Wilde en Sorbonne

Dans le cadre de la sortie du quatrième Mooc de Paris-Sorbonne sur la plateforme Edx que nous avons mis en ligne le 27 octobre dernier, je reçois ce soir Daniel Mesguich en Sorbonne à 19h30 pour une lecture de textes de Wilde sélectionnés et commentés par Pascal Aquien.

Cette seconde « rencontre autour des Moocs » est à nouveau l’occasion de faire se rencontrer les artisans de nos réalisations online et leur public dans le cadre d’un évènement gratuit et ouvert à toutes et à tous.

De quoi le Capes est-il le nom ? L’échec

place de la sorbonne 1aLes résultats sont enfin tombés. Comme tous les ans, nous sommes très heureux de recevoir les messages que les lauréats nous envoient pour nous informer de leur succès au concours. Bon vent à celles et ceux qui entrent dans la carrière. Il ne nous reste à espérer pour eux qu’une carrière honnête, pleine de ces petites joies et de cet engagement sincère que Pagnol décrivait déjà si bien en parlant des instituteurs de la IIIe République dont son père faisait partie :

« Après quelques années d’apostolat laïque dans la neige des hameaux perdus, le jeune instituteur glissait à mi-pente jusqu’aux villages, où il épousait au passage l’institutrice ou la postière. Puis il traversait plusieurs de ces bourgades dont les rues sont encore en pente, et chacune de ces haltes était marquée par la naissance d’un enfant. Au troisième ou au quatrième, il arrivait dans les sous-préfectures de la plaine, après quoi il faisait enfin son entrée au chef-lieu, dans une peau devenue trop grande, sous la couronne de ses cheveux blancs. Il enseignait alors dans une école à huit ou dix classes, et dirigeait le cours supérieur, parfois le cours complémentaire. On fêtait un jour, solennellement, ses Palmes académiques : trois ans plus tard, il « prenait sa retraite », c’est-à-dire que le règlement la lui imposait. Alors, souriant de plaisir, il disait : « Je vais enfin pouvoir planter mes choux ! » Sur quoi, il se couchait, et il mourait. J’en ai connu beaucoup, de ces maîtres d’autrefois. Ils avaient une foi totale dans la beauté de leur mission, une confiance radieuse dans l’avenir de la race humaine. Ils méprisaient l’argent et le luxe, ils refusaient un avancement pour laisser la place à un autre, ou pour continuer la tâche commencée dans un village déshérité1)PAGNOL Marcel, La gloire de mon père, Éditions Pastorelly, Paris, 1957, 305 p.. »

D’autres ne sont pas reçus. Ils se demandent s’ils doivent tenter à nouveau le concours et ce qu’il faut faire pour réussir. Voici quelques lignes pour les aider à faire le bilan.

Est-ce que je tente à nouveau ?

Vous le savez, le Capes est un concours exigeant, qui demande une méthodologie particulière et il n’est pas rare d’intégrer les rangs de l’Éducation Nationale (« l’Educ’ Nat’ » chez les porteurs de Mephisto) qu’après plusieurs tentatives.
Selon les envies (et les moyens ! J’y reviendrai), il est raisonnable de se laisser deux ans pour obtenir le précieux sésame. Trois, en cas de difficultés. Au-delà, pour ne pas se transformer en candidat éternel et éviter ainsi le comique de répétition, il faut se faire une raison : tout ce carnaval n’est pas fait pour vous.
C’est un échec et c’est dur à avaler sur le moment, mais aussi étonnant que cela puisse paraître, il y a des gens très heureux qui n’ont pas su obtenir le Capes et qui ne s’en portent pas plus mal aujourd’hui. Il faut savoir arrêter. Notamment si vous souhaitez vous réorienter et ne pas le faire à des âges où cela commence à devenir problématique (il y a un moment où on commence à en souper des études, cela se comprend, tout le monde n’ayant pas comme objectif d’être un étudiant attardé et de se lancer, par exemple – dans… une thèse de doctorat…)
Une remarque en particulier : vos compétences ne sont pas uniquement destinées à faire de vous des enseignants. Vous avez appris énormément de choses, des hard skills et des soft skills comme disent les Anglo-saxons et tout cela peut être mis à profit dans des domaines bien différents hors d’une salle de classe.
Chez mes ex-étudiants, je compte des journalistes, des communicants, des formateurs, une éditrice, des vendeurs, un ingénieur reconverti et même… un banquier. Celui-là (qui se reconnaîtra surement) quand il invite au restaurant son vieux prof un peu bougon, il lui donne des complexes…

Est-ce que je peux encore tenter ?

La question n’est pas tout à fait la même que la précédente. La question est ici de savoir si vous avez encore les moyens de vous octroyer un an de préparation. Bien entendu, on peut obtenir son Capes en travaillant en parallèle, mais ce n’est pas facile et la meilleure des façons de mettre toutes les chances de son côté est quand même de s’y consacrer entièrement. C’est donc là qu’on retrouve la question des moyens.

Certains seront tentés par le statut de vacataire. Attention ! Voici l’une des plus belles arnaques de notre chère Éducation Nationale : le statut est précaire, mal payé et le travail tout aussi prenant que celui d’un titulaire. Il faut une sacrée force de caractère pour mener cela de front avec une préparation de concours (d’autant que dans les premières années d’exercice, le travail d’élaboration des cours et la tenue de classe demandent beaucoup plus d’efforts qu’aux collègues blanchis sous le harnais…) Le risque est de devenir un éternel vacataire qui n’arrive pas à obtenir le Capes… Situation peu enviable.

Si cela vous demande des efforts, mais reste possible néanmoins, autant souffrir (un peu) un an de plus (en se serrant la ceinture ou, horresco referens, en retournant chez papa-maman) et se donner à fond pour avoir le sésame du Capes.

Bon, je m’y recolle

Que faire maintenant si vous avez décidé de vous y remettre ? D’abord, vous vous reposez. L’année a été éprouvante et vous avez besoin de faire une coupure franche. Une coupure franche, c’est deux ou trois semaines sans penser au concours, aux fiches, au TD de contemporaine du lundi matin dans les frimas de novembre, etc.

