De quoi le Capes est-il le nom (3.) Le travail personnel

En attendant un nouveau témoignage sur les épreuves du Capes, je continue ma série sur le travail à mener pour se mettre dans les meilleures conditions possible en vue d’obtenir le précieux sésame.

Dans ce billet, nous abordons la question du travail personnel à mener qui est l’une des antiennes que les étudiants entendent pendant leur cursus, souvent sans qu’on en détaille les principes. À l’échelle de l’année de préparation, ce travail « hors les murs » représente l’essentiel de la tâche à accomplir. Sans formalisme excessif, il peut néanmoins se décomposer en trois étapes qui sont :
– l’explicitation
– l’extension
– la mémorisation

capes Illus 6L’explicitation

Première étape, l’explicitation. Il s’agit, sur la base des cours suivis et des manuels lus, de vérifier par un travail patient de relecture et d’établissement de fiches synthétiques que l’on maîtrise le contenu recueilli. Combien d’étudiants se contentent de stocker leurs notes de cours en se disant « je réviserai le moment venu » ? C’est une hérésie. Non seulement parce que l’enseignant a rarement le temps de tout dire pendant son/ses heure(s) de cours, mais parce que cette stratégie de travail différé rend la compréhension et la mémorisation plus complexe.

La bonne stratégie (conseil garanti 100% satisfait ou remboursé) est de reprendre sa matière le plus vite possible et de s’assurer qu’on la maîtrise. Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’il faut ne laisser aucune zone d’ombre autour des concepts, acteurs et évènements présents dans ses notes, qu’elles viennent d’un cours ou d’une lecture. Reprendre le jour même ses notes de cours, dresser sur cette base plusieurs fiches qui précisent ces différents points permet non seulement de commencer le travail de mémorisation (qui fonctionne bien mieux sur le long terme), mais également de réellement maîtriser ses contenus. On vous a parlé d’un obscur journaliste républicain ? Une fiche. Vous vous rendez compte que vous êtes peu au fait du fonctionnement du vote en 1848 ? Une fiche. L’enseignant mentionne un historien de la Révolution dont vous n’avez jamais entendu parler (comme Augustin Cochin qui a fait ouvrir des yeux ronds comme des soucoupes à certains de mes étudiants) ? Une fiche.

Cette méthode a une autre qualité indéniable en ces temps de recherche du bien-être tous azimuts : elle est gratifiante. Pourquoi ? Eh, bien, tout simplement parce qu’au fil de votre année, vous aurez de moins en moins besoin de faire ces fiches à mesure que vos connaissances s’accroissent. Peu à peu, la maîtrise du sujet vous délivre de cette tâche et vous donne l’impression de progresser.

L’extension

Deuxième étape, l’extension. Il s’agit ici d’aller braconner en périphérie des connaissances qu’on vous livre en cours ou que vous trouvez dans votre documentation de base. Lorsqu’un contenu est maîtrisé, il est bon d’étendre ses connaissances pour renforcer sa maîtrise d’un sujet. Pour ce faire, il faut poursuivre deux objectifs distincts.

Le premier est l’extension que l’on peut qualifier de « verticale ». Vous avez trouvé un exemple intéressant dans un manuel ou dans vos notes de cours. Vous le comprenez (sinon, il faut l’expliciter : retour à l’étape n°1, l’explicitation). Vous décidez de le creuser en réalisant une fiche un peu plus détaillée.

Capes illus 5Quelles sont les raisons qui doivent vous pousser à le faire ? Un « bon exemple » lorsque l’on prépare les concours se reconnaît à deux choses : il est d’abord, a priori, attendu (par les correcteurs, donc jugé comme un « classique ») et il faut s’assurer de le maîtriser « à fond » (notamment dans la perspective de l’oral durant lequel ces maudits membres du jury n’hésiteront pas à vous demander de vous expliquer s’ils sentent que votre édifice argumentatif est un peu branlant sur un point en particulier). Le « bon exemple » est ensuite suffisamment riche pour être utilisé dans une grande variété de sujets. Il est donc rentable de le mémoriser puisqu’il resservira à coup presque sûr. Je prends l’exemple des biographies d’acteurs : c’est souvent là que se nichent les « bons exemples » à mémoriser. Faire une fiche solide sur un Clemenceau par exemple1.Et pour cela, on peut parcourir l’excellente biographie de Winock : WINOCK Michel, Clemenceau, Tempus Perrin, Paris, 2013, 568 p. permet de couvrir un nombre impressionnant de sujets différents étant donné l’importance du bonhomme : la Commune, les débats autour du vote et du système électoral, les diverses positions face à la colonisation (dans le cadre de son opposition à Ferry par exemple) et j’en passe… une vraie mine !

Le deuxième objectif est l’extension « horizontale ». Elle repose sur la nécessité de « doublonner » certains exemples. Le domaine dans lequel cette stratégie se révèle payante est sans doute la connaissance des documents (sources, mais également textes historiographies…) que l’on doit manipuler dans les épreuves 2. Il est impossible de prévoir exactement ce qui « tombe » durant une épreuve, bien entendu. Mais il est tout à fait envisageable de se préparer pour ne pas être réellement surpris.

On vous a fait travaillé en TD sur un document ? Aller en chercher un deuxième du même type et/ou de la même période et/ou sur le même sujet. Il existe des dizaines de représentations de la liberté durant la période révolutionnaire, en connaître deux et ne pas se limiter à celle qu’on a vue en cours me paraît être un minimum. Là encore, il faut faire une fiche qui doit vous permettre, par exemple, de vous appuyer sur le document sans l’avoir sous les yeux le jour de l’oral. Belle impression que celle faite sur un jury par un candidat capable de commenter un document de son corpus à la lumière d’un autre qu’il aura travaillé pendant l’année !

La mémorisation

Dernière étape, il faut apprendre tout ça. Rassurez-vous, un travail raisonné comme celui dont j’esquisse les grandes lignes ici prépare efficacement la mémorisation. À vrai dire, cette mémorisation n’est pas réellement une étape séparée du reste de la préparation. On mémorise comme on fait de la prose… Mais il faut quand même se ménager des moments durant lesquels on ne produit plus de contenu pour laisser la place à l’apprentissage.

En la matière, il n’y a pas de recette et tous les ans, les suppléments de la presse estudiantine font leurs choux gras des méthodes « infaillibles » pour avoir une mémoire d’éléphant. Chacun doit néanmoins trouver le moyen de retenir ces contenus. Si une méthode unique et efficace existait…

Le seul conseil qui vaille est qu’il est plus efficace d’échelonner l’effort de mémorisation et qu’il faut donc s’y prendre tôt. Le plus tôt possible. La mauvaise stratégie est de séparer la phase de constitution des connaissances de celle de leur apprentissage. Vérifier que l’on connaît ses contenus après les avoir constitués, puis à échéance variable est un passage obligé. Tous les mois ? Tous les deux mois ? À vous de voir, mais ces moments de « remémoration, vérification, acquisition » ne doivent pas être renvoyés aux calendes grecques, c’est-à-dire à quelques semaines de l’écrit et/ou de l’oral.

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Notes   [ + ]

1. Et pour cela, on peut parcourir l’excellente biographie de Winock : WINOCK Michel, Clemenceau, Tempus Perrin, Paris, 2013, 568 p.