De quoi le Capes est-il le nom ? (1.)

Avec cette série de courts billets, je souhaite livrer ici quelques réflexions conçues au fil de plusieurs années passées à préparer les étudiants au Capes. J’espère que cela aidera celles et ceux qui se lancent dans l’aventure à y voir plus clair.

La périodicité sera très variable et le propos « doublonnera » probablement ce que je suis amené à dire pendant mes cours à l’Espé de l’Académie de Paris.

Lundi, retour au charbon avec le premier cours de Capes de l’année. Pour nous, enseignants, cela signifie renouer avec la routine de la préparation : faire comprendre le sens des épreuves (surtout depuis la dernière réforme avec l’épineuse épreuve 2 de l’écrit entre autres « subtilités »), indiquer quel rythme il s’agit d’adopter pour préparer au mieux le concours, transmettre les connaissances de base qui permettront aux étudiants de travailler efficacement sans se perdre dans les méandres des différentes questions ; pour les étudiants, cette reprise marque une sorte d’entrée officielle dans un long processus de travail qui doit durer presque un an et déboucher (en tout cas, nous l’espérons tous) sur le succès à l’issue des épreuves.

En ce qui concerne le rythme de travail, beaucoup de conseils ont déjà été donnés ici ou surtout
(publicité honteuse, j’en conviens).

Ce que j’aimerais souligner encore une fois, c’est que la préparation du Capes est un travail au long cours. Une course de fond et non pas un sprint.Capes Illus 3

Il s’agit de tenir et de ne pas s’effondrer nerveusement au cours de l’année qui est dense et riche en émotions (parfois fortes, nous aurons l’occasion de reparler de l’expérience que représente une session d’oraux à Châlons…)

Voyons si nous pouvons avoir une approche braudélienne (un peu potache) de cette année.

Le temps long de la préparation

Le temps long de la préparation d’un concours, quel qu’il soit, dépasse l’année de préparation stricto sensu.

C’est l’ensemble du cursus de l’impétrant qui est à prendre en compte. Depuis le lycée, peut-être pas, mais au moins depuis la première année passée dans le supérieur.

La culture personnelle que l’on se forge au fil de la Licence et du Master, la proximité (en histoire) avec certaines périodes ou avec certains objets (en géographie), est d’importance.

Il s’agit ici de savoir adapter sa préparation à ses points forts et surtout à ses points faibles.

À ses points faibles surtout, car j’ai la certitude que l’on évite de rater un concours avant de le réussir. Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’il est toujours beaucoup plus « rentable » de travailler ses points faibles plutôt que les matières, questions, sujets dans lesquels on excelle. C’est une règle quasiment mathématique : vous aurez plus de facilités à gagner un point pour passer de 5 à 6 dans une matière, qu’essayer d’améliorer un 14. Bien entendu, cela sera peut-être moins agréable tant il est vrai que l’on travaille d’autant plus (et d’autant mieux) ce que l’on aime.

À l’échelle d’un cursus universitaire et dans la perspective de la réussite au Capes, cela doit vous pousser à d’abord travailler vos lacunes dans la longue durée. Cela implique que l’étudiant qui n’a pas fait de géographie depuis la première année de Licence doit travailler en priorité cette discipline. Cela signifie que votre chère histoire contemporaine, dans laquelle vous évoluez comme un poisson dans l’eau (je prêche pour ma paroisse), doit prendre une place moindre dans votre emploi du temps que les autres périodes que vous maîtrisez moins. Vous n’avez jamais travaillé l’histoire orientale des Xe au XVe siècle ? Il faut commencer par cela en priorité et y consacrer plus de temps qu’aux autres questions avec lesquelles vous êtes déjà, à peu près, familier.

Un temps intermédiaire : l’année

Capes Illus 2À l’échelle de l’année, je l’ai déjà dit, la préparation du Capes est une course de fond. Il faut l’envisager pour ce qu’elle est cette préparation : un an (un peu moins en fait) de compréhension, de mémorisation et d’entraînement aux épreuves.

S’organiser à cette échelle suppose que l’on fasse un petit effort pour ne pas se laisser aller à « naviguer à vue ».

Pour ce faire, vous avez un allié : votre planning de l’année. Il s’agit donc de répartir votre effort depuis le premier jour jusqu’à la fin des oraux. En la matière, il n’y a pas de recette miracle, mais juste quelques principes généraux qui doivent vous faciliter (un peu) la vie.

Premier principe, il faut planifier. Pourquoi ? Tout simplement parce que cela doit vous rendre acteur de la préparation et ne pas vous laisser dans un état de passivité que vous pourriez payer cher ensuite. Planifier, c’est prendre le problème du temps, forcément limité, par les cornes. Cela veut dire répartir son effort au mieux (Que dois-je travailler en priorité ? Plus longtemps ?).

Deuxième principe, il faut savoir être souple. Je sais que cette métaphore n’est peut-être pas très distinguée, mais elle est juste : un planning de travail, c’est comme un régime alimentaire (pour sportifs ou élégantes, comme vous voulez). Si vous vous fixez une organisation spartiate complètement coupée de vos capacités, vous créez toutes les chances qui vous pousseront à abandonner en cours de route (ce qui correspond au régime ananas matin, midi et soir pendant trois mois).

Il s’agit donc de savoir modifier le planning que l’on s’est fixé. Raboter ici, rajouter là.

Capes Illus 1Troisième principe, il faut savoir se reposer. J’aurais peut-être l’occasion de vous entretenir de l’art de ne rien faire un de ces jours, mais pour le moment j’aimerais seulement souligner que le repos est essentiel dans le cadre de cet effort annuel. Combien ? Eh bien, ce qui vous est nécessaire. Cela ne sert à rien de pousser au-delà de vos limites, vous seriez « brulés » intellectuellement parlant au moment des épreuves.

A minima, il faut complètement couper quelques jours (quatre ou cinq) à Noël et au printemps. Ces moments de respiration doivent être totalement libérés de toute considération liée au concours.

Comme pour votre planning, il faut être souple et savoir ajouter des pauses si d’aventure vous sentez que vous n’en pouvez plus. Partez et ressourcez-vous et revenez en pleine forme. Rien n’est plus stimulant qu’un week-end coupé de son environnement quotidien pour recharger son organisme, physiquement et surtout nerveusement. Pas la peine de soulager son compte en banque pour atteindre des destinations lointaines, un week-end chez des amis à quelques kilomètres de Paris ou en province vaut toutes les plages de la terre.

Dans le prochain billet nous verrons le temps court de la préparation qui concerne la semaine de travail. En attendant, bon travail, et pour certain(e)s, à lundi !

Une remarque, une question ? Rendez-vous sur Twitter @BGThierry

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