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La fin d’un monde

Les vacances d’hiver se terminent. Comme chaque année, le père Noël a apporté dans sa hotte bien garnie son lot d’ouvrages. De quoi se détendre et de quoi travailler.

Il a notamment eu la bonne idée de déposer sous mon sapin et à mon attention, le livre de François Jarrige, Technocritiques1.JARRIGE François, Technocritiques, La Découverte, Paris, 2016, 440 p. qui est absolument passionnant.

L’innocent opuscule a néanmoins créé chez moi une remise en question douloureuse. J’ai commencé à le lire avidement. Pour un historien des techniques, c’est une somme, un ouvrage important comme il en paraît un ou deux par décennie.

Armé de mon fidèle crayon de couleur, j’ai commencé à surligner frénétiquement tous les passages sur lesquels revenir ; une palanquée de citations et de références utiles.

Habituellement, je pratique une lecture initiale « de repérage » des ouvrages avant d’y revenir et de prendre en notes sur mon ordinateur personnel ce qui me semble devoir être réutilisé dans mes propres travaux ou mes cours.

J’ai toujours fonctionné comme cela et notre appartement est rempli d’ouvrages ; à peu près 10 000 en comptant les 2000 qui n’ont pas trouvé leur place et qui nous attendent à la cave. Nous sommes avec mon épouse des lecteurs frénétiques, des forçats de la note de bas de page, des stakhanovistes du marque-page. De plus, pour moi, cela fait partie du boulot.

La prise de notes est donc un moment assez long, mal aisé quand on souhaite taper sur son clavier et garder l’ouvrage ouvert à sa gauche en même temps. C’est aussi durant ces moments de reformulation et de recopie des citations marquantes, que l’on s’approprie un livre et la pensée de son auteur.

Mais cette fois, j’ai été découragé par l’entreprise. Il faut dire que Jarrige nous a livré une somme. Il y a quelque chose à conserver à chaque page, une piste à explorer dans chaque chapitre. Alors, vers la page 100, j’ai craqué et j’ai acheté la version numérique2.Sur le site de la Librairie Le Divan et pas chez l’ogre Amazon à qui il ne faut faire aucune confiance, bien entendu..

Lu sur l’iPad, l’ouvrage est surligné, annoté et tout cela est récupéré en un clin d’œil ensuite pour établir ou enrichir les fiches sur l’ordinateur.

La version papier est abandonnée à sa matérialité revêche dans un coin du salon.

De plus, avec la version électronique, la peur de l’oubli est conjurée. Si la substantifique moelle est résumée, condensée et organisée, le fichier est là, ouvert à la recherche plein-texte en cas de besoin. Un bonheur d’universitaire pressé et oublieux.

Alors, si tout va plus vite, est plus commode et en plus, n’encombre pas mes étagères, quelle est la raison de cette remise en question douloureuse ?

Eh bien, j’ai l’impression d’abandonner quelque chose que j’ai toujours connu et cela n’est pas facile. J’aime profondément ma bibliothèque, mes ouvrages et leur présence. Pour moi – cliché de l’intellectuel moyen – un appartement sans livres, c’est tout bonnement impensable.

Que va devenir ma bibliothèque si je me mets à lire exclusivement sur tablette ? Vais-je moins bien mémoriser ? Me réveiller un jour dans un vide quasi-complet où seuls les espaces numériques sont remplis de fichiers colorés ?