Ensuite, il faut se remettre en train. D’abord, analyser sans complaisance votre échec : pourquoi avez-vous manqué la timbale ? Pas assez travaillé ? Mal travaillé ? Vous avez des difficultés méthodologiques dans l’une des épreuves ? Dans la rédaction ?
Cette étape doit vous conduire à adapter votre année de préparation. Bien entendu, il sera agréable de reprendre la ou les questions que vous aimez particulièrement, mais il faudra mettre l’accent sur les difficultés, travailler en priorité ce qui ne marche pas (la géographie ? Je dis ça au hasard…) et les nouvelles questions.

J’avais déjà abordé le sujet, mais deux éléments sont constitutifs du succès : l’entraînement et l’adaptation. Les entraînements, si vous vous êtes réinscrits à la préparation de votre université ou dans une Espé, vous en aurez. Si vous avez échoué à l’oral, interrogez-vous sur ce qui vous a manqué et mettez l’accent dessus pour combler vos lacunes. L’adaptation découle de ces constats : vous êtes faiblard en commentaire, c’est ça qu’il faut travailler en priorité. Certains sujets sont restés en friches dans une question qui est maintenue, c’est le moment de les travailler dans la perspective de l’année prochaine.

Bref, il faut tirer des enseignements rapidement pour être plus performant l’année prochaine. N’hésitez pas non plus à revenir vers vos enseignants pour discuter avec eux des épreuves (et écoutez leurs conseils bon sang de bois !) : ils vous donneront probablement une vision plus nuancée et productive que celle que vous gardez de votre échec.

Quoi que vous fassiez, faites-le pour vous et après avoir pesé le pour et le contre. C’est de votre vie qu’il s’agit, pas d’autre chose et n’oubliez pas qu’avec de la volonté on déplace des montagnes nous dit-on, alors avoir le Capes…

P.S. Avec un peu d’effort d’imagination et en remplaçant « Capes » par « Agrégation », j’imagine que ce texte est également assez valable.

Notes   [ + ]

1. PAGNOL Marcel, La gloire de mon père, Éditions Pastorelly, Paris, 1957, 305 p.

Présentation des Moocs à la BNF

Jeudi 16 mai, j’étais invité par Rafaël Szwarcensztein de la BNF pour présenter le travail de SorbonneX, l’équipe que je dirige depuis presque deux ans et qui est chargée de la réalisation des Moocs à Paris-Sorbonne.

Nos partenaires nous demandent régulièrement de présenter le processus de production que nous avons mis en place pour les deux tomes sur le théâtre classique et pour Christianisme et philosophie dans l’Antiquité, ce que nous faisons à chaque fois avec plaisir.

Pour en savoir un peu plus, vous pouvez trouver le support de présentation utilisé ici.

De quoi le Capes est-il le nom ? Coller des rustines

Avec les concours blancs à corriger, les Moocs à superviser et tous les projets qui demandent un peu d’attention ces derniers temps, j’ai laissé en jachère ma série de billets sur le Capes.

À quelques semaines seulement des épreuves, il s’agit maintenant pour vous de parer au plus pressé. Que faut-il faire dans les jours qui viennent pour continuer de manière optimale sa préparation ?

D’abord garder en ligne de mire la cohérence de son travail de préparation. Comme indiqué dans un précédent billet, il faut continuer à viser l’équilibre entre les questions travaillées et ne pas se laisser tenter par une focalisation dommageable sur quelques points – certes intéressants – mais qui laisseraient le reste dans l’ombre.

Pour cela, il faut garder et peut-être revoir légèrement son planning. Vous avez passé beaucoup de temps sur la contemporaine ? Laissez-la de côté quelque temps pour rééquilibrer votre attention vers les autres questions.

Le fouetIl faute ensuite coller des rustines. Coller des rustines cela signifie concrètement repérer ses lacunes et les combler. Une fiche par point. Rapide, concise, efficace. Chacun son modèle, mais je recommande quelques dates et un exemple rédigé par exemple. Pour traiter, au hasard, l’École de 1789 à 1899, 6 ou 7 fiches suffisent si la préparation antérieure n’a pas totalement fait l’impasse sur le sujet (oh ! Vous avez forcément lu deux ou trois choses dans les manuels, non ?) :

 

1833 Loi Guizot

Proposée par François Guizot, ministre de l’Instruction publique dans le premier gouvernement Soult.

25 articles / Enseignement primaire / garçons

Article 21 : comité communal a la responsabilité de s’assurer « qu’il a été pourvu à l’enseignement gratuit des enfants pauvres. »

Conséquence : augmentation du taux d’alphabétisation (50% en 1848).

Françoise Mayeur, Histoire générale de l’enseignement et de l’éducation en France, 1789-1930, tome 3, Perrin, 2004.
Gilles Rouet, L’invention de l’école. L’école primaire en France sous la Monarchie de Juillet, Presses Universitaires de Nancy, 1993.

Ces fiches ont un but de mémorisation de long terme donc inutile de les surdévelopper. Cela vous prendrait trop de temps.

Un outil pratique pour réviser rapidement est de dresser une liste des ces fiches en ne mentionnant que les titres. Cela vous permet de parcourir rapidement votre documentation et (a.) de repérer rapidement ce qui manque ainsi que (b.) de jouer le jeu de la mémoire en essayant de vous rappeler ce qu’elles contiennent sans les avoir directement sous les yeux.

Dernier point, il faut commencer si ce n’est déjà fait à vous entraîner. Les concours blancs ne suffisent pas. Faites des plans détaillés, pour les plus courageux, réaliser deux ou trois épreuves en « vraie grandeur » comme le disaient les ingénieurs des années 1980 quand il fallait tester un produit au contact du grand public.

À l’instar d’un sportif de haut niveau, les gestes élémentaires de la pratique du commentaire et de la dissertation doivent devenir des automatismes (particulièrement dans les épreuves un peu « exotiques » comme les épreuves 21)Je vous rappelle que nous avons sorti un manuel qui donne à lire, et c’est suffisamment rare pour être noté, des exemples rédigés : MOLINIÉ (SD.) Anne-Sophie, THIERRY Benjamin, BAUDINAULT Alexandra, KLEIN Bernard, JOUAN Fabien & PLEVEN Bertrand et al., Préparer et réussir le CAPES d’histoire géographie. Épreuves d’admissibilité. Concours 2014, Éditions Sedes, Paris, 2014, 224 p.).

