Archives mensuelles

Sauvegarder son travail

AfficheJ’en parlais justement durant ma traditionnelle intervention dans le séminaire de master du Pr Pascal Griset il y a moins de 15 jours : il faut sauvegarder et réfléchir à sa stratégie de sauvegarde lorsqu’on rédige un master ou une thèse. Nous sommes des artisans responsables de nos outils et de nos résultats, des indépendants qui doivent savoir communiquer, archiver, sauvegarder et accessoirement, de temps en temps, chercher…

J’ai donc eu le droit aujourd’hui au mail (malheureusement habituel) d’une étudiante paniquée qui m’avait sollicité depuis l’autre bout de la France pour ses recherches en début d’année : elle a perdu deux mois de dépouillement aux archives.

Le truc classique : le disque dur destiné aux sauvegardes dans la même pièce que l’ordinateur portable, une fenêtre mal fermée, un indélicat qui passe par là et disparition du matériel en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Je rappelle à toutes fins utiles que la meilleure des solutions de stockage laissée chez soi est une hérésie. Vous pouvez avoir le plus beau matériel imaginable (du disque dur ultra-performant en passant par le NAS dernier cri), s’il n’est pas géographiquement séparé de votre machine de production (c’est-à-dire « pas chez vous »), il ne servira à rien et partira dans les poches du premier malandrin venu vous rendre une visite de courtoisie et tous les cambrioleurs ne sont pas des gentlemen 1.Ou bien se retrouvera totalement inutilisable une fois inondé.

Dans le même ordre d’idée, on ne voyage pas avec sa sauvegarde et sa machine (un étudiant il y a quelques années a perdu toutes ses notes dans un aéroport en revenant d’un voyage à l’étranger : son ordinateur était bien entendu dans le même sac que son disque dur).

Alors que faire ?

À l’époque antédiluvienne de ma maîtrise, j’avais deux disques durs pas chers que je déposais alternativement chez mes parents pour avoir toujours un état récent de mes fichiers de travail en cas de perte ou de crash, puis ma femme est partie tous les lundis au bureau avec l’un des deux.

Pendant ma thèse, j’ai ensuite pris l’habitude de m’offrir un abonnement annuel chez Dropbox dont la fiabilité n’a jamais été prise en défaut. Non seulement pour un peu moins de 9$ par mois, je stocke l’ensemble de mon travail (recherches, archives, manuscrits, cours…) dans un lieu qui, sauf attaque nucléaire massive, me permettra de retrouver mes petits en cas de pépin avec mon ordinateur, mais cela me permet de synchroniser mes fichiers entre plusieurs machines sans me préoccuper de la localisation physique de mes données.

Alors que j’ai perdu au moins une clef USB dans chacun des lieux où j’ai enseigné au fil des années (et parfois même plusieurs2.Mais entre nous : qui n’a jamais laissé sa clef USB sur l’ordinateur d’une salle de cours ?), je ne me promène plus avec un support physique aujourd’hui. Je termine un cours chez moi, le fichier est déposé dans mon dossier Dropbox, aussitôt synchronisé et je le retrouve à la Sorbonne au moment de l’imprimer avant d’entrer dans ma salle de TD3.J’utilise un support papier car j’éprouve encore du mal à lire sur un écran, y compris sur tablette.. J’annote un pdf à l’Espé ? Idem : je retrouve mon fichier et ses surlignages une fois arrivé à mon bureau en Sorbonne.

Étant donné le volume conséquent offert par l’offre à 9$/mois, je sauvegarde également photos de famille, musique, fichiers audio et vidéo destinés à l’enseignement sur ce compte. Le sort peut décider d’anéantir tous mes terminaux, mes données seront de retour une fois le matériel remplacé quoiqu’il arrive.

Dropbox n’est pas la seule alternative pour obtenir une solution de sauvegarde dans le nuage : plusieurs articles (c’est un des marronniers des sites à vocation technologique) proposent des comparatifs des différents services de stockage (ici par exemple ou ).

J’ajoute que pour déjouer les regards indiscrets4.Et même si cela ne représente pas une solution parfaitement sûre., les fichiers stockés en ligne sont cryptés dans des archives compressées que Mac OS réalise sans difficulté.

Vous l’aurez compris : avec quelques efforts et une discipline peu contraignante, on se met facilement à l’abri de pertes de données qui sont parfois dramatiques.

Notes   [ + ]

1. Ou bien se retrouvera totalement inutilisable une fois inondé
2. Mais entre nous : qui n’a jamais laissé sa clef USB sur l’ordinateur d’une salle de cours ?
3. J’utilise un support papier car j’éprouve encore du mal à lire sur un écran, y compris sur tablette.
4. Et même si cela ne représente pas une solution parfaitement sûre.

