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Pourquoi le Multimarkdown est fait pour l’historien ?

La préparation de mes cours en Licence ou en Master me pousse à stocker, année après année, une masse toujours plus importante de documents (textes, images et vidéos essentiellement) qui se retrouvent dans les fascicules ou les évaluations que je donne ensuite à mes étudiants.

Les textes à commenter se taillent la part du lion du fait de la place prépondérante du commentaire dans notre pédagogie historienne.

Ce que j’apprécie particulièrement est de pouvoir stocker dans un seul fichier le texte de la source et le commentaire linéaire de celle-ci, ainsi que le plan à adopter et d’autres informations utiles dans la perspective de la correction à faire ex cathedra, par exemple, après un passage à l’oral d’un(e) étudiant(e) dans mon cours.

Pour cela, je pourrais bien évidemment me reposer sur Microsoft Word ou un autre de ces traitements de texte WYSIWYG. Mais vous en connaissez probablement comme moi les inconvénients. D’abord, les fichiers sont souvent dans un format propriétaire ; leur compatibilité ascendante ou descendante n’est pas assurée dans le temps[1] ; leur poids est sans rapport avec un bête fichier texte ; etc.

Depuis quelques années, j’écris donc en Multimarkdown, langage de balisage dérivé du Markdown créé par John Gruber en 2004[2] qui permet de n’utiliser que des fichiers en plein texte, légers et pérennes.

La beauté du plain text

Les avantages d’un tel langage sont multiples. On en trouve des pleines pages sur les Internets et vous aurez tout le loisir de vous faire votre idée (ici ou ).

Concrètement, lorsque l’on commente un texte, que l’on souhaite conserver tout cela dans une forme utilisable facilement, c’est agréable et efficace que d’avoir recours à un workflow fondé sur le Multimarkdown.

Pourquoi ? Eh bien prenons un exemple.

Je dois commenter en cours le texte suivant (je n’en mets qu’un extrait) :

1

Le titre est précédé d’un « # » pour signifier que… c’est un titre. Le nom du journal est précédé d’un astérisque pour qu’il soit rendu en casse italique par le logiciel que vous utiliserez pour imprimer ou convertir le texte.

Si j’avais ajouté un autre astérisque, le texte aurait adopté la casse grasse et, avec une troisième, une casse grasse et italique. Pas très compliqué à retenir… et surtout, pas de souris à utiliser pendant la rédaction pour aller cliquer je ne sais où. C’est un gain de temps et de tranquillité d’esprit[3].

Vous souhaitez ajouter une note de bas de page ? Facile : tapez le texte de la note entre crochets précédé d’un circonflexe de cette manière :

2

et vous obtiendrez une note parfaitement placée, appelée et numérotée. Par exemple pour préciser un élément à destination des étudiants, cela donne (vous noterez au passage que les italiques sont utilisables dans le corps des notes de bas de page) :

3

Commenter son texte sans l’altérer

Vient ensuite la phase de commentaire. Quand je travaille un texte que je fais commenter et que je corrige ensuite, j’en passe – rien d’original, ici – par le commentaire linéaire pour être bien certain de ne rien laisser passer.

Pour cela, j’utilise une syntaxe associée au Multimarkdown, le CriticMarkup qui propose des balises permettant le suivi et la modification des textes.

En l’occurence, je n’en utilise qu’une, celle qui permet d’insérer un commentaire dans un texte qui ne sera pas affiché au moment de compiler le texte et dont la syntaxe est

4

Dans mon fichier texte, cela donne :

5

très utile pour ne pas réinventer l’eau tiède à chaque préparation de cours.

On récapitule

Donc, en adoptant le Multimarkdown, je travaille sur un seul document au format .txt, pérenne et léger; le balisage n’empêche pas la lecture du fichier source et sa conversion permet une transformation dans le format de votre choix.

