De quoi le Capes est-il le nom ? L’expérience de Christophe Naudin

Dans le cadre de cette série de billets sur le Capes, j’ai souhaité laisser la parole à certain(e)s de mes ancien(ne)s étudiant(e)s lauréat(e)s du concours. Non seulement parce que la diversité des expériences qui sont les leurs est particulièrement intéressante, mais également parce que leur parole n’est pas celle d’un formateur et qu’à ce titre, elle vient enrichir le propos forcément partiel (partial ?) qui est le mien.

 

J’inaugure cette série de témoignages avec Christophe Naudin qui enseigne l’histoire et la géographie et qui est également l’auteur de plusieurs ouvrages de qualité sur les relations de l’histoire avec son temps (BLANC William, CHÉRY Aurore & NAUDIN Christophe, Les historiens de garde : De Lorànt Deutsch à Patrick Buisson, la résurgence du roman national, Inculte Éditions, Paris, 2013, 224 p.) ou la construction des mythes historiques (BLANC William & NAUDIN Christophe, Charles Martel et la bataille de Poitiers : De l’histoire au mythe identitaire, Éditions Libertalia, Paris, 2015, 322 p.).

 

Bien entendu, je le remercie de s’être prêté à l’exercice et d’inaugurer cette rubrique.

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Quand les résultats de l’admissibilité tombent, c’est évidemment le soulagement. Tout est encore possible, même si on ne connaît pas nos notes d’écrit. Pour ma part, je fus doublement soulagé vu que c’était la deuxième fois que je passais le Capes, et que je n’avais plus droit à l’erreur. En reprise d’études, j’étais un peu un cas particulier, même si les profils des candidats au concours sont finalement très divers. Reprendre les chemins de la fac à plus de trente ans, malgré la pression, fut toutefois un véritable atout, car à la motivation s’ajoutait une maturité qui peut faire défaut à 22-23 ans. Je suis persuadé que je n’aurais pas eu le concours si je l’avais passé à l’âge « normal », alors que j’ai toujours (depuis la 6e en fait) voulu faire ce métier. L’expérience du milieu professionnel et, j’ose le dire, même celle du service militaire a pu notamment me permettre de gérer mon stress et mon organisation, deux facteurs fondamentaux, à mon avis, pour réussir le concours, et particulièrement les oraux.

Malgré nos profils et nos parcours différents, nous sommes tous dans le même bateau et, même si cela semble évident, et que les préparateurs le martèlent, le travail en groupe est fondamental. Je ne l’avais pas assez intégré la première année, et cela m’a coûté probablement beaucoup, malgré l’admissibilité aux oraux. Pas besoin de faire des groupes importants, mais trois-quatre personnes cela suffit amplement, avec même un travail en binôme sur certains thèmes. Ce travail collectif n’est pas utile seulement pour ficher les manuels et les ouvrages incontournables, sans parler du partage des cours, mais plus encore pour un soutien réciproque quand les premiers signes de fatigue et de découragement pointent leur nez. Assez rapidement en fait. Et c’est encore plus valable pour l’oral, j’y reviendrai.

Je n’ai pas un souvenir très précis des écrits. Je ne sais même plus quels sujets sont tombés, et je mélange les deux années où je les ai passés. La chose fondamentale que j’ai retenue quand même est l’importance de la gestion du temps, et l’organisation. Le but, c’est d’atteindre les oraux. Il faut donc tout faire pour rendre une copie terminée (dont le croquis en géo), et structurée. Je ne m’avancerai pas à dire que les correcteurs lisent en diagonale les copies, mais il est certain que le plan – clair – est primordial. Les concours blancs doivent servir à ça : en combien de temps j’analyse le sujet, je réfléchis à mon plan, je fais l’intro et la conclusion, puis je rédige le tout ? Ce que j’ai retenu aussi, c’est l’épreuve physique et psychologique que cela représente, individuelle et collective. Il faut être en pleine forme, c’est évident. Se reposer après chaque épreuve, et surtout éviter de repenser à celle que l’on vient de passer, et d’en parler avec les autres candidats, même ceux du groupe de travail. Les discussions post-épreuve devant la maison des examens peuvent être traumatisantes, et même décourager, sans que cela soit fondé au bout du compte. Quand on a fini, on parle d’autre chose, on va même boire un coup. Tout cela, c’est encore plus valable pour les oraux.