Notes   [ + ]

1. Je vous rappelle que nous avons sorti un manuel qui donne à lire, et c’est suffisamment rare pour être noté, des exemples rédigés : MOLINIÉ (SD.) Anne-Sophie, THIERRY Benjamin, BAUDINAULT Alexandra, KLEIN Bernard, JOUAN Fabien & PLEVEN Bertrand et al., Préparer et réussir le CAPES d’histoire géographie. Épreuves d’admissibilité. Concours 2014, Éditions Sedes, Paris, 2014, 224 p.

De quoi le Capes est-il le nom ? L’expérience de Marc Labbé

Lorsque j’ai souhaité demander à certains de mes anciens étudiants, devenus des collègues aujourd’hui, de me confier une bafouille rapide sur leur expérience des concours, je ne croyais pas obtenir de si bonnes choses.

Christophe Naudin a ouvert le bal il y a peu. Aujourd’hui, je publie le témoignage de Marc. Il est à mes yeux très important. En effet, en parallèle de sa contribution, vous trouverez des documents précieux. Il vous fait l’amitié de vous donner à lire une de ses copies de Capes et quelques brouillons.

Je passe rapidement sur le plan de la bibliothèque de Châlons, dont l’intérêt est surtout « psychologique » comme le dit Marc lui-même. 

La copie en revanche, vous donne un bon exemple de ce qui mérite un 14, donc un résultat très au-dessus de la moyenne d’admissibilité au concours. Pour celles et ceux qui se font encore des épreuves une montage infranchissable, elle doit rassurer en montrant que le succès est à portée. Pour celles et ceux que la méthodologie inquiète, elle sera un guide bien utile.

Un grand merci à Marc d’avoir accepté l’exercice et d’avoir exhumé de ses archives personnelles ces vestiges d’une session pas si loin de nous que cela.

 

Marc LabbéComme beaucoup d’étudiants passant le CAPES, j’ai dû m’y prendre à plusieurs fois. Trois pour être exact. Chaque année, j’ai appris de mes erreurs et j’ai pu rectifier le tir. Sur l’invitation de Benjamin Thierry, je vais donc vous faire part de mon expérience.
La première année, j’ai raté le CAPES dès les écrits avec 5 en Histoire et 4,5 en Géographie. Je n’étais absolument pas préparé et j’avais pris ce concours comme une prolongation de la licence. Le travail demandé était beaucoup plus conséquent alors même que j’effectuais une double licence Histoire Géographie.

Dès l’été, il ne faut pas hésiter déjà à revoir les bases en prenant des manuels du secondaire. Il n’y a pas de honte à ça. Certains contiennent en plus de bons croquis, simples et facilement réutilisables pour la Géographie. Très pratique, sachant que bon nombre d’apprenants sont historiens.
Quand on se lance dans ce concours, on ne sait pas trop comment s’y prendre. C’est un monde un peu nouveau. Avec 6 ou 7 questions à préparer en l’espace de quelques mois, il faut être efficace et ne pas tomber dans le piège de l’exhaustivité en s’éparpillant. Evitez de faire l’impasse sur une question ou sur une partie du sujet, même si un professeur vous affirme, par exemple, que l’agriculture française ne tombera jamais1)Souvenirs de la session 2010 avec le sujet en Géographie : Aménagements des territoires et mutations récentes de l’agriculture française.. Ayant la chance d’être à Paris, j’ai pu aussi faire mes cours « à la carte », en choisissant tel ou tel enseignant à Paris-1 ou à l’IUFM/ESPE. Je vous encourage à faire de même si vous en avez la possibilité. J’apprenais énormément rien qu’en écoutant certains professeurs (vive la mémoire auditive) mais j’avais aussi besoin d’écrire pour m’approprier les connaissances. A vous de trouver votre meilleur moyen pour retenir cette somme de connaissances.

Les écrits

La première fois, j’ai raté mon épreuve de médiévale2)Session 2010, sujet : Pouvoirs et violence dans les royaumes de France, de Bourgogne et de Germanie, 888 – début du XIIe siècle car je n’avais aucun repère chronologique en tête, aucun exemple précis. J’ai rédigé deux copies doubles avec du vent et en paraphrasant les documents. Pour la Géographie, je n’ai jamais dépassé le 6 lors de mes 3 tentatives et je ne peux encore l’expliquer…
En Histoire, la maîtrise de la chronologie reste essentielle. Faites une fiche simple avec les événements importants et indiquez aussi les césures qui seront essentielles si vous optez pour un plan chronologique. Ensuite, je vous conseille de travailler sur un seul manuel en complément des cours dispensés. Avec cela, vous constituez une banque d’exemples qui peuvent être appliqués dans plusieurs thématiques et qui couvrent l’ensemble de la période historique étudiée. Ce n’est que le CAPES, il est inutile d’avoir 50 exemples en tête par question, il vaut mieux en maîtriser peu mais être capable de les approfondir. Les manuels des éditions Atlande sont généralement de bonnes mines d’exemples, les SEDES étant un peu plus généraux.

La veille de me rendre à Arcueil et à sa fameuse maison des examens, je n’ai absolument pas travaillé et c’est nécessaire. Juste se reposer, passer du bon temps avant de s’enfermer pendant deux jours là-bas. C’est inutile de réviser la veille. Vous avez potassé plusieurs mois, alea jacta est. Cela peut même être contre-productif en faisant augmenter le stress, en se rendant compte qu’on ne connait pas tel ou tel point. C’est trop tard.
Vient le jour J. Pour la rédaction, il faut écrire simplement, faire des phrases courtes et suivre le schéma : idée, exemple, explication. Il faut être le plus clair possible, imaginez-vous en train d’expliquer ceci à un de vos proches. Bien sûr, faites attention à l’orthographe, vous passez un concours pour devenir professeur et donc irréprochable à ce niveau. Cependant, avec le stress, le temps court, il restera malgré tout des coquilles comme vous pouvez le voir ci-dessous. Appliquez vous aussi pour l’introduction (accroche, définition des termes du sujet, des bornes, évoquer les sources, problématique et annonce du plan), la conclusion (reprenez vos semi-conclusions et répondez à la problématique précise). Je me souviens d’une remarque d’un des professeurs qui disait: si on peut changer un des termes de votre question, c’est qu’elle est trop générale. Essayez aussi de participer à un maximum d’entrainements, que ce soit à l’écrit ou pour les oraux. Cela permet de voir où vous avez des lacunes tant au niveau de la méthode que des connaissances. On apprend aussi à gérer son temps, son stress, à peaufiner des stratégies pour gagner du temps et à faire un brouillon correct non rédigé. Prenez aussi un petit en-cas et à boire.

