De quoi le Capes est-il le nom ? L’échec

place de la sorbonne 1aLes résultats sont enfin tombés. Comme tous les ans, nous sommes très heureux de recevoir les messages que les lauréats nous envoient pour nous informer de leur succès au concours. Bon vent à celles et ceux qui entrent dans la carrière. Il ne nous reste à espérer pour eux qu’une carrière honnête, pleine de ces petites joies et de cet engagement sincère que Pagnol décrivait déjà si bien en parlant des instituteurs de la IIIe République dont son père faisait partie :

« Après quelques années d’apostolat laïque dans la neige des hameaux perdus, le jeune instituteur glissait à mi-pente jusqu’aux villages, où il épousait au passage l’institutrice ou la postière. Puis il traversait plusieurs de ces bourgades dont les rues sont encore en pente, et chacune de ces haltes était marquée par la naissance d’un enfant. Au troisième ou au quatrième, il arrivait dans les sous-préfectures de la plaine, après quoi il faisait enfin son entrée au chef-lieu, dans une peau devenue trop grande, sous la couronne de ses cheveux blancs. Il enseignait alors dans une école à huit ou dix classes, et dirigeait le cours supérieur, parfois le cours complémentaire. On fêtait un jour, solennellement, ses Palmes académiques : trois ans plus tard, il « prenait sa retraite », c’est-à-dire que le règlement la lui imposait. Alors, souriant de plaisir, il disait : « Je vais enfin pouvoir planter mes choux ! » Sur quoi, il se couchait, et il mourait. J’en ai connu beaucoup, de ces maîtres d’autrefois. Ils avaient une foi totale dans la beauté de leur mission, une confiance radieuse dans l’avenir de la race humaine. Ils méprisaient l’argent et le luxe, ils refusaient un avancement pour laisser la place à un autre, ou pour continuer la tâche commencée dans un village déshérité1.PAGNOL Marcel, La gloire de mon père, Éditions Pastorelly, Paris, 1957, 305 p.. »

D’autres ne sont pas reçus. Ils se demandent s’ils doivent tenter à nouveau le concours et ce qu’il faut faire pour réussir. Voici quelques lignes pour les aider à faire le bilan.

Est-ce que je tente à nouveau ?

Vous le savez, le Capes est un concours exigeant, qui demande une méthodologie particulière et il n’est pas rare d’intégrer les rangs de l’Éducation Nationale (« l’Educ’ Nat’ » chez les porteurs de Mephisto) qu’après plusieurs tentatives.
Selon les envies (et les moyens ! J’y reviendrai), il est raisonnable de se laisser deux ans pour obtenir le précieux sésame. Trois, en cas de difficultés. Au-delà, pour ne pas se transformer en candidat éternel et éviter ainsi le comique de répétition, il faut se faire une raison : tout ce carnaval n’est pas fait pour vous.
C’est un échec et c’est dur à avaler sur le moment, mais aussi étonnant que cela puisse paraître, il y a des gens très heureux qui n’ont pas su obtenir le Capes et qui ne s’en portent pas plus mal aujourd’hui. Il faut savoir arrêter. Notamment si vous souhaitez vous réorienter et ne pas le faire à des âges où cela commence à devenir problématique (il y a un moment où on commence à en souper des études, cela se comprend, tout le monde n’ayant pas comme objectif d’être un étudiant attardé et de se lancer, par exemple – dans… une thèse de doctorat…)
Une remarque en particulier : vos compétences ne sont pas uniquement destinées à faire de vous des enseignants. Vous avez appris énormément de choses, des hard skills et des soft skills comme disent les Anglo-saxons et tout cela peut être mis à profit dans des domaines bien différents hors d’une salle de classe.
Chez mes ex-étudiants, je compte des journalistes, des communicants, des formateurs, une éditrice, des vendeurs, un ingénieur reconverti et même… un banquier. Celui-là (qui se reconnaîtra surement) quand il invite au restaurant son vieux prof un peu bougon, il lui donne des complexes…

Est-ce que je peux encore tenter ?

La question n’est pas tout à fait la même que la précédente. La question est ici de savoir si vous avez encore les moyens de vous octroyer un an de préparation. Bien entendu, on peut obtenir son Capes en travaillant en parallèle, mais ce n’est pas facile et la meilleure des façons de mettre toutes les chances de son côté est quand même de s’y consacrer entièrement. C’est donc là qu’on retrouve la question des moyens.

Certains seront tentés par le statut de vacataire. Attention ! Voici l’une des plus belles arnaques de notre chère Éducation Nationale : le statut est précaire, mal payé et le travail tout aussi prenant que celui d’un titulaire. Il faut une sacrée force de caractère pour mener cela de front avec une préparation de concours (d’autant que dans les premières années d’exercice, le travail d’élaboration des cours et la tenue de classe demandent beaucoup plus d’efforts qu’aux collègues blanchis sous le harnais…) Le risque est de devenir un éternel vacataire qui n’arrive pas à obtenir le Capes… Situation peu enviable.

Si cela vous demande des efforts, mais reste possible néanmoins, autant souffrir (un peu) un an de plus (en se serrant la ceinture ou, horresco referens, en retournant chez papa-maman) et se donner à fond pour avoir le sésame du Capes.

Bon, je m’y recolle

Que faire maintenant si vous avez décidé de vous y remettre ? D’abord, vous vous reposez. L’année a été éprouvante et vous avez besoin de faire une coupure franche. Une coupure franche, c’est deux ou trois semaines sans penser au concours, aux fiches, au TD de contemporaine du lundi matin dans les frimas de novembre, etc.

Ensuite, il faut se remettre en train. D’abord, analyser sans complaisance votre échec : pourquoi avez-vous manqué la timbale ? Pas assez travaillé ? Mal travaillé ? Vous avez des difficultés méthodologiques dans l’une des épreuves ? Dans la rédaction ?
Cette étape doit vous conduire à adapter votre année de préparation. Bien entendu, il sera agréable de reprendre la ou les questions que vous aimez particulièrement, mais il faudra mettre l’accent sur les difficultés, travailler en priorité ce qui ne marche pas (la géographie ? Je dis ça au hasard…) et les nouvelles questions.

J’avais déjà abordé le sujet, mais deux éléments sont constitutifs du succès : l’entraînement et l’adaptation. Les entraînements, si vous vous êtes réinscrits à la préparation de votre université ou dans une Espé, vous en aurez. Si vous avez échoué à l’oral, interrogez-vous sur ce qui vous a manqué et mettez l’accent dessus pour combler vos lacunes. L’adaptation découle de ces constats : vous êtes faiblard en commentaire, c’est ça qu’il faut travailler en priorité. Certains sujets sont restés en friches dans une question qui est maintenue, c’est le moment de les travailler dans la perspective de l’année prochaine.

Bref, il faut tirer des enseignements rapidement pour être plus performant l’année prochaine. N’hésitez pas non plus à revenir vers vos enseignants pour discuter avec eux des épreuves (et écoutez leurs conseils bon sang de bois !) : ils vous donneront probablement une vision plus nuancée et productive que celle que vous gardez de votre échec.

Quoi que vous fassiez, faites-le pour vous et après avoir pesé le pour et le contre. C’est de votre vie qu’il s’agit, pas d’autre chose et n’oubliez pas qu’avec de la volonté on déplace des montagnes nous dit-on, alors avoir le Capes…

P.S. Avec un peu d’effort d’imagination et en remplaçant « Capes » par « Agrégation », j’imagine que ce texte est également assez valable.

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