Les « petits remontants » et les concours (Capes/Agrégation)

Je ne dirais pas ici tout le bien que je pense de la monumentale biographie de Claude Levi-Strauss réalisée par Emmanuelle Loyer que je n’ai pas encore terminée, mais j’y ai trouvé un passage qui m’a fait sourire. Il fait écho à des demandes aussi récurrentes qu’incongrues de la part de certains de mes étudiants.

En effet, tous les ans ou presque, un ou deux impétrants au Capes ou à l’agrégation viennent me trouver pour me demander conseil en matière de substances miracles pour (au choix) rester éveillés plus longtemps, être mieux concentrés ou encore vaincre leur stress.

Bien entendu, rien ne remplace les bénéfices d’un sommeil réparateur ou d’un peu de confiance en soi, et je refuse systématiquement de me transformer en médecin du sport espagnol.

L’anecdote rapportée par Emmanuelle Loyer le confirme : au moment de passer son oral d’agrégation de philosophie, Claude Levi-Strauss a failli payer cher l’absorption d’une fiole « magique » conseillé par un « ami » médecin. C’est finalement Spinoza qui l’a sauvé du désastre :

« A l’oral, il tire un sujet de psychologie appliquée qui aurait dû le séduire, mais qui le désarçonne. Comme un sportif en perte de vitesse, le voilà qui se drogue : « un médecin de la famille m’avait fait présent d’une ampoule – morphine ? cocaïne ? – qui, prétendait-il, me donnerait de l’esprit si j’en buvais avant la leçon. Pour préparer cette épreuve suprême, on vous enfermait pendant sept heures dans la bibliothèque de la Sorbonne. Je m’empressai d’avaler le contenu de l’ampoule dans un verre d’eau, et m’en trouvai si mal que je dus passer les heures de préparation allongé sur deux chaises. Sept heures de mal de mer ! […] Je comparus hagard sans avoir pu préparer et j’improvisai une leçon qui fut jugée brillante où je crois bien n’avoir parlé que de Spinoza. Finalement la drogue avait peut-être rempli son office 1)LOYER Emmanuelle, Levi-Strauss, Flammarion, Paris, 2015, 912 p.… »

Notes   [ + ]

1. LOYER Emmanuelle, Levi-Strauss, Flammarion, Paris, 2015, 912 p.

De quoi le Capes est-il le nom ? L’expérience de Christophe Naudin

Dans le cadre de cette série de billets sur le Capes, j’ai souhaité laisser la parole à certain(e)s de mes ancien(ne)s étudiant(e)s lauréat(e)s du concours. Non seulement parce que la diversité des expériences qui sont les leurs est particulièrement intéressante, mais également parce que leur parole n’est pas celle d’un formateur et qu’à ce titre, elle vient enrichir le propos forcément partiel (partial ?) qui est le mien.

 

J’inaugure cette série de témoignages avec Christophe Naudin qui enseigne l’histoire et la géographie et qui est également l’auteur de plusieurs ouvrages de qualité sur les relations de l’histoire avec son temps (BLANC William, CHÉRY Aurore & NAUDIN Christophe, Les historiens de garde : De Lorànt Deutsch à Patrick Buisson, la résurgence du roman national, Inculte Éditions, Paris, 2013, 224 p.) ou la construction des mythes historiques (BLANC William & NAUDIN Christophe, Charles Martel et la bataille de Poitiers : De l’histoire au mythe identitaire, Éditions Libertalia, Paris, 2015, 322 p.).

 

Bien entendu, je le remercie de s’être prêté à l’exercice et d’inaugurer cette rubrique.

Retrouver Christophe sur Twitter @NaudinChristoph

Commentaires et réactions sur @BGThierry

 

Quand les résultats de l’admissibilité tombent, c’est évidemment le soulagement. Tout est encore possible, même si on ne connaît pas nos notes d’écrit. Pour ma part, je fus doublement soulagé vu que c’était la deuxième fois que je passais le Capes, et que je n’avais plus droit à l’erreur. En reprise d’études, j’étais un peu un cas particulier, même si les profils des candidats au concours sont finalement très divers. Reprendre les chemins de la fac à plus de trente ans, malgré la pression, fut toutefois un véritable atout, car à la motivation s’ajoutait une maturité qui peut faire défaut à 22-23 ans. Je suis persuadé que je n’aurais pas eu le concours si je l’avais passé à l’âge « normal », alors que j’ai toujours (depuis la 6e en fait) voulu faire ce métier. L’expérience du milieu professionnel et, j’ose le dire, même celle du service militaire a pu notamment me permettre de gérer mon stress et mon organisation, deux facteurs fondamentaux, à mon avis, pour réussir le concours, et particulièrement les oraux.