De quoi le Capes est-il le nom (3.) Le travail personnel

En attendant un nouveau témoignage sur les épreuves du Capes, je continue ma série sur le travail à mener pour se mettre dans les meilleures conditions possible en vue d’obtenir le précieux sésame.

Dans ce billet, nous abordons la question du travail personnel à mener qui est l’une des antiennes que les étudiants entendent pendant leur cursus, souvent sans qu’on en détaille les principes. À l’échelle de l’année de préparation, ce travail « hors les murs » représente l’essentiel de la tâche à accomplir. Sans formalisme excessif, il peut néanmoins se décomposer en trois étapes qui sont :
– l’explicitation
– l’extension
– la mémorisation

capes Illus 6L’explicitation

Première étape, l’explicitation. Il s’agit, sur la base des cours suivis et des manuels lus, de vérifier par un travail patient de relecture et d’établissement de fiches synthétiques que l’on maîtrise le contenu recueilli. Combien d’étudiants se contentent de stocker leurs notes de cours en se disant « je réviserai le moment venu » ? C’est une hérésie. Non seulement parce que l’enseignant a rarement le temps de tout dire pendant son/ses heure(s) de cours, mais parce que cette stratégie de travail différé rend la compréhension et la mémorisation plus complexe.

La bonne stratégie (conseil garanti 100% satisfait ou remboursé) est de reprendre sa matière le plus vite possible et de s’assurer qu’on la maîtrise. Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’il faut ne laisser aucune zone d’ombre autour des concepts, acteurs et évènements présents dans ses notes, qu’elles viennent d’un cours ou d’une lecture. Reprendre le jour même ses notes de cours, dresser sur cette base plusieurs fiches qui précisent ces différents points permet non seulement de commencer le travail de mémorisation (qui fonctionne bien mieux sur le long terme), mais également de réellement maîtriser ses contenus. On vous a parlé d’un obscur journaliste républicain ? Une fiche. Vous vous rendez compte que vous êtes peu au fait du fonctionnement du vote en 1848 ? Une fiche. L’enseignant mentionne un historien de la Révolution dont vous n’avez jamais entendu parler (comme Augustin Cochin qui a fait ouvrir des yeux ronds comme des soucoupes à certains de mes étudiants) ? Une fiche.

Cette méthode a une autre qualité indéniable en ces temps de recherche du bien-être tous azimuts : elle est gratifiante. Pourquoi ? Eh, bien, tout simplement parce qu’au fil de votre année, vous aurez de moins en moins besoin de faire ces fiches à mesure que vos connaissances s’accroissent. Peu à peu, la maîtrise du sujet vous délivre de cette tâche et vous donne l’impression de progresser.

L’extension

Deuxième étape, l’extension. Il s’agit ici d’aller braconner en périphérie des connaissances qu’on vous livre en cours ou que vous trouvez dans votre documentation de base. Lorsqu’un contenu est maîtrisé, il est bon d’étendre ses connaissances pour renforcer sa maîtrise d’un sujet. Pour ce faire, il faut poursuivre deux objectifs distincts.

Le premier est l’extension que l’on peut qualifier de « verticale ». Vous avez trouvé un exemple intéressant dans un manuel ou dans vos notes de cours. Vous le comprenez (sinon, il faut l’expliciter : retour à l’étape n°1, l’explicitation). Vous décidez de le creuser en réalisant une fiche un peu plus détaillée.

Capes illus 5Quelles sont les raisons qui doivent vous pousser à le faire ? Un « bon exemple » lorsque l’on prépare les concours se reconnaît à deux choses : il est d’abord, a priori, attendu (par les correcteurs, donc jugé comme un « classique ») et il faut s’assurer de le maîtriser « à fond » (notamment dans la perspective de l’oral durant lequel ces maudits membres du jury n’hésiteront pas à vous demander de vous expliquer s’ils sentent que votre édifice argumentatif est un peu branlant sur un point en particulier). Le « bon exemple » est ensuite suffisamment riche pour être utilisé dans une grande variété de sujets. Il est donc rentable de le mémoriser puisqu’il resservira à coup presque sûr. Je prends l’exemple des biographies d’acteurs : c’est souvent là que se nichent les « bons exemples » à mémoriser. Faire une fiche solide sur un Clemenceau par exemple1.Et pour cela, on peut parcourir l’excellente biographie de Winock : WINOCK Michel, Clemenceau, Tempus Perrin, Paris, 2013, 568 p. permet de couvrir un nombre impressionnant de sujets différents étant donné l’importance du bonhomme : la Commune, les débats autour du vote et du système électoral, les diverses positions face à la colonisation (dans le cadre de son opposition à Ferry par exemple) et j’en passe… une vraie mine !