Voici ci-joint, ma copie qui m’a valu un 14. Cela vous permettra de voir ce que les correcteurs attendent plus ou moins. Inutile aussi de se lancer dans un concours de celui qui a écrit le plus. Je n’ai rédigé que 7 pages et j’ai eu une note honorable.

La copie de Marc Labbé en pdf.

Les oraux

Pour préparer les oraux, il faut alterner les colles et les entraînements entre amis. Cela vous permettra d’être une véritable machine à plans et à croquis. J’ai dû faire plus d’une dizaine de colles et cela m’a grandement aidé à m’améliorer. En Géographie, j’appliquais toujours le même plan proposé par G. Fumey : description, explication et une dernière partie culturelle ou enjeu, ouverture… Il faut également avoir survolé la plupart des livres sur les différentes questions, c’est-à-dire être capable de savoir dans quel manuel, vous pouvez trouver telle information. Les documentations photographiques sont vraiment très bien faites et sont parfaites pour les oraux. Elles restent un incontournable à maîtriser.
Les oraux sont aussi synonymes de la charmante ville de Châlons-en-Champagne. Pour ma part, je ne m’y étais jamais rendu. Je n’ai pas voulu y aller avant considérant que c’était une perte de temps et d’argent. Vous allez juste voir une salle avec un candidat et trois membres du jury (professeurs, inspecteurs, formateurs). Rien d’extraordinaire.

La première fois, en 2011, m’a permis de me familiariser avec la ville et les lieux. J’étais dans un hôtel proche du lycée où se déroulait les épreuves de géographie et l’épreuve sur dossier. Après le tirage au sort de la matière principale, on devait visiter la bibliothèque. J’avais fait un petit plan dont le but était de mémoriser à peu près les différents ouvrages mais aussi de me rassurer.

bibliothèque

Vous ne pouvez pas prendre de photographie à l’intérieur mais vous pouvez prendre la bibliographie affichée à l’extérieur. Est-ce vraiment utile, je ne crois pas, mais ça rassure. Il se peut qu’il n’y ait pas tous les livres. Je me souviens d’avoir passé 5-10 minutes à chercher une documentation photographique en vain.

J’ai tiré au sort les deux fois la Géographie. La première fois, j’ai eu le droit au sujet : Le lait pour nourrir les hommes avec un 12 à la clé. La seconde fois : Le Rhin, le Danube, deux fleuves européens avec un 18 cette fois.

Pendant le premier quart d’heure, j’ai lâché toutes mes idées sur mon brouillon et déjà je réfléchissais à un plan (trois parties et 2 sous parties pour ma part) et quels manuels je pouvais prendre. Passage à la bibliothèque, essayez d’être parmi les premiers pour prendre certains manuels assez rares et ne pas être ainsi lésé. Retour en salle de préparation, faites la bibliographie, vous vous en débarrassez ainsi. Et c’est parti pour des heures face à vos manuels et votre brouillon. Plusieurs conseils : numérotez les pages, indiquez le temps approximatif à chaque page pour gérer votre temps, prenez une montre, c’est plus discret qu’un gros réveil et enfin, n’hésitez pas à couper et coller vos brouillons pour agencer vos idées.

ML Brouillon

Comme vous pouvez le voir, juste quelques mots clés sur lesquels j’ai dû broder 2-3 minutes par page. Cela évite de lire les notes.

Mais ce dernier oral était assez amusant car mon homonyme la première année était tombé sur le Danube. On avait discuté de ce qu’elle avait fait et cela m’a servi pour cet oral. Je me souviens encore où dans ma troisième partie intitulée « Renforcement de l’identité européenne à travers ces deux fleuves » j’évoquais le Danube bleu. Un de membres du jury avait pouffé de rire et j’ai continué comme si de rien n’était. Etait-ce nerveux ou pour me déstabiliser, je ne sais pas. Je n’explique pas non plus cette réussite. J’avais l’impression d’avoir fourni une prestation équivalente à ma première fois.

Le CAPES est aussi fortement lié au hasard. Hasard du tirage de la matière (j’avais une préférence à l’oral pour la Géographie), hasard du sujet, du jury, des questions posées pendant l’entretient. Après, vous pouvez réduire cette part de chance/malchance avec de l’entrainement et en essayant de toucher à tous les sujets possibles. Durant la partie d’entretient, le membre du jury ayant proposé la question reviendra sur l’exposé. Les deux autres vont tester votre culture générale. Essayez de répondre en faisant preuve de logique mais sans chercher à gagner de temps en répondant à côté de la plaque. Maintenant que je fais passer des oraux, je me rends compte à quel point c’est agaçant et on a l’impression qu’on se moque de vous. Un humble « je ne sais pas » peut être une porte de sortie ponctuelle. Sachez également que vous devez être sûr de tout ce que vous avancez pendant l’exposé. Les perches tendues pendant l’oral feront bien évidement l’objet de questions.

Pour la Géographie, faire un transparent pour chaque partie est vraiment bien vu. A chaque changement de partie, vous rajoutez un calque par dessus votre fond de carte. Conseil aussi tout bête, pour les feutres, prenez de l’indélébile avec un petit peu d’alcool et un coton tige pour effacer. Les autres feutres peuvent baver lorsque vous passez la main dessus et là, c’est le drame.
Sortir une carte topographique est également très bien vu mais vous devez être capable de l’analyser sérieusement3)Par exemple : DEFOSSE J. Principes et méthodes du commentaire de cartes aux concours, Paris, PUF, coll° MAJOR, 2004..

