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De quoi le Capes est-il le nom ? L’expérience de Marc Labbé

Lorsque j’ai souhaité demander à certains de mes anciens étudiants, devenus des collègues aujourd’hui, de me confier une bafouille rapide sur leur expérience des concours, je ne croyais pas obtenir de si bonnes choses.

Christophe Naudin a ouvert le bal il y a peu. Aujourd’hui, je publie le témoignage de Marc. Il est à mes yeux très important. En effet, en parallèle de sa contribution, vous trouverez des documents précieux. Il vous fait l’amitié de vous donner à lire une de ses copies de Capes et quelques brouillons.

Je passe rapidement sur le plan de la bibliothèque de Châlons, dont l’intérêt est surtout « psychologique » comme le dit Marc lui-même. 

La copie en revanche, vous donne un bon exemple de ce qui mérite un 14, donc un résultat très au-dessus de la moyenne d’admissibilité au concours. Pour celles et ceux qui se font encore des épreuves une montage infranchissable, elle doit rassurer en montrant que le succès est à portée. Pour celles et ceux que la méthodologie inquiète, elle sera un guide bien utile.

Un grand merci à Marc d’avoir accepté l’exercice et d’avoir exhumé de ses archives personnelles ces vestiges d’une session pas si loin de nous que cela.

 

Marc LabbéComme beaucoup d’étudiants passant le CAPES, j’ai dû m’y prendre à plusieurs fois. Trois pour être exact. Chaque année, j’ai appris de mes erreurs et j’ai pu rectifier le tir. Sur l’invitation de Benjamin Thierry, je vais donc vous faire part de mon expérience.
La première année, j’ai raté le CAPES dès les écrits avec 5 en Histoire et 4,5 en Géographie. Je n’étais absolument pas préparé et j’avais pris ce concours comme une prolongation de la licence. Le travail demandé était beaucoup plus conséquent alors même que j’effectuais une double licence Histoire Géographie.

Dès l’été, il ne faut pas hésiter déjà à revoir les bases en prenant des manuels du secondaire. Il n’y a pas de honte à ça. Certains contiennent en plus de bons croquis, simples et facilement réutilisables pour la Géographie. Très pratique, sachant que bon nombre d’apprenants sont historiens.
Quand on se lance dans ce concours, on ne sait pas trop comment s’y prendre. C’est un monde un peu nouveau. Avec 6 ou 7 questions à préparer en l’espace de quelques mois, il faut être efficace et ne pas tomber dans le piège de l’exhaustivité en s’éparpillant. Evitez de faire l’impasse sur une question ou sur une partie du sujet, même si un professeur vous affirme, par exemple, que l’agriculture française ne tombera jamais1.Souvenirs de la session 2010 avec le sujet en Géographie : Aménagements des territoires et mutations récentes de l’agriculture française.. Ayant la chance d’être à Paris, j’ai pu aussi faire mes cours « à la carte », en choisissant tel ou tel enseignant à Paris-1 ou à l’IUFM/ESPE. Je vous encourage à faire de même si vous en avez la possibilité. J’apprenais énormément rien qu’en écoutant certains professeurs (vive la mémoire auditive) mais j’avais aussi besoin d’écrire pour m’approprier les connaissances. A vous de trouver votre meilleur moyen pour retenir cette somme de connaissances.

Les écrits

La première fois, j’ai raté mon épreuve de médiévale2.Session 2010, sujet : Pouvoirs et violence dans les royaumes de France, de Bourgogne et de Germanie, 888 – début du XIIe siècle car je n’avais aucun repère chronologique en tête, aucun exemple précis. J’ai rédigé deux copies doubles avec du vent et en paraphrasant les documents. Pour la Géographie, je n’ai jamais dépassé le 6 lors de mes 3 tentatives et je ne peux encore l’expliquer…
En Histoire, la maîtrise de la chronologie reste essentielle. Faites une fiche simple avec les événements importants et indiquez aussi les césures qui seront essentielles si vous optez pour un plan chronologique. Ensuite, je vous conseille de travailler sur un seul manuel en complément des cours dispensés. Avec cela, vous constituez une banque d’exemples qui peuvent être appliqués dans plusieurs thématiques et qui couvrent l’ensemble de la période historique étudiée. Ce n’est que le CAPES, il est inutile d’avoir 50 exemples en tête par question, il vaut mieux en maîtriser peu mais être capable de les approfondir. Les manuels des éditions Atlande sont généralement de bonnes mines d’exemples, les SEDES étant un peu plus généraux.