Le deuxième objectif est l’extension « horizontale ». Elle repose sur la nécessité de « doublonner » certains exemples. Le domaine dans lequel cette stratégie se révèle payante est sans doute la connaissance des documents (sources, mais également textes historiographies…) que l’on doit manipuler dans les épreuves 2. Il est impossible de prévoir exactement ce qui « tombe » durant une épreuve, bien entendu. Mais il est tout à fait envisageable de se préparer pour ne pas être réellement surpris.

On vous a fait travaillé en TD sur un document ? Aller en chercher un deuxième du même type et/ou de la même période et/ou sur le même sujet. Il existe des dizaines de représentations de la liberté durant la période révolutionnaire, en connaître deux et ne pas se limiter à celle qu’on a vue en cours me paraît être un minimum. Là encore, il faut faire une fiche qui doit vous permettre, par exemple, de vous appuyer sur le document sans l’avoir sous les yeux le jour de l’oral. Belle impression que celle faite sur un jury par un candidat capable de commenter un document de son corpus à la lumière d’un autre qu’il aura travaillé pendant l’année !

La mémorisation

Dernière étape, il faut apprendre tout ça. Rassurez-vous, un travail raisonné comme celui dont j’esquisse les grandes lignes ici prépare efficacement la mémorisation. À vrai dire, cette mémorisation n’est pas réellement une étape séparée du reste de la préparation. On mémorise comme on fait de la prose… Mais il faut quand même se ménager des moments durant lesquels on ne produit plus de contenu pour laisser la place à l’apprentissage.

En la matière, il n’y a pas de recette et tous les ans, les suppléments de la presse estudiantine font leurs choux gras des méthodes « infaillibles » pour avoir une mémoire d’éléphant. Chacun doit néanmoins trouver le moyen de retenir ces contenus. Si une méthode unique et efficace existait…

Le seul conseil qui vaille est qu’il est plus efficace d’échelonner l’effort de mémorisation et qu’il faut donc s’y prendre tôt. Le plus tôt possible. La mauvaise stratégie est de séparer la phase de constitution des connaissances de celle de leur apprentissage. Vérifier que l’on connaît ses contenus après les avoir constitués, puis à échéance variable est un passage obligé. Tous les mois ? Tous les deux mois ? À vous de voir, mais ces moments de « remémoration, vérification, acquisition » ne doivent pas être renvoyés aux calendes grecques, c’est-à-dire à quelques semaines de l’écrit et/ou de l’oral.

Notes   [ + ]

1. Et pour cela, on peut parcourir l’excellente biographie de Winock : WINOCK Michel, Clemenceau, Tempus Perrin, Paris, 2013, 568 p.

Les « petits remontants » et les concours (Capes/Agrégation)

Je ne dirais pas ici tout le bien que je pense de la monumentale biographie de Claude Levi-Strauss réalisée par Emmanuelle Loyer que je n’ai pas encore terminée, mais j’y ai trouvé un passage qui m’a fait sourire. Il fait écho à des demandes aussi récurrentes qu’incongrues de la part de certains de mes étudiants.

En effet, tous les ans ou presque, un ou deux impétrants au Capes ou à l’agrégation viennent me trouver pour me demander conseil en matière de substances miracles pour (au choix) rester éveillés plus longtemps, être mieux concentrés ou encore vaincre leur stress.

Bien entendu, rien ne remplace les bénéfices d’un sommeil réparateur ou d’un peu de confiance en soi, et je refuse systématiquement de me transformer en médecin du sport espagnol.

L’anecdote rapportée par Emmanuelle Loyer le confirme : au moment de passer son oral d’agrégation de philosophie, Claude Levi-Strauss a failli payer cher l’absorption d’une fiole « magique » conseillé par un « ami » médecin. C’est finalement Spinoza qui l’a sauvé du désastre :

« A l’oral, il tire un sujet de psychologie appliquée qui aurait dû le séduire, mais qui le désarçonne. Comme un sportif en perte de vitesse, le voilà qui se drogue : « un médecin de la famille m’avait fait présent d’une ampoule – morphine ? cocaïne ? – qui, prétendait-il, me donnerait de l’esprit si j’en buvais avant la leçon. Pour préparer cette épreuve suprême, on vous enfermait pendant sept heures dans la bibliothèque de la Sorbonne. Je m’empressai d’avaler le contenu de l’ampoule dans un verre d’eau, et m’en trouvai si mal que je dus passer les heures de préparation allongé sur deux chaises. Sept heures de mal de mer ! […] Je comparus hagard sans avoir pu préparer et j’improvisai une leçon qui fut jugée brillante où je crois bien n’avoir parlé que de Spinoza. Finalement la drogue avait peut-être rempli son office 1.LOYER Emmanuelle, Levi-Strauss, Flammarion, Paris, 2015, 912 p.… »