Les oraux, justement, restent mon vrai souvenir du concours. Même la fois où je n’ai pas été admis, je ne regrette pas d’y être allé. Pendant quelques jours, on semble vivre dans un village comme le Prisonnier, vu à quel point Châlons semble investie par les candidats et les jurys. J’avoue ne pas savoir exactement comment cela se déroule aujourd’hui, avec toutes les réformes, mais en 2012 il fallait tirer au sort, le premier jour, le type d’épreuve que l’on passait. Premier traumatisme pour beaucoup quand tombait la géo en leçon, et donc l’histoire en épreuve sur dossier. Pourtant, à bien y réfléchir, c’est le tirage le plus positif pour la plupart d’entre nous. D’abord parce qu’étanten majorité de formation historienne, nous sommes normalement rôdés à l’exercice, et la concurrence est donc bien plus féroce ; ensuite, car l’ESD en géo tourne assez souvent, apparemment, à la boucherie, même si certains peuvent aussi s’en sortir excellemment et ainsi passer devant les autres qui ont réussi la leçon. C’est en tout cas le calcul que j’ai fait. Je peux me tromper, mais cela a probablement contribué à ma réussite. En effet, à mes premiers oraux j’ai fait ce tirage, et j’ai aussi paniqué au début. Puis, j’ai passé l’ESD histoire et cela s’est relativement bien passé, surtout dans la partie dialogue avec le jury. Quant à la leçon de géo, j’ai rapidement compris que mon travail n’était pas à la hauteur et qu’il fallait limiter les dégâts dans la seconde partie de l’épreuve. Cela n’a pas vraiment réussi, même si le jury a été très poli et même souriant. Au final, j’ai raté le concours à peu de choses, mais j’ai appris pour l’année suivante, et particulièrement sur la gestion du temps pendant la préparation de la leçon de géo, et comment utiliser les documents. La réussite et la chance (car il en faut) a fait le reste : je suis retombé sur leçon de géo/ESD histoire ; puis sur un sujet faisable en ESD, et encore mieux en leçon, avec une bibliographie qui semblait m’envoyer des flashes dans la bibliothèque tant elle semblait évidente. Le plan m’a semblé rapidement évident lui aussi, et j’ai très bien géré les documents en utilisant plusieurs feuilles transparentes superposées pour mes cartes. Et je ne me suis pas embrouillé avec les échelles, au contraire de l’année précédente. Apprendre de ses erreurs…Et la seconde partie de l’épreuve a été un vrai plaisir. Résultat, je m’en suis bien sorti, avec un 12 à l’ESD (là encore, c’est surtout l’entretien qui m’a tiré un peu vers le haut) et un 16 à la leçon de géo. Même si le succès compte forcément, j’ai vraiment apprécié, les deux fois, l’adrénaline que procurent les oraux, tant la préparation que le passage devant le jury. Cela n’a jamais été un calvaire.

Plus largement, l’ambiance générale de ces oraux a, à mon avis, été centrale dans l’admission au concours. Plus encore que pour les écrits, il faut travailler en groupe, et une fois sur place espérer tomber avec des gens que l’on connaît. Et si ce n’est pas le cas, il faut faire l’effort d’aller vers les autres candidats. Trop d’entre eux restent cloîtrés trois jours dans leur chambre d’hôtel à tourner en rond, et parfois à relire leurs fiches. Je ne suis pas sûr que cela fonctionne pour tout le monde. Des oraux, je retiens évidemment les épreuves, mais plus encore les bières bues après, ou encore les restaurants, où on croise d’autres candidats, mais également des membres du jury, en général dans une ambiance détendue. Si, en plus, il fait beau (et cela arrive assez souvent dans le coin, je crois, à cette saison), c’est parfait.

Finalement, si je m’en tiens à mon expérience, la réussite au concours est une alchimie subtile entre travail régulier pendant la préparation, cohérence et solidarité du groupe, organisation, gestion du temps et du stress, chance sur les sujets d’épreuves et l’heure de passage, et capacité à prendre du recul aux moments opportuns, et même à « sortir » du concours pour faire autre chose et se changer les idées.

Et puis, il faut bien se dire qu’après, la joie et le soulagement passés, on se rend rapidement compte que le plus dur commence : l’année de stage…

 

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