Malgré nos profils et nos parcours différents, nous sommes tous dans le même bateau et, même si cela semble évident, et que les préparateurs le martèlent, le travail en groupe est fondamental. Je ne l’avais pas assez intégré la première année, et cela m’a coûté probablement beaucoup, malgré l’admissibilité aux oraux. Pas besoin de faire des groupes importants, mais trois-quatre personnes cela suffit amplement, avec même un travail en binôme sur certains thèmes. Ce travail collectif n’est pas utile seulement pour ficher les manuels et les ouvrages incontournables, sans parler du partage des cours, mais plus encore pour un soutien réciproque quand les premiers signes de fatigue et de découragement pointent leur nez. Assez rapidement en fait. Et c’est encore plus valable pour l’oral, j’y reviendrai.

Je n’ai pas un souvenir très précis des écrits. Je ne sais même plus quels sujets sont tombés, et je mélange les deux années où je les ai passés. La chose fondamentale que j’ai retenue quand même est l’importance de la gestion du temps, et l’organisation. Le but, c’est d’atteindre les oraux. Il faut donc tout faire pour rendre une copie terminée (dont le croquis en géo), et structurée. Je ne m’avancerai pas à dire que les correcteurs lisent en diagonale les copies, mais il est certain que le plan – clair – est primordial. Les concours blancs doivent servir à ça : en combien de temps j’analyse le sujet, je réfléchis à mon plan, je fais l’intro et la conclusion, puis je rédige le tout ? Ce que j’ai retenu aussi, c’est l’épreuve physique et psychologique que cela représente, individuelle et collective. Il faut être en pleine forme, c’est évident. Se reposer après chaque épreuve, et surtout éviter de repenser à celle que l’on vient de passer, et d’en parler avec les autres candidats, même ceux du groupe de travail. Les discussions post-épreuve devant la maison des examens peuvent être traumatisantes, et même décourager, sans que cela soit fondé au bout du compte. Quand on a fini, on parle d’autre chose, on va même boire un coup. Tout cela, c’est encore plus valable pour les oraux.

Les oraux, justement, restent mon vrai souvenir du concours. Même la fois où je n’ai pas été admis, je ne regrette pas d’y être allé. Pendant quelques jours, on semble vivre dans un village comme le Prisonnier, vu à quel point Châlons semble investie par les candidats et les jurys. J’avoue ne pas savoir exactement comment cela se déroule aujourd’hui, avec toutes les réformes, mais en 2012 il fallait tirer au sort, le premier jour, le type d’épreuve que l’on passait. Premier traumatisme pour beaucoup quand tombait la géo en leçon, et donc l’histoire en épreuve sur dossier. Pourtant, à bien y réfléchir, c’est le tirage le plus positif pour la plupart d’entre nous. D’abord parce qu’étanten majorité de formation historienne, nous sommes normalement rôdés à l’exercice, et la concurrence est donc bien plus féroce ; ensuite, car l’ESD en géo tourne assez souvent, apparemment, à la boucherie, même si certains peuvent aussi s’en sortir excellemment et ainsi passer devant les autres qui ont réussi la leçon. C’est en tout cas le calcul que j’ai fait. Je peux me tromper, mais cela a probablement contribué à ma réussite. En effet, à mes premiers oraux j’ai fait ce tirage, et j’ai aussi paniqué au début. Puis, j’ai passé l’ESD histoire et cela s’est relativement bien passé, surtout dans la partie dialogue avec le jury. Quant à la leçon de géo, j’ai rapidement compris que mon travail n’était pas à la hauteur et qu’il fallait limiter les dégâts dans la seconde partie de l’épreuve. Cela n’a pas vraiment réussi, même si le jury a été très poli et même souriant. Au final, j’ai raté le concours à peu de choses, mais j’ai appris pour l’année suivante, et particulièrement sur la gestion du temps pendant la préparation de la leçon de géo, et comment utiliser les documents. La réussite et la chance (car il en faut) a fait le reste : je suis retombé sur leçon de géo/ESD histoire ; puis sur un sujet faisable en ESD, et encore mieux en leçon, avec une bibliographie qui semblait m’envoyer des flashes dans la bibliothèque tant elle semblait évidente. Le plan m’a semblé rapidement évident lui aussi, et j’ai très bien géré les documents en utilisant plusieurs feuilles transparentes superposées pour mes cartes. Et je ne me suis pas embrouillé avec les échelles, au contraire de l’année précédente. Apprendre de ses erreurs…Et la seconde partie de l’épreuve a été un vrai plaisir. Résultat, je m’en suis bien sorti, avec un 12 à l’ESD (là encore, c’est surtout l’entretien qui m’a tiré un peu vers le haut) et un 16 à la leçon de géo. Même si le succès compte forcément, j’ai vraiment apprécié, les deux fois, l’adrénaline que procurent les oraux, tant la préparation que le passage devant le jury. Cela n’a jamais été un calvaire.