Notes   [ + ]

1. LOYER Emmanuelle, Levi-Strauss, Flammarion, Paris, 2015, 912 p.

De quoi le Capes est-il le nom ? L’expérience de Christophe Naudin

Dans le cadre de cette série de billets sur le Capes, j’ai souhaité laisser la parole à certain(e)s de mes ancien(ne)s étudiant(e)s lauréat(e)s du concours. Non seulement parce que la diversité des expériences qui sont les leurs est particulièrement intéressante, mais également parce que leur parole n’est pas celle d’un formateur et qu’à ce titre, elle vient enrichir le propos forcément partiel (partial ?) qui est le mien.

 

J’inaugure cette série de témoignages avec Christophe Naudin qui enseigne l’histoire et la géographie et qui est également l’auteur de plusieurs ouvrages de qualité sur les relations de l’histoire avec son temps (BLANC William, CHÉRY Aurore & NAUDIN Christophe, Les historiens de garde : De Lorànt Deutsch à Patrick Buisson, la résurgence du roman national, Inculte Éditions, Paris, 2013, 224 p.) ou la construction des mythes historiques (BLANC William & NAUDIN Christophe, Charles Martel et la bataille de Poitiers : De l’histoire au mythe identitaire, Éditions Libertalia, Paris, 2015, 322 p.).

 

Bien entendu, je le remercie de s’être prêté à l’exercice et d’inaugurer cette rubrique.

Retrouver Christophe sur Twitter @NaudinChristoph

Commentaires et réactions sur @BGThierry

 

Quand les résultats de l’admissibilité tombent, c’est évidemment le soulagement. Tout est encore possible, même si on ne connaît pas nos notes d’écrit. Pour ma part, je fus doublement soulagé vu que c’était la deuxième fois que je passais le Capes, et que je n’avais plus droit à l’erreur. En reprise d’études, j’étais un peu un cas particulier, même si les profils des candidats au concours sont finalement très divers. Reprendre les chemins de la fac à plus de trente ans, malgré la pression, fut toutefois un véritable atout, car à la motivation s’ajoutait une maturité qui peut faire défaut à 22-23 ans. Je suis persuadé que je n’aurais pas eu le concours si je l’avais passé à l’âge « normal », alors que j’ai toujours (depuis la 6e en fait) voulu faire ce métier. L’expérience du milieu professionnel et, j’ose le dire, même celle du service militaire a pu notamment me permettre de gérer mon stress et mon organisation, deux facteurs fondamentaux, à mon avis, pour réussir le concours, et particulièrement les oraux.

Malgré nos profils et nos parcours différents, nous sommes tous dans le même bateau et, même si cela semble évident, et que les préparateurs le martèlent, le travail en groupe est fondamental. Je ne l’avais pas assez intégré la première année, et cela m’a coûté probablement beaucoup, malgré l’admissibilité aux oraux. Pas besoin de faire des groupes importants, mais trois-quatre personnes cela suffit amplement, avec même un travail en binôme sur certains thèmes. Ce travail collectif n’est pas utile seulement pour ficher les manuels et les ouvrages incontournables, sans parler du partage des cours, mais plus encore pour un soutien réciproque quand les premiers signes de fatigue et de découragement pointent leur nez. Assez rapidement en fait. Et c’est encore plus valable pour l’oral, j’y reviendrai.

Je n’ai pas un souvenir très précis des écrits. Je ne sais même plus quels sujets sont tombés, et je mélange les deux années où je les ai passés. La chose fondamentale que j’ai retenue quand même est l’importance de la gestion du temps, et l’organisation. Le but, c’est d’atteindre les oraux. Il faut donc tout faire pour rendre une copie terminée (dont le croquis en géo), et structurée. Je ne m’avancerai pas à dire que les correcteurs lisent en diagonale les copies, mais il est certain que le plan – clair – est primordial. Les concours blancs doivent servir à ça : en combien de temps j’analyse le sujet, je réfléchis à mon plan, je fais l’intro et la conclusion, puis je rédige le tout ? Ce que j’ai retenu aussi, c’est l’épreuve physique et psychologique que cela représente, individuelle et collective. Il faut être en pleine forme, c’est évident. Se reposer après chaque épreuve, et surtout éviter de repenser à celle que l’on vient de passer, et d’en parler avec les autres candidats, même ceux du groupe de travail. Les discussions post-épreuve devant la maison des examens peuvent être traumatisantes, et même décourager, sans que cela soit fondé au bout du compte. Quand on a fini, on parle d’autre chose, on va même boire un coup. Tout cela, c’est encore plus valable pour les oraux.

