mes yeux en regard du Markdown comme la possibilité de grever son texte de notes de bas de page dont, vous le savez, les historiens sont friands !  ↩
  3. Les raccourcis-clavier de votre traitement de texte aussi, c’est vrai.  ↩
  4. Vous noterez que le logiciel présente le fichier sur trois panneaux et permet de voir, de gauche à droite, le plan du document avec tous les niveaux de titres, le texte brut – donc avec les commentaires -, le rendu du texte final, donc sans balise cette fois.  ↩

 

Sauvegarder son travail

AfficheJ’en parlais justement durant ma traditionnelle intervention dans le séminaire de master du Pr Pascal Griset il y a moins de 15 jours : il faut sauvegarder et réfléchir à sa stratégie de sauvegarde lorsqu’on rédige un master ou une thèse. Nous sommes des artisans responsables de nos outils et de nos résultats, des indépendants qui doivent savoir communiquer, archiver, sauvegarder et accessoirement, de temps en temps, chercher…

J’ai donc eu le droit aujourd’hui au mail (malheureusement habituel) d’une étudiante paniquée qui m’avait sollicité depuis l’autre bout de la France pour ses recherches en début d’année : elle a perdu deux mois de dépouillement aux archives.

Le truc classique : le disque dur destiné aux sauvegardes dans la même pièce que l’ordinateur portable, une fenêtre mal fermée, un indélicat qui passe par là et disparition du matériel en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Je rappelle à toutes fins utiles que la meilleure des solutions de stockage laissée chez soi est une hérésie. Vous pouvez avoir le plus beau matériel imaginable (du disque dur ultra-performant en passant par le NAS dernier cri), s’il n’est pas géographiquement séparé de votre machine de production (c’est-à-dire « pas chez vous »), il ne servira à rien et partira dans les poches du premier malandrin venu vous rendre une visite de courtoisie et tous les cambrioleurs ne sont pas des gentlemen 6.Ou bien se retrouvera totalement inutilisable une fois inondé.

Dans le même ordre d’idée, on ne voyage pas avec sa sauvegarde et sa machine (un étudiant il y a quelques années a perdu toutes ses notes dans un aéroport en revenant d’un voyage à l’étranger : son ordinateur était bien entendu dans le même sac que son disque dur).

Alors que faire ?

À l’époque antédiluvienne de ma maîtrise, j’avais deux disques durs pas chers que je déposais alternativement chez mes parents pour avoir toujours un état récent de mes fichiers de travail en cas de perte ou de crash, puis ma femme est partie tous les lundis au bureau avec l’un des deux.

Pendant ma thèse, j’ai ensuite pris l’habitude de m’offrir un abonnement annuel chez Dropbox dont la fiabilité n’a jamais été prise en défaut. Non seulement pour un peu moins de 9$ par mois, je stocke l’ensemble de mon travail (recherches, archives, manuscrits, cours…) dans un lieu qui, sauf attaque nucléaire massive, me permettra de retrouver mes petits en cas de pépin avec mon ordinateur, mais cela me permet de synchroniser mes fichiers entre plusieurs machines sans me préoccuper de la localisation physique de mes données.

Alors que j’ai perdu au moins une clef USB dans chacun des lieux où j’ai enseigné au fil des années (et parfois même plusieurs7.Mais entre nous : qui n’a jamais laissé sa clef USB sur l’ordinateur d’une salle de cours ?), je ne me promène plus avec un support physique aujourd’hui. Je termine un cours chez moi, le fichier est déposé dans mon dossier Dropbox, aussitôt synchronisé et je le retrouve à la Sorbonne au moment de l’imprimer avant d’entrer dans ma salle de TD8.J’utilise un support papier car j’éprouve encore du mal à lire sur un écran, y compris sur tablette.. J’annote un pdf à l’Espé ? Idem : je retrouve mon fichier et ses surlignages une fois arrivé à mon bureau en Sorbonne.

Étant donné le volume conséquent offert par l’offre à 9$/mois, je sauvegarde également photos de famille, musique, fichiers audio et vidéo destinés à l’enseignement sur ce compte. Le sort peut décider d’anéantir tous mes terminaux, mes données seront de retour une fois le matériel remplacé quoiqu’il arrive.

Dropbox n’est pas la seule alternative pour obtenir une solution de sauvegarde dans le nuage : plusieurs articles (c’est un des marronniers des sites à vocation technologique) proposent des comparatifs des différents services de stockage (ici par exemple ou ).

J’ajoute que pour déjouer les regards indiscrets9.Et même si cela ne représente pas une solution parfaitement sûre., les fichiers stockés en ligne sont cryptés dans des archives compressées que Mac OS réalise sans difficulté.

Vous l’aurez compris : avec quelques efforts et une discipline peu contraignante, on se met facilement à l’abri de pertes de données qui sont parfois dramatiques.