Ma bourse ne me permettant pas d’acheter systématiquement les deux versions : papier et électronique3.Je n’ai déjà pas de quoi acheter tous les livres qui me font envie… ceci dit, comme je n’ai pas le temps non plus de les lire, cela débouche au moins sur un équilibre de la frustration., il semble irrémédiable qu’une part toujours plus importante de ma bibliothèque future se dématérialise. Acheter les deux versions aurait quelque chose d’un peu vain également, une sorte de snobisme honteux de la lecture sur tablette que l’on cache derrière des rayonnages remplis de livres qui ne seraient plus jamais ouverts. Un peu à l’image de ces notables de province que l’on croise parfois dans les brocantes et qui achètent les livres au poids pour garnir la bibliothèque de leur résidence secondaire sans avoir l’intention d’en jamais n’ouvrir aucun…

Nous (je t’embarque dans ma galère, tu voudras bien m’excuser) voilà engagés dans une période de transition dont les effets à venir ne sont pas minces et je ne parle même pas ici des bouleversements sur l’économie de l’écriture et de la publication, mais simplement sur nos existences de lecteurs. La fin d’un monde ?

De quoi le Capes est-il le nom ? L’échec

place de la sorbonne 1aLes résultats sont enfin tombés. Comme tous les ans, nous sommes très heureux de recevoir les messages que les lauréats nous envoient pour nous informer de leur succès au concours. Bon vent à celles et ceux qui entrent dans la carrière. Il ne nous reste à espérer pour eux qu’une carrière honnête, pleine de ces petites joies et de cet engagement sincère que Pagnol décrivait déjà si bien en parlant des instituteurs de la IIIe République dont son père faisait partie :

« Après quelques années d’apostolat laïque dans la neige des hameaux perdus, le jeune instituteur glissait à mi-pente jusqu’aux villages, où il épousait au passage l’institutrice ou la postière. Puis il traversait plusieurs de ces bourgades dont les rues sont encore en pente, et chacune de ces haltes était marquée par la naissance d’un enfant. Au troisième ou au quatrième, il arrivait dans les sous-préfectures de la plaine, après quoi il faisait enfin son entrée au chef-lieu, dans une peau devenue trop grande, sous la couronne de ses cheveux blancs. Il enseignait alors dans une école à huit ou dix classes, et dirigeait le cours supérieur, parfois le cours complémentaire. On fêtait un jour, solennellement, ses Palmes académiques : trois ans plus tard, il « prenait sa retraite », c’est-à-dire que le règlement la lui imposait. Alors, souriant de plaisir, il disait : « Je vais enfin pouvoir planter mes choux ! » Sur quoi, il se couchait, et il mourait. J’en ai connu beaucoup, de ces maîtres d’autrefois. Ils avaient une foi totale dans la beauté de leur mission, une confiance radieuse dans l’avenir de la race humaine. Ils méprisaient l’argent et le luxe, ils refusaient un avancement pour laisser la place à un autre, ou pour continuer la tâche commencée dans un village déshérité4.PAGNOL Marcel, La gloire de mon père, Éditions Pastorelly, Paris, 1957, 305 p.. »

D’autres ne sont pas reçus. Ils se demandent s’ils doivent tenter à nouveau le concours et ce qu’il faut faire pour réussir. Voici quelques lignes pour les aider à faire le bilan.

Est-ce que je tente à nouveau ?

Vous le savez, le Capes est un concours exigeant, qui demande une méthodologie particulière et il n’est pas rare d’intégrer les rangs de l’Éducation Nationale (« l’Educ’ Nat’ » chez les porteurs de Mephisto) qu’après plusieurs tentatives.
Selon les envies (et les moyens ! J’y reviendrai), il est raisonnable de se laisser deux ans pour obtenir le précieux sésame. Trois, en cas de difficultés. Au-delà, pour ne pas se transformer en candidat éternel et éviter ainsi le comique de répétition, il faut se faire une raison : tout ce carnaval n’est pas fait pour vous.
C’est un échec et c’est dur à avaler sur le moment, mais aussi étonnant que cela puisse paraître, il y a des gens très heureux qui n’ont pas su obtenir le Capes et qui ne s’en portent pas plus mal aujourd’hui. Il faut savoir arrêter. Notamment si vous souhaitez vous réorienter et ne pas le faire à des âges où cela commence à devenir problématique (il y a un moment où on commence à en souper des études, cela se comprend, tout le monde n’ayant pas comme objectif d’être un étudiant attardé et de se lancer, par exemple – dans… une thèse de doctorat…)
Une remarque en particulier : vos compétences ne sont pas uniquement destinées à faire de vous des enseignants. Vous avez appris énormément de choses, des hard skills et des soft skills comme disent les Anglo-saxons et tout cela peut être mis à profit dans des domaines bien différents hors d’une salle de classe.
Chez mes ex-étudiants, je compte des journalistes, des communicants, des formateurs, une éditrice, des vendeurs, un ingénieur reconverti et même… un banquier. Celui-là (qui se reconnaîtra surement) quand il invite au restaurant son vieux prof un peu bougon, il lui donne des complexes…