La veille de me rendre à Arcueil et à sa fameuse maison des examens, je n’ai absolument pas travaillé et c’est nécessaire. Juste se reposer, passer du bon temps avant de s’enfermer pendant deux jours là-bas. C’est inutile de réviser la veille. Vous avez potassé plusieurs mois, alea jacta est. Cela peut même être contre-productif en faisant augmenter le stress, en se rendant compte qu’on ne connait pas tel ou tel point. C’est trop tard.
Vient le jour J. Pour la rédaction, il faut écrire simplement, faire des phrases courtes et suivre le schéma : idée, exemple, explication. Il faut être le plus clair possible, imaginez-vous en train d’expliquer ceci à un de vos proches. Bien sûr, faites attention à l’orthographe, vous passez un concours pour devenir professeur et donc irréprochable à ce niveau. Cependant, avec le stress, le temps court, il restera malgré tout des coquilles comme vous pouvez le voir ci-dessous. Appliquez vous aussi pour l’introduction (accroche, définition des termes du sujet, des bornes, évoquer les sources, problématique et annonce du plan), la conclusion (reprenez vos semi-conclusions et répondez à la problématique précise). Je me souviens d’une remarque d’un des professeurs qui disait: si on peut changer un des termes de votre question, c’est qu’elle est trop générale. Essayez aussi de participer à un maximum d’entrainements, que ce soit à l’écrit ou pour les oraux. Cela permet de voir où vous avez des lacunes tant au niveau de la méthode que des connaissances. On apprend aussi à gérer son temps, son stress, à peaufiner des stratégies pour gagner du temps et à faire un brouillon correct non rédigé. Prenez aussi un petit en-cas et à boire.

Voici ci-joint, ma copie qui m’a valu un 14. Cela vous permettra de voir ce que les correcteurs attendent plus ou moins. Inutile aussi de se lancer dans un concours de celui qui a écrit le plus. Je n’ai rédigé que 7 pages et j’ai eu une note honorable.

La copie de Marc Labbé en pdf.

Les oraux

Pour préparer les oraux, il faut alterner les colles et les entraînements entre amis. Cela vous permettra d’être une véritable machine à plans et à croquis. J’ai dû faire plus d’une dizaine de colles et cela m’a grandement aidé à m’améliorer. En Géographie, j’appliquais toujours le même plan proposé par G. Fumey : description, explication et une dernière partie culturelle ou enjeu, ouverture… Il faut également avoir survolé la plupart des livres sur les différentes questions, c’est-à-dire être capable de savoir dans quel manuel, vous pouvez trouver telle information. Les documentations photographiques sont vraiment très bien faites et sont parfaites pour les oraux. Elles restent un incontournable à maîtriser.
Les oraux sont aussi synonymes de la charmante ville de Châlons-en-Champagne. Pour ma part, je ne m’y étais jamais rendu. Je n’ai pas voulu y aller avant considérant que c’était une perte de temps et d’argent. Vous allez juste voir une salle avec un candidat et trois membres du jury (professeurs, inspecteurs, formateurs). Rien d’extraordinaire.

La première fois, en 2011, m’a permis de me familiariser avec la ville et les lieux. J’étais dans un hôtel proche du lycée où se déroulait les épreuves de géographie et l’épreuve sur dossier. Après le tirage au sort de la matière principale, on devait visiter la bibliothèque. J’avais fait un petit plan dont le but était de mémoriser à peu près les différents ouvrages mais aussi de me rassurer.

bibliothèque

Vous ne pouvez pas prendre de photographie à l’intérieur mais vous pouvez prendre la bibliographie affichée à l’extérieur. Est-ce vraiment utile, je ne crois pas, mais ça rassure. Il se peut qu’il n’y ait pas tous les livres. Je me souviens d’avoir passé 5-10 minutes à chercher une documentation photographique en vain.

J’ai tiré au sort les deux fois la Géographie. La première fois, j’ai eu le droit au sujet : Le lait pour nourrir les hommes avec un 12 à la clé. La seconde fois : Le Rhin, le Danube, deux fleuves européens avec un 18 cette fois.

