Powerpoint et la maîtrise du temps

PowerPoint (ou ses succédanés) s’est imposé dans les colloques, journées d’étude et autres manifestations scientifiques pour accompagner et illustrer le propos des orateurs. Je ne reviendrai pas sur ce que l’on peut en penser sur le fond (dégradation de l’attention des auditoires, stéréotypisation des formes de communication, etc. Si cela vous intéresse, il y a pléthore d’ouvrages et d’articles sur le sujet, voir ci-dessous).

Le sujet de ce billet est de partager avec vous les perspectives qu’ouvrent deux fonctions de PowerPoint trop souvent ignorées : les liens hypertexteset les diapositives masquées.

L’idée d’en parler ici m’est venue après avoir constaté combien l’impératif d’utiliser PowerPoint paralysait parfois le talent oratoire de (jeunes ou moins jeunes) collègues, réduits à faire défiler (de plus en plus vite à mesure que le temps qui leur est imparti s’écoule) des diapositives devenues, comme le propos, totalement incompréhensibles.

Je ne ferai pas ici la liste de toutes les recommandations de bon sens que l’on peut faire pour réussir une présentation (privilégier l’iconographie, le moins de texte possible, garder en tête qu’il faut que le contenu soit visible y compris du fond de la salle, etc.), mais me bornerai à traiter de la gestion du temps et de la manière de préparer une présentation qui vous permette d’en conserver la maîtrise.

Au commencement était la précipitation

Je ne sais pas si comme moi vous êtes particulièrement mauvais pour établir le ratio entre volume d’informations et temps de parole, mais je pense que nous sommes relativement nombreux à constamment buter sur la question.

Pour préparer mes interventions et la présentation PowerPoint qui sera vidéo-projetée en parallèle, j’utilise deux fonctions qui sont bien pratiques pour construire des itinéraires alternatifs dans le déroulé des diapositives que je souhaite utiliser. En somme, je ne sais pas réellement quand je commence à parler si je pourrais utiliser tous mes slides ou non et ce n’est plus réellement un problème.

Revenons à l’utilisation courante de PowerPoint quelques instants. Elle sépare le petit monde des « causeurs en public » en deux grandes catégories. La première rassemble une petite élite mondiale du discours scientifique et ceux qui font la même intervention depuis des lustres et ont eu de ce fait l’occasion de la roder. Ce sont les collègues capables de savoir à la minute près combien de temps prendra la petite vingtaine de diapos qu’ils sont en train de concocter. Ils déroulent la présentation de A à Z, passent à peu près le même temps sur chacune et donnent l’impression d’une belle maîtrise.

Dans la seconde catégorie se trouve le vulgum pecus du show-business universitaire. Celles et ceux qui passent les cinq dernières minutes à dérouler dix diapos en rafale parce qu’ils sont pris par le temps ou les timides qui lisent un papier soigneusement rédigé et minuté en parallèle d’un tas de diapositives soporifiques. 

Qui n’a jamais regretté d’avoir pondu les diapos 23 à 28, finalement inutiles, mais qui ont demandé tant de travail ? Le public ne les verra qu’un quart de seconde puisque le président de session vient de vous passer le troisième petit papier sur lequel vous lisez du coin de l’œil « le temps est écoulé » souligné trois fois…

Briser la linéarité

Comment faire autrement ? Après tout, PowerPoint vous propose de créer des diapositives, des slides et de les passer les unes après les autres. C’est comme ça, la vidéo-projection est une insatisfaction permanente, il faut l’accepter et continuer à appuyer frénétiquement sur la flèche droite du clavier pour passer les dernières diapos quand le temps est presque écoulé et qu’il faut conclure.

En réalité, pas tout à fait.

Dans le fichier qui me sert d’exemple ici, j’ai réalisé un diaporama simpl(ist)e. Une intro, une première partie, une deuxième partie et une troisième partie.

Si vous lancez le mode présentation et que vous appuyez sur les flèches pour dérouler la présentation, vous verrez s’afficher successivement l’introduction, la première, la deuxième et la troisième partie. Et c’est terminé. 

C’est en quelque sorte l’état de base de la présentation. Tout y est, c’est structuré, c’est le plus court qu’on puisse faire.

Vous avez peut-être remarqué deux choses. D’abord que la diapositive n°3, celle qui sert de support à la première partie du propos (le « I. ») contient un lien hypertexte.


On le crée par un clic droit sur le texte et on désigne une diapositive vers lequel il pointe. Cela permet durant la présentation d’appeler la diapositive n°6. Pratique pour développer un point spécifique (ce que j’aime particulièrement par exemple dans le cas où, ne connaissant pas trop le public à l’avance, on souhaite pouvoir adapter le propos).

On se retrouve donc sur la diapositive n°6 qui est elle-même liée grâce au petit rond bleu en bas à droite auquel on a appliqué un lien hypertexte à la diapo n°3, d’où on est parti initialement.

Cliquez sur le lien, vous voici sur la diapo 6 ; cliquez sur le rond bleu (ou autre chose que vous préférerez), vous voici revenu au « I. » sur la diapo n°3.

Dernier élément notable, les diapositives 6 et 7 sont « masquées ». Elles sont marquées du signe Xet sont grisées dans l’explorateur de diapositives. Une diapositive se masque en faisant un clic droit dessus à partir de l’explorateur de PowerPoint.


Cela signifie que vous ne rendrez pas visibles ces diapositives en déroulant de manière classique votre présentation (essayez avec le fichier exemple, les diapos 6 et 7 n’apparaîtront pas). Vous pouvez mettre une diapositive masquée où bon vous semble, vous ne la ferez jamais apparaître autrement qu’en pointant par un lien hypertexte vers elle. Évidemment, comme je l’illustre avec les diapositives 6 et la 7, une diapositive masquée peut elle-même pointer vers une autre diapositive masquée (quelle mise en abîme…)

Et alors ?

Terminées les présentations linéaires où les diapos sont à passer les unes à la suite des autres (avec un doute sur la pertinence de la 7, de la 9 et de la 13). Libre à vous d’appeler des diapositives supplémentaires pendant la présentation ou non.

C’est particulièrement pratique sur la fin d’un diaporama, au moment où on est censé gagner du temps : vous êtes large, vous utilisez les diapos masquées ; vous êtes un peu court, vous vous en passez.

Idem pour s’adapter à son public : des spécialistes dans la salle ? Aucun problème, je balance les diapos qui creusent la question.

Vous voilà (un peu) moins esclave de PowerPoint. Bonne présentation.

Références

Compagnon Antoine, Le décervelage par PowerPoint, 18 mars 2012 http://www.huffingtonpost.fr/antoine-compagnon/le-decervelage-par-powerp_b_1352727.html).

FROMMER Franck,La pensée PowerPoint, La Découverte, Paris, 2010, 264 p.

RALPH Paul, Universities should ban PowerPoint. It makes students stupid and professors boring in Business Insider [en ligne], 25 août 2017 (https://www.businessinsider.com/universities-should-ban-powerpoint-it-makes-students-stupid-and-professors-boring-2015-6?IR=T).

SMITH Andrew, How PowerPoint is killing critical thought in The Guardian [en ligne], 23 septembre 2015 (https://www.theguardian.com/commentisfree/2015/sep/23/powerpoint-thought-students-bullet-points-information).