Est-ce que je peux encore tenter ?

La question n’est pas tout à fait la même que la précédente. La question est ici de savoir si vous avez encore les moyens de vous octroyer un an de préparation. Bien entendu, on peut obtenir son Capes en travaillant en parallèle, mais ce n’est pas facile et la meilleure des façons de mettre toutes les chances de son côté est quand même de s’y consacrer entièrement. C’est donc là qu’on retrouve la question des moyens.

Certains seront tentés par le statut de vacataire. Attention ! Voici l’une des plus belles arnaques de notre chère Éducation Nationale : le statut est précaire, mal payé et le travail tout aussi prenant que celui d’un titulaire. Il faut une sacrée force de caractère pour mener cela de front avec une préparation de concours (d’autant que dans les premières années d’exercice, le travail d’élaboration des cours et la tenue de classe demandent beaucoup plus d’efforts qu’aux collègues blanchis sous le harnais…) Le risque est de devenir un éternel vacataire qui n’arrive pas à obtenir le Capes… Situation peu enviable.

Si cela vous demande des efforts, mais reste possible néanmoins, autant souffrir (un peu) un an de plus (en se serrant la ceinture ou, horresco referens, en retournant chez papa-maman) et se donner à fond pour avoir le sésame du Capes.

Bon, je m’y recolle

Que faire maintenant si vous avez décidé de vous y remettre ? D’abord, vous vous reposez. L’année a été éprouvante et vous avez besoin de faire une coupure franche. Une coupure franche, c’est deux ou trois semaines sans penser au concours, aux fiches, au TD de contemporaine du lundi matin dans les frimas de novembre, etc.

Ensuite, il faut se remettre en train. D’abord, analyser sans complaisance votre échec : pourquoi avez-vous manqué la timbale ? Pas assez travaillé ? Mal travaillé ? Vous avez des difficultés méthodologiques dans l’une des épreuves ? Dans la rédaction ?
Cette étape doit vous conduire à adapter votre année de préparation. Bien entendu, il sera agréable de reprendre la ou les questions que vous aimez particulièrement, mais il faudra mettre l’accent sur les difficultés, travailler en priorité ce qui ne marche pas (la géographie ? Je dis ça au hasard…) et les nouvelles questions.

J’avais déjà abordé le sujet, mais deux éléments sont constitutifs du succès : l’entraînement et l’adaptation. Les entraînements, si vous vous êtes réinscrits à la préparation de votre université ou dans une Espé, vous en aurez. Si vous avez échoué à l’oral, interrogez-vous sur ce qui vous a manqué et mettez l’accent dessus pour combler vos lacunes. L’adaptation découle de ces constats : vous êtes faiblard en commentaire, c’est ça qu’il faut travailler en priorité. Certains sujets sont restés en friches dans une question qui est maintenue, c’est le moment de les travailler dans la perspective de l’année prochaine.

Bref, il faut tirer des enseignements rapidement pour être plus performant l’année prochaine. N’hésitez pas non plus à revenir vers vos enseignants pour discuter avec eux des épreuves (et écoutez leurs conseils bon sang de bois !) : ils vous donneront probablement une vision plus nuancée et productive que celle que vous gardez de votre échec.