En épreuve sur dossier et agir en fonctionnaire éthique et responsable, je tombe sur un sujet pas vraiment travaillé : L’Histoire des grands hommes aide-t-elle à comprendre notre passé ? En faisant appel surtout à ma culture générale, je m’en tire avec 16, inexplicable aussi. Essayez d’être ouvert sur le monde, suivez la presse, certaines émissions radio ou télé (La Fabrique de l’Histoire, Le dessous des cartes par exemple). N’oubliez pas d’utiliser le dictionnaire, ça peut être utile pour trouver certaines informations simples comme le débit, la longueur des fleuves, chose que je n’avais pas dans les manuels…

Après Châlons, c’est l’attente. Les résultats sont tombés plus tôt que prévu à ma grande surprise. Me voici 89ème sur 550, je ne m’y attendais pas.
Maintenant commence un nouveau challenge, encore plus éprouvant, la première année de stage !

Contacter Marc sur Twitter.

Notes   [ + ]

1. Souvenirs de la session 2010 avec le sujet en Géographie : Aménagements des territoires et mutations récentes de l’agriculture française.
2. Session 2010, sujet : Pouvoirs et violence dans les royaumes de France, de Bourgogne et de Germanie, 888 – début du XIIe siècle
3. Par exemple : DEFOSSE J. Principes et méthodes du commentaire de cartes aux concours, Paris, PUF, coll° MAJOR, 2004.

Sauvegarder son travail

AfficheJ’en parlais justement durant ma traditionnelle intervention dans le séminaire de master du Pr Pascal Griset il y a moins de 15 jours : il faut sauvegarder et réfléchir à sa stratégie de sauvegarde lorsqu’on rédige un master ou une thèse. Nous sommes des artisans responsables de nos outils et de nos résultats, des indépendants qui doivent savoir communiquer, archiver, sauvegarder et accessoirement, de temps en temps, chercher…

J’ai donc eu le droit aujourd’hui au mail (malheureusement habituel) d’une étudiante paniquée qui m’avait sollicité depuis l’autre bout de la France pour ses recherches en début d’année : elle a perdu deux mois de dépouillement aux archives.

Le truc classique : le disque dur destiné aux sauvegardes dans la même pièce que l’ordinateur portable, une fenêtre mal fermée, un indélicat qui passe par là et disparition du matériel en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Je rappelle à toutes fins utiles que la meilleure des solutions de stockage laissée chez soi est une hérésie. Vous pouvez avoir le plus beau matériel imaginable (du disque dur ultra-performant en passant par le NAS dernier cri), s’il n’est pas géographiquement séparé de votre machine de production (c’est-à-dire « pas chez vous »), il ne servira à rien et partira dans les poches du premier malandrin venu vous rendre une visite de courtoisie et tous les cambrioleurs ne sont pas des gentlemen 1)Ou bien se retrouvera totalement inutilisable une fois inondé.

Dans le même ordre d’idée, on ne voyage pas avec sa sauvegarde et sa machine (un étudiant il y a quelques années a perdu toutes ses notes dans un aéroport en revenant d’un voyage à l’étranger : son ordinateur était bien entendu dans le même sac que son disque dur).

Alors que faire ?

À l’époque antédiluvienne de ma maîtrise, j’avais deux disques durs pas chers que je déposais alternativement chez mes parents pour avoir toujours un état récent de mes fichiers de travail en cas de perte ou de crash, puis ma femme est partie tous les lundis au bureau avec l’un des deux.

Pendant ma thèse, j’ai ensuite pris l’habitude de m’offrir un abonnement annuel chez Dropbox dont la fiabilité n’a jamais été prise en défaut. Non seulement pour un peu moins de 9$ par mois, je stocke l’ensemble de mon travail (recherches, archives, manuscrits, cours…) dans un lieu qui, sauf attaque nucléaire massive, me permettra de retrouver mes petits en cas de pépin avec mon ordinateur, mais cela me permet de synchroniser mes fichiers entre plusieurs machines sans me préoccuper de la localisation physique de mes données.

Alors que j’ai perdu au moins une clef USB dans chacun des lieux où j’ai enseigné au fil des années (et parfois même plusieurs2)Mais entre nous : qui n’a jamais laissé sa clef USB sur l’ordinateur d’une salle de cours ?), je ne me promène plus avec un support physique aujourd’hui. Je termine un cours chez moi, le fichier est déposé dans mon dossier Dropbox, aussitôt synchronisé et je le retrouve à la Sorbonne au moment de l’imprimer avant d’entrer dans ma salle de TD3)J’utilise un support papier car j’éprouve encore du mal à lire sur un écran, y compris sur tablette.. J’annote un pdf à l’Espé ? Idem : je retrouve mon fichier et ses surlignages une fois arrivé à mon bureau en Sorbonne.

Étant donné le volume conséquent offert par l’offre à 9$/mois, je sauvegarde également photos de famille, musique, fichiers audio et vidéo destinés à l’enseignement sur ce compte. Le sort peut décider d’anéantir tous mes terminaux, mes données seront de retour une fois le matériel remplacé quoiqu’il arrive.

Dropbox n’est pas la seule alternative pour obtenir une solution de sauvegarde dans le nuage : plusieurs articles (c’est un des marronniers des sites à vocation technologique) proposent des comparatifs des différents services de stockage (ici par exemple ou ).

J’ajoute que pour déjouer les regards indiscrets4)Et même si cela ne représente pas une solution parfaitement sûre., les fichiers stockés en ligne sont cryptés dans des archives compressées que Mac OS réalise sans difficulté.

Vous l’aurez compris : avec quelques efforts et une discipline peu contraignante, on se met facilement à l’abri de pertes de données qui sont parfois dramatiques.

Notes   [ + ]

1. Ou bien se retrouvera totalement inutilisable une fois inondé
2. Mais entre nous : qui n’a jamais laissé sa clef USB sur l’ordinateur d’une salle de cours ?
3. J’utilise un support papier car j’éprouve encore du mal à lire sur un écran, y compris sur tablette.
4. Et même si cela ne représente pas une solution parfaitement sûre.