Plus largement, l’ambiance générale de ces oraux a, à mon avis, été centrale dans l’admission au concours. Plus encore que pour les écrits, il faut travailler en groupe, et une fois sur place espérer tomber avec des gens que l’on connaît. Et si ce n’est pas le cas, il faut faire l’effort d’aller vers les autres candidats. Trop d’entre eux restent cloîtrés trois jours dans leur chambre d’hôtel à tourner en rond, et parfois à relire leurs fiches. Je ne suis pas sûr que cela fonctionne pour tout le monde. Des oraux, je retiens évidemment les épreuves, mais plus encore les bières bues après, ou encore les restaurants, où on croise d’autres candidats, mais également des membres du jury, en général dans une ambiance détendue. Si, en plus, il fait beau (et cela arrive assez souvent dans le coin, je crois, à cette saison), c’est parfait.

Finalement, si je m’en tiens à mon expérience, la réussite au concours est une alchimie subtile entre travail régulier pendant la préparation, cohérence et solidarité du groupe, organisation, gestion du temps et du stress, chance sur les sujets d’épreuves et l’heure de passage, et capacité à prendre du recul aux moments opportuns, et même à « sortir » du concours pour faire autre chose et se changer les idées.

Et puis, il faut bien se dire qu’après, la joie et le soulagement passés, on se rend rapidement compte que le plus dur commence : l’année de stage…

 

De quoi le Capes est-il le nom ? (2.)

Deuxième volet de cette série de billets sur la méthodologie concrète de la préparation du Capes d’histoire et de géographie.

Si la mise en place d’un planning annuel est un élément déterminant de la stratégie de production et d’acquisition des connaissances qu’il s’agit de maîtriser pour espérer réussir au concours, un niveau de granularité qui correspond à la semaine est également incontournable.

Assister aux cours. Oui, mais combien ?

La première chose à faire dans l’élaboration de son planning hebdomadaire est de « caser » les cours auxquels on pense devoir assister. Je dis à dessein « penser devoir assister » car cela peut grandement varier. Chaque année, je suis surpris de constater à quel point certain(e)s étudiant(e)s n’ont pas réellement de stratégie en la matière. J’incite fortement celles et ceux qui m’ont déjà entendu à aller faire un tour ailleurs et je rappelle qu’il ne faut assister à un cours que si ce dernier vous apporte réellement quelque chose. Dans le cas contraire, une bonne heure de travail personnel sera beaucoup plus productive.

Cette logique est d’autant plus importante qu’à Paris, l’offre est pléthorique. Le cours de M. Machin aborde des thèmes connus de vous ? Allez donc suivre celui de Mme Bidule à la place.

Les deux ou trois premières semaines doivent servir à vous constituer une offre d’enseignement réellement personnelle. Alors, bien sûr, j’entends d’ici les collègues responsables de la mise en œuvre des formations qui me diront que la gestion des flux est considérablement complexifiée par ce va-et-vient. Je le sais, mais je crois aussi que la possibilité de se constituer une formation « à la carte » est un facteur de réussite non négligeable.

Reste la question qui consiste à savoir combien de cours il faut suivre. Comme souvent (et de manière bien insatisfaisante pour les étudiants), je ne crois pas qu’il y ait de réponse précise. Encore une fois, il faut s’adapter à son profil, à ses attentes, à sa stratégie. N’oubliez pas : il faut travailler en priorité ses points faibles.