Pendant le premier quart d’heure, j’ai lâché toutes mes idées sur mon brouillon et déjà je réfléchissais à un plan (trois parties et 2 sous parties pour ma part) et quels manuels je pouvais prendre. Passage à la bibliothèque, essayez d’être parmi les premiers pour prendre certains manuels assez rares et ne pas être ainsi lésé. Retour en salle de préparation, faites la bibliographie, vous vous en débarrassez ainsi. Et c’est parti pour des heures face à vos manuels et votre brouillon. Plusieurs conseils : numérotez les pages, indiquez le temps approximatif à chaque page pour gérer votre temps, prenez une montre, c’est plus discret qu’un gros réveil et enfin, n’hésitez pas à couper et coller vos brouillons pour agencer vos idées.

ML Brouillon

Comme vous pouvez le voir, juste quelques mots clés sur lesquels j’ai dû broder 2-3 minutes par page. Cela évite de lire les notes.

Mais ce dernier oral était assez amusant car mon homonyme la première année était tombé sur le Danube. On avait discuté de ce qu’elle avait fait et cela m’a servi pour cet oral. Je me souviens encore où dans ma troisième partie intitulée « Renforcement de l’identité européenne à travers ces deux fleuves » j’évoquais le Danube bleu. Un de membres du jury avait pouffé de rire et j’ai continué comme si de rien n’était. Etait-ce nerveux ou pour me déstabiliser, je ne sais pas. Je n’explique pas non plus cette réussite. J’avais l’impression d’avoir fourni une prestation équivalente à ma première fois.

Le CAPES est aussi fortement lié au hasard. Hasard du tirage de la matière (j’avais une préférence à l’oral pour la Géographie), hasard du sujet, du jury, des questions posées pendant l’entretient. Après, vous pouvez réduire cette part de chance/malchance avec de l’entrainement et en essayant de toucher à tous les sujets possibles. Durant la partie d’entretient, le membre du jury ayant proposé la question reviendra sur l’exposé. Les deux autres vont tester votre culture générale. Essayez de répondre en faisant preuve de logique mais sans chercher à gagner de temps en répondant à côté de la plaque. Maintenant que je fais passer des oraux, je me rends compte à quel point c’est agaçant et on a l’impression qu’on se moque de vous. Un humble « je ne sais pas » peut être une porte de sortie ponctuelle. Sachez également que vous devez être sûr de tout ce que vous avancez pendant l’exposé. Les perches tendues pendant l’oral feront bien évidement l’objet de questions.

Pour la Géographie, faire un transparent pour chaque partie est vraiment bien vu. A chaque changement de partie, vous rajoutez un calque par dessus votre fond de carte. Conseil aussi tout bête, pour les feutres, prenez de l’indélébile avec un petit peu d’alcool et un coton tige pour effacer. Les autres feutres peuvent baver lorsque vous passez la main dessus et là, c’est le drame.
Sortir une carte topographique est également très bien vu mais vous devez être capable de l’analyser sérieusement3.Par exemple : DEFOSSE J. Principes et méthodes du commentaire de cartes aux concours, Paris, PUF, coll° MAJOR, 2004..

En épreuve sur dossier et agir en fonctionnaire éthique et responsable, je tombe sur un sujet pas vraiment travaillé : L’Histoire des grands hommes aide-t-elle à comprendre notre passé ? En faisant appel surtout à ma culture générale, je m’en tire avec 16, inexplicable aussi. Essayez d’être ouvert sur le monde, suivez la presse, certaines émissions radio ou télé (La Fabrique de l’Histoire, Le dessous des cartes par exemple). N’oubliez pas d’utiliser le dictionnaire, ça peut être utile pour trouver certaines informations simples comme le débit, la longueur des fleuves, chose que je n’avais pas dans les manuels…

Après Châlons, c’est l’attente. Les résultats sont tombés plus tôt que prévu à ma grande surprise. Me voici 89ème sur 550, je ne m’y attendais pas.
Maintenant commence un nouveau challenge, encore plus éprouvant, la première année de stage !

Contacter Marc sur Twitter.

Notes   [ + ]

1. Souvenirs de la session 2010 avec le sujet en Géographie : Aménagements des territoires et mutations récentes de l’agriculture française.
2. Session 2010, sujet : Pouvoirs et violence dans les royaumes de France, de Bourgogne et de Germanie, 888 – début du XIIe siècle
3. Par exemple : DEFOSSE J. Principes et méthodes du commentaire de cartes aux concours, Paris, PUF, coll° MAJOR, 2004.