Quoi que vous fassiez, faites-le pour vous et après avoir pesé le pour et le contre. C’est de votre vie qu’il s’agit, pas d’autre chose et n’oubliez pas qu’avec de la volonté on déplace des montagnes nous dit-on, alors avoir le Capes…

P.S. Avec un peu d’effort d’imagination et en remplaçant « Capes » par « Agrégation », j’imagine que ce texte est également assez valable.

De quoi le Capes est-il le nom ? L’expérience de Christophe Naudin

Dans le cadre de cette série de billets sur le Capes, j’ai souhaité laisser la parole à certain(e)s de mes ancien(ne)s étudiant(e)s lauréat(e)s du concours. Non seulement parce que la diversité des expériences qui sont les leurs est particulièrement intéressante, mais également parce que leur parole n’est pas celle d’un formateur et qu’à ce titre, elle vient enrichir le propos forcément partiel (partial ?) qui est le mien.

 

J’inaugure cette série de témoignages avec Christophe Naudin qui enseigne l’histoire et la géographie et qui est également l’auteur de plusieurs ouvrages de qualité sur les relations de l’histoire avec son temps (BLANC William, CHÉRY Aurore & NAUDIN Christophe, Les historiens de garde : De Lorànt Deutsch à Patrick Buisson, la résurgence du roman national, Inculte Éditions, Paris, 2013, 224 p.) ou la construction des mythes historiques (BLANC William & NAUDIN Christophe, Charles Martel et la bataille de Poitiers : De l’histoire au mythe identitaire, Éditions Libertalia, Paris, 2015, 322 p.).

 

Bien entendu, je le remercie de s’être prêté à l’exercice et d’inaugurer cette rubrique.

Retrouver Christophe sur Twitter @NaudinChristoph

Commentaires et réactions sur @BGThierry

 

Quand les résultats de l’admissibilité tombent, c’est évidemment le soulagement. Tout est encore possible, même si on ne connaît pas nos notes d’écrit. Pour ma part, je fus doublement soulagé vu que c’était la deuxième fois que je passais le Capes, et que je n’avais plus droit à l’erreur. En reprise d’études, j’étais un peu un cas particulier, même si les profils des candidats au concours sont finalement très divers. Reprendre les chemins de la fac à plus de trente ans, malgré la pression, fut toutefois un véritable atout, car à la motivation s’ajoutait une maturité qui peut faire défaut à 22-23 ans. Je suis persuadé que je n’aurais pas eu le concours si je l’avais passé à l’âge « normal », alors que j’ai toujours (depuis la 6e en fait) voulu faire ce métier. L’expérience du milieu professionnel et, j’ose le dire, même celle du service militaire a pu notamment me permettre de gérer mon stress et mon organisation, deux facteurs fondamentaux, à mon avis, pour réussir le concours, et particulièrement les oraux.

Malgré nos profils et nos parcours différents, nous sommes tous dans le même bateau et, même si cela semble évident, et que les préparateurs le martèlent, le travail en groupe est fondamental. Je ne l’avais pas assez intégré la première année, et cela m’a coûté probablement beaucoup, malgré l’admissibilité aux oraux. Pas besoin de faire des groupes importants, mais trois-quatre personnes cela suffit amplement, avec même un travail en binôme sur certains thèmes. Ce travail collectif n’est pas utile seulement pour ficher les manuels et les ouvrages incontournables, sans parler du partage des cours, mais plus encore pour un soutien réciproque quand les premiers signes de fatigue et de découragement pointent leur nez. Assez rapidement en fait. Et c’est encore plus valable pour l’oral, j’y reviendrai.