De quoi le Capes est-il le nom (3.) Le travail personnel

En attendant un nouveau témoignage sur les épreuves du Capes, je continue ma série sur le travail à mener pour se mettre dans les meilleures conditions possible en vue d’obtenir le précieux sésame.

Dans ce billet, nous abordons la question du travail personnel à mener qui est l’une des antiennes que les étudiants entendent pendant leur cursus, souvent sans qu’on en détaille les principes. À l’échelle de l’année de préparation, ce travail « hors les murs » représente l’essentiel de la tâche à accomplir. Sans formalisme excessif, il peut néanmoins se décomposer en trois étapes qui sont :
– l’explicitation
– l’extension
– la mémorisation

capes Illus 6L’explicitation

Première étape, l’explicitation. Il s’agit, sur la base des cours suivis et des manuels lus, de vérifier par un travail patient de relecture et d’établissement de fiches synthétiques que l’on maîtrise le contenu recueilli. Combien d’étudiants se contentent de stocker leurs notes de cours en se disant « je réviserai le moment venu » ? C’est une hérésie. Non seulement parce que l’enseignant a rarement le temps de tout dire pendant son/ses heure(s) de cours, mais parce que cette stratégie de travail différé rend la compréhension et la mémorisation plus complexe.

La bonne stratégie (conseil garanti 100% satisfait ou remboursé) est de reprendre sa matière le plus vite possible et de s’assurer qu’on la maîtrise. Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’il faut ne laisser aucune zone d’ombre autour des concepts, acteurs et évènements présents dans ses notes, qu’elles viennent d’un cours ou d’une lecture. Reprendre le jour même ses notes de cours, dresser sur cette base plusieurs fiches qui précisent ces différents points permet non seulement de commencer le travail de mémorisation (qui fonctionne bien mieux sur le long terme), mais également de réellement maîtriser ses contenus. On vous a parlé d’un obscur journaliste républicain ? Une fiche. Vous vous rendez compte que vous êtes peu au fait du fonctionnement du vote en 1848 ? Une fiche. L’enseignant mentionne un historien de la Révolution dont vous n’avez jamais entendu parler (comme Augustin Cochin qui a fait ouvrir des yeux ronds comme des soucoupes à certains de mes étudiants) ? Une fiche.

Cette méthode a une autre qualité indéniable en ces temps de recherche du bien-être tous azimuts : elle est gratifiante. Pourquoi ? Eh, bien, tout simplement parce qu’au fil de votre année, vous aurez de moins en moins besoin de faire ces fiches à mesure que vos connaissances s’accroissent. Peu à peu, la maîtrise du sujet vous délivre de cette tâche et vous donne l’impression de progresser.

L’extension

Deuxième étape, l’extension. Il s’agit ici d’aller braconner en périphérie des connaissances qu’on vous livre en cours ou que vous trouvez dans votre documentation de base. Lorsqu’un contenu est maîtrisé, il est bon d’étendre ses connaissances pour renforcer sa maîtrise d’un sujet. Pour ce faire, il faut poursuivre deux objectifs distincts.

Le premier est l’extension que l’on peut qualifier de « verticale ». Vous avez trouvé un exemple intéressant dans un manuel ou dans vos notes de cours. Vous le comprenez (sinon, il faut l’expliciter : retour à l’étape n°1, l’explicitation). Vous décidez de le creuser en réalisant une fiche un peu plus détaillée.

Capes illus 5Quelles sont les raisons qui doivent vous pousser à le faire ? Un « bon exemple » lorsque l’on prépare les concours se reconnaît à deux choses : il est d’abord, a priori, attendu (par les correcteurs, donc jugé comme un « classique ») et il faut s’assurer de le maîtriser « à fond » (notamment dans la perspective de l’oral durant lequel ces maudits membres du jury n’hésiteront pas à vous demander de vous expliquer s’ils sentent que votre édifice argumentatif est un peu branlant sur un point en particulier). Le « bon exemple » est ensuite suffisamment riche pour être utilisé dans une grande variété de sujets. Il est donc rentable de le mémoriser puisqu’il resservira à coup presque sûr. Je prends l’exemple des biographies d’acteurs : c’est souvent là que se nichent les « bons exemples » à mémoriser. Faire une fiche solide sur un Clemenceau par exemple1)Et pour cela, on peut parcourir l’excellente biographie de Winock : WINOCK Michel, Clemenceau, Tempus Perrin, Paris, 2013, 568 p. permet de couvrir un nombre impressionnant de sujets différents étant donné l’importance du bonhomme : la Commune, les débats autour du vote et du système électoral, les diverses positions face à la colonisation (dans le cadre de son opposition à Ferry par exemple) et j’en passe… une vraie mine !

Le deuxième objectif est l’extension « horizontale ». Elle repose sur la nécessité de « doublonner » certains exemples. Le domaine dans lequel cette stratégie se révèle payante est sans doute la connaissance des documents (sources, mais également textes historiographies…) que l’on doit manipuler dans les épreuves 2. Il est impossible de prévoir exactement ce qui « tombe » durant une épreuve, bien entendu. Mais il est tout à fait envisageable de se préparer pour ne pas être réellement surpris.

On vous a fait travaillé en TD sur un document ? Aller en chercher un deuxième du même type et/ou de la même période et/ou sur le même sujet. Il existe des dizaines de représentations de la liberté durant la période révolutionnaire, en connaître deux et ne pas se limiter à celle qu’on a vue en cours me paraît être un minimum. Là encore, il faut faire une fiche qui doit vous permettre, par exemple, de vous appuyer sur le document sans l’avoir sous les yeux le jour de l’oral. Belle impression que celle faite sur un jury par un candidat capable de commenter un document de son corpus à la lumière d’un autre qu’il aura travaillé pendant l’année !

La mémorisation

Dernière étape, il faut apprendre tout ça. Rassurez-vous, un travail raisonné comme celui dont j’esquisse les grandes lignes ici prépare efficacement la mémorisation. À vrai dire, cette mémorisation n’est pas réellement une étape séparée du reste de la préparation. On mémorise comme on fait de la prose… Mais il faut quand même se ménager des moments durant lesquels on ne produit plus de contenu pour laisser la place à l’apprentissage.