Vous êtes très peu connaisseur de l’épistémologie de la géographie ? Pourquoi ne pas suivre deux cours[1] ? Rien ne s’oppose à ce que vous fassiez ainsi. Bien entendu, la logique universitaire et administrative vous imposera d’être évalué dans un seul cours, mais la confrontation avec deux logiques enseignantes différentes vous donnera une perspective plus large sur un sujet ou un champ pour lequel vous devez « rattraper » un niveau correct dans la perspective du concours.

Pour répondre de manière un peu plus précise à l’épineuse question du « combien », je pense qu’il faut se créer une réelle parité entre le temps passer dans les amphis et les salles de TD d’un côté et son travail personnel de l’autre. Il faut se garder de croire qu’on obtient le Capes en ne faisant que suivre des cours !

Le cours comme cartographie des connaissances

Il faut en effet qu’à l’occasion de chaque cours suivi, vous prévoyez un temps de travail personnel correspondant. Croyez-le ou non, mais un enseignant ne dit JAMAIS tout ce qu’il souhaiterait vous dire et cela, que son cours dure une heure, deux heures ou trois jours (comme les master classes). Il faut d’abord combler ces silences. Il s’agit donc de reprendre vos notes avec votre documentation (manuels, articles, dans votre bibliothèque de travail) et de vous constituer des fiches sur cette base : qui est ce type à peine évoqué ? Ce concept, suis-certain de comprendre ce qu’il signifie ? Faudrait-il me faire une chronologie sur ce point pour être certain d’avoir les idées claires ?

Cette part du travail est incontournable. Trop d’impétrants laissent leurs cours en jachère et doivent ingurgiter dans les dernières semaines de l’année des cours insuffisamment compris.

Une heure de travail personnel par heure de cours semble être un ratio convenable.

Le principal intérêt des cours de préparation au concours est moins de vous apporter des informations (ça, vous devriez être capable de les trouver tout seul avec de bons ouvrages) que de vous aiguiller vers les problématiques importantes, les faits cardinaux, les éléments clefs de la question étudiée.

Si l’on accepte cette idée d’un cours comme cartographie de ce qu’il faut savoir plus que comme un volume d’informations à ingurgiter[2], l’on comprend combien il est important de les exploiter réellement une fois la porte de l’amphi franchie.

Dernier point, que vous entendez probablement depuis le collège ou même avant, la mémoire est ainsi faite qu’il est très facile de mémoriser à partir d’un travail quotidien et dont la charge de travail est répartie dans le temps. Cela signifie que ce travail à partir des cours doit se faire chaque jour, chaque semaine a minima.

En parallèle de ce travail de consolidation, il faut en plus prévoir des sessions de travail déconnectées de vos cours. Nous en verrons les caractéristiques dans le prochain billet.


  1. Dans le cadre d’un copinage éhonté, je signale que le cours d’épistémologie de la géographie du jeudi après-midi 13h–14h30 à l’Espé de Paris de Bertrand Pleven est un cours très apprécié et qui semble sacrément efficace étant donnée la quantité de lauréats qui reviennent ravis pour remercier l’ami Bertrand après Châlons.  ↩
  2. Ce qui démontre au passage toute l’importance du cours magistral que certain(e)s aiment à critiquer par incompréhension de son rôle réel ou par posture idéologique.  ↩

 

De quoi le Capes est-il le nom ? (1.)

Avec cette série de courts billets, je souhaite livrer ici quelques réflexions conçues au fil de plusieurs années passées à préparer les étudiants au Capes. J’espère que cela aidera celles et ceux qui se lancent dans l’aventure à y voir plus clair.

La périodicité sera très variable et le propos « doublonnera » probablement ce que je suis amené à dire pendant mes cours à l’Espé de l’Académie de Paris.

Lundi, retour au charbon avec le premier cours de Capes de l’année. Pour nous, enseignants, cela signifie renouer avec la routine de la préparation : faire comprendre le sens des épreuves (surtout depuis la dernière réforme avec l’épineuse épreuve 2 de l’écrit entre autres « subtilités »), indiquer quel rythme il s’agit d’adopter pour préparer au mieux le concours, transmettre les connaissances de base qui permettront aux étudiants de travailler efficacement sans se perdre dans les méandres des différentes questions ; pour les étudiants, cette reprise marque une sorte d’entrée officielle dans un long processus de travail qui doit durer presque un an et déboucher (en tout cas, nous l’espérons tous) sur le succès à l’issue des épreuves.