Je n’ai pas un souvenir très précis des écrits. Je ne sais même plus quels sujets sont tombés, et je mélange les deux années où je les ai passés. La chose fondamentale que j’ai retenue quand même est l’importance de la gestion du temps, et l’organisation. Le but, c’est d’atteindre les oraux. Il faut donc tout faire pour rendre une copie terminée (dont le croquis en géo), et structurée. Je ne m’avancerai pas à dire que les correcteurs lisent en diagonale les copies, mais il est certain que le plan – clair – est primordial. Les concours blancs doivent servir à ça : en combien de temps j’analyse le sujet, je réfléchis à mon plan, je fais l’intro et la conclusion, puis je rédige le tout ? Ce que j’ai retenu aussi, c’est l’épreuve physique et psychologique que cela représente, individuelle et collective. Il faut être en pleine forme, c’est évident. Se reposer après chaque épreuve, et surtout éviter de repenser à celle que l’on vient de passer, et d’en parler avec les autres candidats, même ceux du groupe de travail. Les discussions post-épreuve devant la maison des examens peuvent être traumatisantes, et même décourager, sans que cela soit fondé au bout du compte. Quand on a fini, on parle d’autre chose, on va même boire un coup. Tout cela, c’est encore plus valable pour les oraux.

Les oraux, justement, restent mon vrai souvenir du concours. Même la fois où je n’ai pas été admis, je ne regrette pas d’y être allé. Pendant quelques jours, on semble vivre dans un village comme le Prisonnier, vu à quel point Châlons semble investie par les candidats et les jurys. J’avoue ne pas savoir exactement comment cela se déroule aujourd’hui, avec toutes les réformes, mais en 2012 il fallait tirer au sort, le premier jour, le type d’épreuve que l’on passait. Premier traumatisme pour beaucoup quand tombait la géo en leçon, et donc l’histoire en épreuve sur dossier. Pourtant, à bien y réfléchir, c’est le tirage le plus positif pour la plupart d’entre nous. D’abord parce qu’étanten majorité de formation historienne, nous sommes normalement rôdés à l’exercice, et la concurrence est donc bien plus féroce ; ensuite, car l’ESD en géo tourne assez souvent, apparemment, à la boucherie, même si certains peuvent aussi s’en sortir excellemment et ainsi passer devant les autres qui ont réussi la leçon. C’est en tout cas le calcul que j’ai fait. Je peux me tromper, mais cela a probablement contribué à ma réussite. En effet, à mes premiers oraux j’ai fait ce tirage, et j’ai aussi paniqué au début. Puis, j’ai passé l’ESD histoire et cela s’est relativement bien passé, surtout dans la partie dialogue avec le jury. Quant à la leçon de géo, j’ai rapidement compris que mon travail n’était pas à la hauteur et qu’il fallait limiter les dégâts dans la seconde partie de l’épreuve. Cela n’a pas vraiment réussi, même si le jury a été très poli et même souriant. Au final, j’ai raté le concours à peu de choses, mais j’ai appris pour l’année suivante, et particulièrement sur la gestion du temps pendant la préparation de la leçon de géo, et comment utiliser les documents. La réussite et la chance (car il en faut) a fait le reste : je suis retombé sur leçon de géo/ESD histoire ; puis sur un sujet faisable en ESD, et encore mieux en leçon, avec une bibliographie qui semblait m’envoyer des flashes dans la bibliothèque tant elle semblait évidente. Le plan m’a semblé rapidement évident lui aussi, et j’ai très bien géré les documents en utilisant plusieurs feuilles transparentes superposées pour mes cartes. Et je ne me suis pas embrouillé avec les échelles, au contraire de l’année précédente. Apprendre de ses erreurs…Et la seconde partie de l’épreuve a été un vrai plaisir. Résultat, je m’en suis bien sorti, avec un 12 à l’ESD (là encore, c’est surtout l’entretien qui m’a tiré un peu vers le haut) et un 16 à la leçon de géo. Même si le succès compte forcément, j’ai vraiment apprécié, les deux fois, l’adrénaline que procurent les oraux, tant la préparation que le passage devant le jury. Cela n’a jamais été un calvaire.