En la matière, il n’y a pas de recette et tous les ans, les suppléments de la presse estudiantine font leurs choux gras des méthodes « infaillibles » pour avoir une mémoire d’éléphant. Chacun doit néanmoins trouver le moyen de retenir ces contenus. Si une méthode unique et efficace existait…

Le seul conseil qui vaille est qu’il est plus efficace d’échelonner l’effort de mémorisation et qu’il faut donc s’y prendre tôt. Le plus tôt possible. La mauvaise stratégie est de séparer la phase de constitution des connaissances de celle de leur apprentissage. Vérifier que l’on connaît ses contenus après les avoir constitués, puis à échéance variable est un passage obligé. Tous les mois ? Tous les deux mois ? À vous de voir, mais ces moments de « remémoration, vérification, acquisition » ne doivent pas être renvoyés aux calendes grecques, c’est-à-dire à quelques semaines de l’écrit et/ou de l’oral.

Notes   [ + ]

1. Et pour cela, on peut parcourir l’excellente biographie de Winock : WINOCK Michel, Clemenceau, Tempus Perrin, Paris, 2013, 568 p.

Les « petits remontants » et les concours (Capes/Agrégation)

Je ne dirais pas ici tout le bien que je pense de la monumentale biographie de Claude Levi-Strauss réalisée par Emmanuelle Loyer que je n’ai pas encore terminée, mais j’y ai trouvé un passage qui m’a fait sourire. Il fait écho à des demandes aussi récurrentes qu’incongrues de la part de certains de mes étudiants.

En effet, tous les ans ou presque, un ou deux impétrants au Capes ou à l’agrégation viennent me trouver pour me demander conseil en matière de substances miracles pour (au choix) rester éveillés plus longtemps, être mieux concentrés ou encore vaincre leur stress.

Bien entendu, rien ne remplace les bénéfices d’un sommeil réparateur ou d’un peu de confiance en soi, et je refuse systématiquement de me transformer en médecin du sport espagnol.

L’anecdote rapportée par Emmanuelle Loyer le confirme : au moment de passer son oral d’agrégation de philosophie, Claude Levi-Strauss a failli payer cher l’absorption d’une fiole « magique » conseillé par un « ami » médecin. C’est finalement Spinoza qui l’a sauvé du désastre :

« A l’oral, il tire un sujet de psychologie appliquée qui aurait dû le séduire, mais qui le désarçonne. Comme un sportif en perte de vitesse, le voilà qui se drogue : « un médecin de la famille m’avait fait présent d’une ampoule – morphine ? cocaïne ? – qui, prétendait-il, me donnerait de l’esprit si j’en buvais avant la leçon. Pour préparer cette épreuve suprême, on vous enfermait pendant sept heures dans la bibliothèque de la Sorbonne. Je m’empressai d’avaler le contenu de l’ampoule dans un verre d’eau, et m’en trouvai si mal que je dus passer les heures de préparation allongé sur deux chaises. Sept heures de mal de mer ! […] Je comparus hagard sans avoir pu préparer et j’improvisai une leçon qui fut jugée brillante où je crois bien n’avoir parlé que de Spinoza. Finalement la drogue avait peut-être rempli son office 1)LOYER Emmanuelle, Levi-Strauss, Flammarion, Paris, 2015, 912 p.… »

Notes   [ + ]

1. LOYER Emmanuelle, Levi-Strauss, Flammarion, Paris, 2015, 912 p.

De quoi le Capes est-il le nom ? L’expérience de Christophe Naudin

Dans le cadre de cette série de billets sur le Capes, j’ai souhaité laisser la parole à certain(e)s de mes ancien(ne)s étudiant(e)s lauréat(e)s du concours. Non seulement parce que la diversité des expériences qui sont les leurs est particulièrement intéressante, mais également parce que leur parole n’est pas celle d’un formateur et qu’à ce titre, elle vient enrichir le propos forcément partiel (partial ?) qui est le mien.

 

J’inaugure cette série de témoignages avec Christophe Naudin qui enseigne l’histoire et la géographie et qui est également l’auteur de plusieurs ouvrages de qualité sur les relations de l’histoire avec son temps (BLANC William, CHÉRY Aurore & NAUDIN Christophe, Les historiens de garde : De Lorànt Deutsch à Patrick Buisson, la résurgence du roman national, Inculte Éditions, Paris, 2013, 224 p.) ou la construction des mythes historiques (BLANC William & NAUDIN Christophe, Charles Martel et la bataille de Poitiers : De l’histoire au mythe identitaire, Éditions Libertalia, Paris, 2015, 322 p.).

 

Bien entendu, je le remercie de s’être prêté à l’exercice et d’inaugurer cette rubrique.

Retrouver Christophe sur Twitter @NaudinChristoph

Commentaires et réactions sur @BGThierry

 

Quand les résultats de l’admissibilité tombent, c’est évidemment le soulagement. Tout est encore possible, même si on ne connaît pas nos notes d’écrit. Pour ma part, je fus doublement soulagé vu que c’était la deuxième fois que je passais le Capes, et que je n’avais plus droit à l’erreur. En reprise d’études, j’étais un peu un cas particulier, même si les profils des candidats au concours sont finalement très divers. Reprendre les chemins de la fac à plus de trente ans, malgré la pression, fut toutefois un véritable atout, car à la motivation s’ajoutait une maturité qui peut faire défaut à 22-23 ans. Je suis persuadé que je n’aurais pas eu le concours si je l’avais passé à l’âge « normal », alors que j’ai toujours (depuis la 6e en fait) voulu faire ce métier. L’expérience du milieu professionnel et, j’ose le dire, même celle du service militaire a pu notamment me permettre de gérer mon stress et mon organisation, deux facteurs fondamentaux, à mon avis, pour réussir le concours, et particulièrement les oraux.