En ce qui concerne le rythme de travail, beaucoup de conseils ont déjà été donnés ici ou surtout
(publicité honteuse, j’en conviens).

Ce que j’aimerais souligner encore une fois, c’est que la préparation du Capes est un travail au long cours. Une course de fond et non pas un sprint.Capes Illus 3

Il s’agit de tenir et de ne pas s’effondrer nerveusement au cours de l’année qui est dense et riche en émotions (parfois fortes, nous aurons l’occasion de reparler de l’expérience que représente une session d’oraux à Châlons…)

Voyons si nous pouvons avoir une approche braudélienne (un peu potache) de cette année.

Le temps long de la préparation

Le temps long de la préparation d’un concours, quel qu’il soit, dépasse l’année de préparation stricto sensu.

C’est l’ensemble du cursus de l’impétrant qui est à prendre en compte. Depuis le lycée, peut-être pas, mais au moins depuis la première année passée dans le supérieur.

La culture personnelle que l’on se forge au fil de la Licence et du Master, la proximité (en histoire) avec certaines périodes ou avec certains objets (en géographie), est d’importance.

Il s’agit ici de savoir adapter sa préparation à ses points forts et surtout à ses points faibles.

À ses points faibles surtout, car j’ai la certitude que l’on évite de rater un concours avant de le réussir. Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’il est toujours beaucoup plus « rentable » de travailler ses points faibles plutôt que les matières, questions, sujets dans lesquels on excelle. C’est une règle quasiment mathématique : vous aurez plus de facilités à gagner un point pour passer de 5 à 6 dans une matière, qu’essayer d’améliorer un 14. Bien entendu, cela sera peut-être moins agréable tant il est vrai que l’on travaille d’autant plus (et d’autant mieux) ce que l’on aime.

À l’échelle d’un cursus universitaire et dans la perspective de la réussite au Capes, cela doit vous pousser à d’abord travailler vos lacunes dans la longue durée. Cela implique que l’étudiant qui n’a pas fait de géographie depuis la première année de Licence doit travailler en priorité cette discipline. Cela signifie que votre chère histoire contemporaine, dans laquelle vous évoluez comme un poisson dans l’eau (je prêche pour ma paroisse), doit prendre une place moindre dans votre emploi du temps que les autres périodes que vous maîtrisez moins. Vous n’avez jamais travaillé l’histoire orientale des Xe au XVe siècle ? Il faut commencer par cela en priorité et y consacrer plus de temps qu’aux autres questions avec lesquelles vous êtes déjà, à peu près, familier.

Un temps intermédiaire : l’année

Capes Illus 2À l’échelle de l’année, je l’ai déjà dit, la préparation du Capes est une course de fond. Il faut l’envisager pour ce qu’elle est cette préparation : un an (un peu moins en fait) de compréhension, de mémorisation et d’entraînement aux épreuves.

S’organiser à cette échelle suppose que l’on fasse un petit effort pour ne pas se laisser aller à « naviguer à vue ».

Pour ce faire, vous avez un allié : votre planning de l’année. Il s’agit donc de répartir votre effort depuis le premier jour jusqu’à la fin des oraux. En la matière, il n’y a pas de recette miracle, mais juste quelques principes généraux qui doivent vous faciliter (un peu) la vie.

Premier principe, il faut planifier. Pourquoi ? Tout simplement parce que cela doit vous rendre acteur de la préparation et ne pas vous laisser dans un état de passivité que vous pourriez payer cher ensuite. Planifier, c’est prendre le problème du temps, forcément limité, par les cornes. Cela veut dire répartir son effort au mieux (Que dois-je travailler en priorité ? Plus longtemps ?).

Deuxième principe, il faut savoir être souple. Je sais que cette métaphore n’est peut-être pas très distinguée, mais elle est juste : un planning de travail, c’est comme un régime alimentaire (pour sportifs ou élégantes, comme vous voulez). Si vous vous fixez une organisation spartiate complètement coupée de vos capacités, vous créez toutes les chances qui vous pousseront à abandonner en cours de route (ce qui correspond au régime ananas matin, midi et soir pendant trois mois).

Il s’agit donc de savoir modifier le planning que l’on s’est fixé. Raboter ici, rajouter là.

