Pourquoi le Multimarkdown est fait pour l’historien ?

La préparation de mes cours en Licence ou en Master me pousse à stocker, année après année, une masse toujours plus importante de documents (textes, images et vidéos essentiellement) qui se retrouvent dans les fascicules ou les évaluations que je donne ensuite à mes étudiants.

Les textes à commenter se taillent la part du lion du fait de la place prépondérante du commentaire dans notre pédagogie historienne.

Ce que j’apprécie particulièrement est de pouvoir stocker dans un seul fichier le texte de la source et le commentaire linéaire de celle-ci, ainsi que le plan à adopter et d’autres informations utiles dans la perspective de la correction à faire ex cathedra, par exemple, après un passage à l’oral d’un(e) étudiant(e) dans mon cours.

Pour cela, je pourrais bien évidemment me reposer sur Microsoft Word ou un autre de ces traitements de texte WYSIWYG. Mais vous en connaissez probablement comme moi les inconvénients. D’abord, les fichiers sont souvent dans un format propriétaire ; leur compatibilité ascendante ou descendante n’est pas assurée dans le temps[1] ; leur poids est sans rapport avec un bête fichier texte ; etc.

Depuis quelques années, j’écris donc en Multimarkdown, langage de balisage dérivé du Markdown créé par John Gruber en 2004[2] qui permet de n’utiliser que des fichiers en plein texte, légers et pérennes.

La beauté du plain text

Les avantages d’un tel langage sont multiples. On en trouve des pleines pages sur les Internets et vous aurez tout le loisir de vous faire votre idée (ici ou ).

Concrètement, lorsque l’on commente un texte, que l’on souhaite conserver tout cela dans une forme utilisable facilement, c’est agréable et efficace que d’avoir recours à un workflow fondé sur le Multimarkdown.

Pourquoi ? Eh bien prenons un exemple.

Je dois commenter en cours le texte suivant (je n’en mets qu’un extrait) :

1

Le titre est précédé d’un « # » pour signifier que… c’est un titre. Le nom du journal est précédé d’un astérisque pour qu’il soit rendu en casse italique par le logiciel que vous utiliserez pour imprimer ou convertir le texte.

Si j’avais ajouté un autre astérisque, le texte aurait adopté la casse grasse et, avec une troisième, une casse grasse et italique. Pas très compliqué à retenir… et surtout, pas de souris à utiliser pendant la rédaction pour aller cliquer je ne sais où. C’est un gain de temps et de tranquillité d’esprit[3].

Vous souhaitez ajouter une note de bas de page ? Facile : tapez le texte de la note entre crochets précédé d’un circonflexe de cette manière :

2

et vous obtiendrez une note parfaitement placée, appelée et numérotée. Par exemple pour préciser un élément à destination des étudiants, cela donne (vous noterez au passage que les italiques sont utilisables dans le corps des notes de bas de page) :

3

Commenter son texte sans l’altérer

Vient ensuite la phase de commentaire. Quand je travaille un texte que je fais commenter et que je corrige ensuite, j’en passe – rien d’original, ici – par le commentaire linéaire pour être bien certain de ne rien laisser passer.

Pour cela, j’utilise une syntaxe associée au Multimarkdown, le CriticMarkup qui propose des balises permettant le suivi et la modification des textes.

En l’occurence, je n’en utilise qu’une, celle qui permet d’insérer un commentaire dans un texte qui ne sera pas affiché au moment de compiler le texte et dont la syntaxe est

4

Dans mon fichier texte, cela donne :

5

très utile pour ne pas réinventer l’eau tiède à chaque préparation de cours.

On récapitule

Donc, en adoptant le Multimarkdown, je travaille sur un seul document au format .txt, pérenne et léger; le balisage n’empêche pas la lecture du fichier source et sa conversion permet une transformation dans le format de votre choix.

Grâce aux balises CriticMarkup, j’ai un document qui, ouvert dans un logiciel comme Multimarkdown Composer ressemble à cela :

1Les passages entre balises sont automatiquement colorisés, ce qui aide à la lecture et au repérage de ce qui relève de la source et de ce qui relève du commentaire[4].

Avec le même fichier, je peux générer un .pdf, un .docx ou n’importe quoi d’autre qui ressemble à ça

2

et que je peux donc donner aux étudiants dans un fascicule, un polycopié d’évaluation ou n’importe quoi d’autre ; les notes de commentaire en sont absentes.

Bref, c’est léger, c’est facile (apprendre quatre ou cinq balises, franchement…), et ça colle assez parfaitement, selon moi, à notre manière de travailler les textes.

Et vous, vous vous y mettez quand ?

P.S. Dans un autre billet, j’aborderai les avantages de l’utilisation des fichiers texte et du Multimarkdown comme alternative à Latex pour la recherche historique.


  1. J’ai récemment essayé d’ouvrir un vieux cours en format Word – d’une version antédiluvienne, c’est vrai – pour un de mes ex-étudiants nouvellement nommé dans un lycée et je n’ai pas pu. J’ai bien retenu la leçon…  ↩
  2. Le *Multimarkdown* apporte son lot d’améliorations indispensables à mes yeux en regard du Markdown comme la possibilité de grever son texte de notes de bas de page dont, vous le savez, les historiens sont friands !  ↩
  3. Les raccourcis-clavier de votre traitement de texte aussi, c’est vrai.  ↩
  4. Vous noterez que le logiciel présente le fichier sur trois panneaux et permet de voir, de gauche à droite, le plan du document avec tous les niveaux de titres, le texte brut – donc avec les commentaires -, le rendu du texte final, donc sans balise cette fois.  ↩

 

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