Malgré nos profils et nos parcours différents, nous sommes tous dans le même bateau et, même si cela semble évident, et que les préparateurs le martèlent, le travail en groupe est fondamental. Je ne l’avais pas assez intégré la première année, et cela m’a coûté probablement beaucoup, malgré l’admissibilité aux oraux. Pas besoin de faire des groupes importants, mais trois-quatre personnes cela suffit amplement, avec même un travail en binôme sur certains thèmes. Ce travail collectif n’est pas utile seulement pour ficher les manuels et les ouvrages incontournables, sans parler du partage des cours, mais plus encore pour un soutien réciproque quand les premiers signes de fatigue et de découragement pointent leur nez. Assez rapidement en fait. Et c’est encore plus valable pour l’oral, j’y reviendrai.

Je n’ai pas un souvenir très précis des écrits. Je ne sais même plus quels sujets sont tombés, et je mélange les deux années où je les ai passés. La chose fondamentale que j’ai retenue quand même est l’importance de la gestion du temps, et l’organisation. Le but, c’est d’atteindre les oraux. Il faut donc tout faire pour rendre une copie terminée (dont le croquis en géo), et structurée. Je ne m’avancerai pas à dire que les correcteurs lisent en diagonale les copies, mais il est certain que le plan – clair – est primordial. Les concours blancs doivent servir à ça : en combien de temps j’analyse le sujet, je réfléchis à mon plan, je fais l’intro et la conclusion, puis je rédige le tout ? Ce que j’ai retenu aussi, c’est l’épreuve physique et psychologique que cela représente, individuelle et collective. Il faut être en pleine forme, c’est évident. Se reposer après chaque épreuve, et surtout éviter de repenser à celle que l’on vient de passer, et d’en parler avec les autres candidats, même ceux du groupe de travail. Les discussions post-épreuve devant la maison des examens peuvent être traumatisantes, et même décourager, sans que cela soit fondé au bout du compte. Quand on a fini, on parle d’autre chose, on va même boire un coup. Tout cela, c’est encore plus valable pour les oraux.

Les oraux, justement, restent mon vrai souvenir du concours. Même la fois où je n’ai pas été admis, je ne regrette pas d’y être allé. Pendant quelques jours, on semble vivre dans un village comme le Prisonnier, vu à quel point Châlons semble investie par les candidats et les jurys. J’avoue ne pas savoir exactement comment cela se déroule aujourd’hui, avec toutes les réformes, mais en 2012 il fallait tirer au sort, le premier jour, le type d’épreuve que l’on passait. Premier traumatisme pour beaucoup quand tombait la géo en leçon, et donc l’histoire en épreuve sur dossier. Pourtant, à bien y réfléchir, c’est le tirage le plus positif pour la plupart d’entre nous. D’abord parce qu’étanten majorité de formation historienne, nous sommes normalement rôdés à l’exercice, et la concurrence est donc bien plus féroce ; ensuite, car l’ESD en géo tourne assez souvent, apparemment, à la boucherie, même si certains peuvent aussi s’en sortir excellemment et ainsi passer devant les autres qui ont réussi la leçon. C’est en tout cas le calcul que j’ai fait. Je peux me tromper, mais cela a probablement contribué à ma réussite. En effet, à mes premiers oraux j’ai fait ce tirage, et j’ai aussi paniqué au début. Puis, j’ai passé l’ESD histoire et cela s’est relativement bien passé, surtout dans la partie dialogue avec le jury. Quant à la leçon de géo, j’ai rapidement compris que mon travail n’était pas à la hauteur et qu’il fallait limiter les dégâts dans la seconde partie de l’épreuve. Cela n’a pas vraiment réussi, même si le jury a été très poli et même souriant. Au final, j’ai raté le concours à peu de choses, mais j’ai appris pour l’année suivante, et particulièrement sur la gestion du temps pendant la préparation de la leçon de géo, et comment utiliser les documents. La réussite et la chance (car il en faut) a fait le reste : je suis retombé sur leçon de géo/ESD histoire ; puis sur un sujet faisable en ESD, et encore mieux en leçon, avec une bibliographie qui semblait m’envoyer des flashes dans la bibliothèque tant elle semblait évidente. Le plan m’a semblé rapidement évident lui aussi, et j’ai très bien géré les documents en utilisant plusieurs feuilles transparentes superposées pour mes cartes. Et je ne me suis pas embrouillé avec les échelles, au contraire de l’année précédente. Apprendre de ses erreurs…Et la seconde partie de l’épreuve a été un vrai plaisir. Résultat, je m’en suis bien sorti, avec un 12 à l’ESD (là encore, c’est surtout l’entretien qui m’a tiré un peu vers le haut) et un 16 à la leçon de géo. Même si le succès compte forcément, j’ai vraiment apprécié, les deux fois, l’adrénaline que procurent les oraux, tant la préparation que le passage devant le jury. Cela n’a jamais été un calvaire.

Plus largement, l’ambiance générale de ces oraux a, à mon avis, été centrale dans l’admission au concours. Plus encore que pour les écrits, il faut travailler en groupe, et une fois sur place espérer tomber avec des gens que l’on connaît. Et si ce n’est pas le cas, il faut faire l’effort d’aller vers les autres candidats. Trop d’entre eux restent cloîtrés trois jours dans leur chambre d’hôtel à tourner en rond, et parfois à relire leurs fiches. Je ne suis pas sûr que cela fonctionne pour tout le monde. Des oraux, je retiens évidemment les épreuves, mais plus encore les bières bues après, ou encore les restaurants, où on croise d’autres candidats, mais également des membres du jury, en général dans une ambiance détendue. Si, en plus, il fait beau (et cela arrive assez souvent dans le coin, je crois, à cette saison), c’est parfait.

Finalement, si je m’en tiens à mon expérience, la réussite au concours est une alchimie subtile entre travail régulier pendant la préparation, cohérence et solidarité du groupe, organisation, gestion du temps et du stress, chance sur les sujets d’épreuves et l’heure de passage, et capacité à prendre du recul aux moments opportuns, et même à « sortir » du concours pour faire autre chose et se changer les idées.

Et puis, il faut bien se dire qu’après, la joie et le soulagement passés, on se rend rapidement compte que le plus dur commence : l’année de stage…