Plus largement, l’ambiance générale de ces oraux a, à mon avis, été centrale dans l’admission au concours. Plus encore que pour les écrits, il faut travailler en groupe, et une fois sur place espérer tomber avec des gens que l’on connaît. Et si ce n’est pas le cas, il faut faire l’effort d’aller vers les autres candidats. Trop d’entre eux restent cloîtrés trois jours dans leur chambre d’hôtel à tourner en rond, et parfois à relire leurs fiches. Je ne suis pas sûr que cela fonctionne pour tout le monde. Des oraux, je retiens évidemment les épreuves, mais plus encore les bières bues après, ou encore les restaurants, où on croise d’autres candidats, mais également des membres du jury, en général dans une ambiance détendue. Si, en plus, il fait beau (et cela arrive assez souvent dans le coin, je crois, à cette saison), c’est parfait.

Finalement, si je m’en tiens à mon expérience, la réussite au concours est une alchimie subtile entre travail régulier pendant la préparation, cohérence et solidarité du groupe, organisation, gestion du temps et du stress, chance sur les sujets d’épreuves et l’heure de passage, et capacité à prendre du recul aux moments opportuns, et même à « sortir » du concours pour faire autre chose et se changer les idées.

Et puis, il faut bien se dire qu’après, la joie et le soulagement passés, on se rend rapidement compte que le plus dur commence : l’année de stage…

 

De quoi le Capes est-il le nom ? (1.)

Avec cette série de courts billets, je souhaite livrer ici quelques réflexions conçues au fil de plusieurs années passées à préparer les étudiants au Capes. J’espère que cela aidera celles et ceux qui se lancent dans l’aventure à y voir plus clair.

La périodicité sera très variable et le propos « doublonnera » probablement ce que je suis amené à dire pendant mes cours à l’Espé de l’Académie de Paris.

Lundi, retour au charbon avec le premier cours de Capes de l’année. Pour nous, enseignants, cela signifie renouer avec la routine de la préparation : faire comprendre le sens des épreuves (surtout depuis la dernière réforme avec l’épineuse épreuve 2 de l’écrit entre autres « subtilités »), indiquer quel rythme il s’agit d’adopter pour préparer au mieux le concours, transmettre les connaissances de base qui permettront aux étudiants de travailler efficacement sans se perdre dans les méandres des différentes questions ; pour les étudiants, cette reprise marque une sorte d’entrée officielle dans un long processus de travail qui doit durer presque un an et déboucher (en tout cas, nous l’espérons tous) sur le succès à l’issue des épreuves.

En ce qui concerne le rythme de travail, beaucoup de conseils ont déjà été donnés ici ou surtout
(publicité honteuse, j’en conviens).

Ce que j’aimerais souligner encore une fois, c’est que la préparation du Capes est un travail au long cours. Une course de fond et non pas un sprint.Capes Illus 3

Il s’agit de tenir et de ne pas s’effondrer nerveusement au cours de l’année qui est dense et riche en émotions (parfois fortes, nous aurons l’occasion de reparler de l’expérience que représente une session d’oraux à Châlons…)

Voyons si nous pouvons avoir une approche braudélienne (un peu potache) de cette année.

Le temps long de la préparation

Le temps long de la préparation d’un concours, quel qu’il soit, dépasse l’année de préparation stricto sensu.

C’est l’ensemble du cursus de l’impétrant qui est à prendre en compte. Depuis le lycée, peut-être pas, mais au moins depuis la première année passée dans le supérieur.

La culture personnelle que l’on se forge au fil de la Licence et du Master, la proximité (en histoire) avec certaines périodes ou avec certains objets (en géographie), est d’importance.

Il s’agit ici de savoir adapter sa préparation à ses points forts et surtout à ses points faibles.

À ses points faibles surtout, car j’ai la certitude que l’on évite de rater un concours avant de le réussir. Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’il est toujours beaucoup plus « rentable » de travailler ses points faibles plutôt que les matières, questions, sujets dans lesquels on excelle. C’est une règle quasiment mathématique : vous aurez plus de facilités à gagner un point pour passer de 5 à 6 dans une matière, qu’essayer d’améliorer un 14. Bien entendu, cela sera peut-être moins agréable tant il est vrai que l’on travaille d’autant plus (et d’autant mieux) ce que l’on aime.