Les oraux, justement, restent mon vrai souvenir du concours. Même la fois où je n’ai pas été admis, je ne regrette pas d’y être allé. Pendant quelques jours, on semble vivre dans un village comme le Prisonnier, vu à quel point Châlons semble investie par les candidats et les jurys. J’avoue ne pas savoir exactement comment cela se déroule aujourd’hui, avec toutes les réformes, mais en 2012 il fallait tirer au sort, le premier jour, le type d’épreuve que l’on passait. Premier traumatisme pour beaucoup quand tombait la géo en leçon, et donc l’histoire en épreuve sur dossier. Pourtant, à bien y réfléchir, c’est le tirage le plus positif pour la plupart d’entre nous. D’abord parce qu’étanten majorité de formation historienne, nous sommes normalement rôdés à l’exercice, et la concurrence est donc bien plus féroce ; ensuite, car l’ESD en géo tourne assez souvent, apparemment, à la boucherie, même si certains peuvent aussi s’en sortir excellemment et ainsi passer devant les autres qui ont réussi la leçon. C’est en tout cas le calcul que j’ai fait. Je peux me tromper, mais cela a probablement contribué à ma réussite. En effet, à mes premiers oraux j’ai fait ce tirage, et j’ai aussi paniqué au début. Puis, j’ai passé l’ESD histoire et cela s’est relativement bien passé, surtout dans la partie dialogue avec le jury. Quant à la leçon de géo, j’ai rapidement compris que mon travail n’était pas à la hauteur et qu’il fallait limiter les dégâts dans la seconde partie de l’épreuve. Cela n’a pas vraiment réussi, même si le jury a été très poli et même souriant. Au final, j’ai raté le concours à peu de choses, mais j’ai appris pour l’année suivante, et particulièrement sur la gestion du temps pendant la préparation de la leçon de géo, et comment utiliser les documents. La réussite et la chance (car il en faut) a fait le reste : je suis retombé sur leçon de géo/ESD histoire ; puis sur un sujet faisable en ESD, et encore mieux en leçon, avec une bibliographie qui semblait m’envoyer des flashes dans la bibliothèque tant elle semblait évidente. Le plan m’a semblé rapidement évident lui aussi, et j’ai très bien géré les documents en utilisant plusieurs feuilles transparentes superposées pour mes cartes. Et je ne me suis pas embrouillé avec les échelles, au contraire de l’année précédente. Apprendre de ses erreurs…Et la seconde partie de l’épreuve a été un vrai plaisir. Résultat, je m’en suis bien sorti, avec un 12 à l’ESD (là encore, c’est surtout l’entretien qui m’a tiré un peu vers le haut) et un 16 à la leçon de géo. Même si le succès compte forcément, j’ai vraiment apprécié, les deux fois, l’adrénaline que procurent les oraux, tant la préparation que le passage devant le jury. Cela n’a jamais été un calvaire.

Plus largement, l’ambiance générale de ces oraux a, à mon avis, été centrale dans l’admission au concours. Plus encore que pour les écrits, il faut travailler en groupe, et une fois sur place espérer tomber avec des gens que l’on connaît. Et si ce n’est pas le cas, il faut faire l’effort d’aller vers les autres candidats. Trop d’entre eux restent cloîtrés trois jours dans leur chambre d’hôtel à tourner en rond, et parfois à relire leurs fiches. Je ne suis pas sûr que cela fonctionne pour tout le monde. Des oraux, je retiens évidemment les épreuves, mais plus encore les bières bues après, ou encore les restaurants, où on croise d’autres candidats, mais également des membres du jury, en général dans une ambiance détendue. Si, en plus, il fait beau (et cela arrive assez souvent dans le coin, je crois, à cette saison), c’est parfait.

Finalement, si je m’en tiens à mon expérience, la réussite au concours est une alchimie subtile entre travail régulier pendant la préparation, cohérence et solidarité du groupe, organisation, gestion du temps et du stress, chance sur les sujets d’épreuves et l’heure de passage, et capacité à prendre du recul aux moments opportuns, et même à « sortir » du concours pour faire autre chose et se changer les idées.

Et puis, il faut bien se dire qu’après, la joie et le soulagement passés, on se rend rapidement compte que le plus dur commence : l’année de stage…