Capes Illus 1Troisième principe, il faut savoir se reposer. J’aurais peut-être l’occasion de vous entretenir de l’art de ne rien faire un de ces jours, mais pour le moment j’aimerais seulement souligner que le repos est essentiel dans le cadre de cet effort annuel. Combien ? Eh bien, ce qui vous est nécessaire. Cela ne sert à rien de pousser au-delà de vos limites, vous seriez « brulés » intellectuellement parlant au moment des épreuves.

A minima, il faut complètement couper quelques jours (quatre ou cinq) à Noël et au printemps. Ces moments de respiration doivent être totalement libérés de toute considération liée au concours.

Comme pour votre planning, il faut être souple et savoir ajouter des pauses si d’aventure vous sentez que vous n’en pouvez plus. Partez et ressourcez-vous et revenez en pleine forme. Rien n’est plus stimulant qu’un week-end coupé de son environnement quotidien pour recharger son organisme, physiquement et surtout nerveusement. Pas la peine de soulager son compte en banque pour atteindre des destinations lointaines, un week-end chez des amis à quelques kilomètres de Paris ou en province vaut toutes les plages de la terre.

Dans le prochain billet nous verrons le temps court de la préparation qui concerne la semaine de travail. En attendant, bon travail, et pour certain(e)s, à lundi !

Une remarque, une question ? Rendez-vous sur Twitter @BGThierry

L’Ogre et la toile : ce que l’archive du Web fait aux historiens

Pour retrouver dans la dernière livraison de Socio notre article sur les archives du Web et leur utilisation par les historiens, cliquez ici.

« En dialogue avec les principaux fondements de l’épistémologie historique, cet article examine les enjeux, les attentes et les pratiques que suscite l’irruption des archives du web dans le champ de l’histoire du temps présent. Entre nouveauté des matériaux, héritage disciplinaire et continuité des méthodes, il s’agit de comprendre les redéfinitions à venir du rôle de l’historien. »

Comment le numérique invente ses utilisateurs (13 min CNRS)

Retrouvez ici mon intervention lors du 13 minutes du CNRS du 13 février 2014 :

Comment le numérique invente ses utilisateurs – Benjamin Thierry from Treize minutes on Vimeo.

Des premières interfaces apparues durant les années 1960 aux tablettes actuelles, en passant par les écrans du vénérable Minitel, le numérique n’a cessé de rendre la frontière entre l’utilisateur et la machine plus aisée à traverser. La diva de plusieurs tonnes emprisonnée dans sa salle climatisée s’est peu à peu transformée en outil du quotidien. Pour réussir ce tour de force, le numérique n’a cessé d’inventer de nouveaux usages, de susciter des manières de faire inédites pour inventer son public. Vous pensez utiliser votre machine ? Et si c’était l’inverse ?

Soutenance de thèse

Le 10 décembre 2013 à l’Institut des Sciences de la Communication du CNRS (ISSC), s’est déroulée ma soutenance de thèse de doctorat. Intitulée

DONNER A VOIR, PERMETTRE D’AGIR.L’INVENTION DE L’INTERACTIVITE GRAPHIQUE ET DU CONCEPT D’UTILISATEUR EN INFORMATIQUE ET EN TELECOMMUNICATIONS EN FRANCE (1961-1990)

elle a été réalisée sous la direction du Pr. Pascal Griset.

Le jury était composé de

M. Alain BELTRAN, Directeur de recherche au CNRS

M. Christophe LECUYER, Professeur àl’UniversitéPierre et Marie Curie

Mme Cécile MEADEL, Professeur àl’École des mines ParisTech

M. Pierre MUSSO, Professeur à l’Université de Rennes II et à Télécom ParisTech

Mme Adeline WRONA, Professeur au Celsa (Université Paris-Sorbonne)

Après soutenance, le jury m’a décerné la mention très honorable avec les félicitations à l’unanimité.

Le mémoire (trois tomes) est disponible ici :

Thèse-Benjamin-Thierry-Tome-1

Thèse-Benjamin-Thierry-Tome-3

Thèse-Benjamin-Thierry-Tome-2

Conférence à Mons (Belgique) : histoire d’Internet

 

L’université de Mons nous fait l’honneur de nous convier, Valérie et moi, pour ouvrir le cycle de conférences célébrant ses 150 ans d’existence.

Rendez-vous le 28 mars salle académique, à 19 heures, Boulevard Dolez, 31—7000 Mons.

[Mise à jour]

Un grand merci aux organisateurs qui ont fait de cette rencontre un succès et pour nous, un moment très agréable.