À l’échelle d’un cursus universitaire et dans la perspective de la réussite au Capes, cela doit vous pousser à d’abord travailler vos lacunes dans la longue durée. Cela implique que l’étudiant qui n’a pas fait de géographie depuis la première année de Licence doit travailler en priorité cette discipline. Cela signifie que votre chère histoire contemporaine, dans laquelle vous évoluez comme un poisson dans l’eau (je prêche pour ma paroisse), doit prendre une place moindre dans votre emploi du temps que les autres périodes que vous maîtrisez moins. Vous n’avez jamais travaillé l’histoire orientale des Xe au XVe siècle ? Il faut commencer par cela en priorité et y consacrer plus de temps qu’aux autres questions avec lesquelles vous êtes déjà, à peu près, familier.

Un temps intermédiaire : l’année

Capes Illus 2À l’échelle de l’année, je l’ai déjà dit, la préparation du Capes est une course de fond. Il faut l’envisager pour ce qu’elle est cette préparation : un an (un peu moins en fait) de compréhension, de mémorisation et d’entraînement aux épreuves.

S’organiser à cette échelle suppose que l’on fasse un petit effort pour ne pas se laisser aller à « naviguer à vue ».

Pour ce faire, vous avez un allié : votre planning de l’année. Il s’agit donc de répartir votre effort depuis le premier jour jusqu’à la fin des oraux. En la matière, il n’y a pas de recette miracle, mais juste quelques principes généraux qui doivent vous faciliter (un peu) la vie.

Premier principe, il faut planifier. Pourquoi ? Tout simplement parce que cela doit vous rendre acteur de la préparation et ne pas vous laisser dans un état de passivité que vous pourriez payer cher ensuite. Planifier, c’est prendre le problème du temps, forcément limité, par les cornes. Cela veut dire répartir son effort au mieux (Que dois-je travailler en priorité ? Plus longtemps ?).

Deuxième principe, il faut savoir être souple. Je sais que cette métaphore n’est peut-être pas très distinguée, mais elle est juste : un planning de travail, c’est comme un régime alimentaire (pour sportifs ou élégantes, comme vous voulez). Si vous vous fixez une organisation spartiate complètement coupée de vos capacités, vous créez toutes les chances qui vous pousseront à abandonner en cours de route (ce qui correspond au régime ananas matin, midi et soir pendant trois mois).

Il s’agit donc de savoir modifier le planning que l’on s’est fixé. Raboter ici, rajouter là.

Capes Illus 1Troisième principe, il faut savoir se reposer. J’aurais peut-être l’occasion de vous entretenir de l’art de ne rien faire un de ces jours, mais pour le moment j’aimerais seulement souligner que le repos est essentiel dans le cadre de cet effort annuel. Combien ? Eh bien, ce qui vous est nécessaire. Cela ne sert à rien de pousser au-delà de vos limites, vous seriez « brulés » intellectuellement parlant au moment des épreuves.

A minima, il faut complètement couper quelques jours (quatre ou cinq) à Noël et au printemps. Ces moments de respiration doivent être totalement libérés de toute considération liée au concours.

Comme pour votre planning, il faut être souple et savoir ajouter des pauses si d’aventure vous sentez que vous n’en pouvez plus. Partez et ressourcez-vous et revenez en pleine forme. Rien n’est plus stimulant qu’un week-end coupé de son environnement quotidien pour recharger son organisme, physiquement et surtout nerveusement. Pas la peine de soulager son compte en banque pour atteindre des destinations lointaines, un week-end chez des amis à quelques kilomètres de Paris ou en province vaut toutes les plages de la terre.

Dans le prochain billet nous verrons le temps court de la préparation qui concerne la semaine de travail. En attendant, bon travail, et pour certain(e)s, à lundi !

Une remarque, une question ? Rendez-vous sur Twitter @BGThierry