Grâce aux balises CriticMarkup, j’ai un document qui, ouvert dans un logiciel comme Multimarkdown Composer ressemble à cela :

1Les passages entre balises sont automatiquement colorisés, ce qui aide à la lecture et au repérage de ce qui relève de la source et de ce qui relève du commentaire[4].

Avec le même fichier, je peux générer un .pdf, un .docx ou n’importe quoi d’autre qui ressemble à ça

2

et que je peux donc donner aux étudiants dans un fascicule, un polycopié d’évaluation ou n’importe quoi d’autre ; les notes de commentaire en sont absentes.

Bref, c’est léger, c’est facile (apprendre quatre ou cinq balises, franchement…), et ça colle assez parfaitement, selon moi, à notre manière de travailler les textes.

Et vous, vous vous y mettez quand ?

P.S. Dans un autre billet, j’aborderai les avantages de l’utilisation des fichiers texte et du Multimarkdown comme alternative à Latex pour la recherche historique.


  1. J’ai récemment essayé d’ouvrir un vieux cours en format Word – d’une version antédiluvienne, c’est vrai – pour un de mes ex-étudiants nouvellement nommé dans un lycée et je n’ai pas pu. J’ai bien retenu la leçon…  ↩
  2. Le *Multimarkdown* apporte son lot d’améliorations indispensables à mes yeux en regard du Markdown comme la possibilité de grever son texte de notes de bas de page dont, vous le savez, les historiens sont friands !  ↩
  3. Les raccourcis-clavier de votre traitement de texte aussi, c’est vrai.  ↩
  4. Vous noterez que le logiciel présente le fichier sur trois panneaux et permet de voir, de gauche à droite, le plan du document avec tous les niveaux de titres, le texte brut – donc avec les commentaires -, le rendu du texte final, donc sans balise cette fois.  ↩

 

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Ce que les étudiants français pourraient apprendre de leurs camarades d’Abu Dhabi

PSUADComme chaque année, me voilà à PSUAD pour deux semaines durant lesquelles j’enseigne en première année d’histoire1.Le système des missions repose sur un séjour de 15 jours durant lesquels nous enseignons tous les matins entre 3,5 heures et 4h avec le même groupe pour délivrer un enseignement comparable à celui d’un semestre parisien. Pas vraiment le temps de lézarder au bord de la piscine en dépit de ce que l’on peut encore entendre ici ou là..

Outre le plaisir de renouer avec le soleil en plein hiver, j’y trouve matière à réflexion au contact d’étudiants aux nationalités et parcours souvent bien différents de ceux que je fréquente à Paris.

En vrac et sans exhaustivité, voici ce que m’inspire l’expérience et ce que nos ouailles parisiennes pourraient en tirer.

1. Les langues étrangères

En licence, les étudiants de PSUAD reçoivent leur enseignement en français. Qu’ils soient originaires des Émirats ou d’ailleurs, ils ont donc fait l’effort d’apprendre une langue étrangère et de suivre un cursus qui n’est pas délivré dans leur langue maternelle.

Bien entendu, nous faisons attention à ne pas faire comme si de rien n’était et nous prêtons un soin tout particulier à essayer de lever les ambiguïtés de vocabulaire par exemple.

Aussi, quand j’entends chez certain(e)s de mes étudiants parisiens que non, décidément, les ouvrages en langue étrangère de la biblio, faut pas compter sur eux, je me dis qu’il y a un peu d’efforts à faire sur l’apprentissage des langues…

2. Ailleurs

Dans mes cours, plus de la moitié des étudiants ne sont pas originaires des Émirats. Ils viennent d’ailleurs. Beaucoup sont arabophones et attachés à une culture musulmane qui les fait choisir PSUAD pour leurs études supérieures. D’autres sont là pour d’autres raisons et elles sont nombreuses et diverses.

Tous retirent un bénéfice certain d’avoir cédé à l’appel de l’ailleurs. Pendant un an au moins, ils ne sont plus dans leur zone de confort, loin de chez eux et au contact de personnes différentes.

Dans un cursus, je crois fermement qu’au moins un an à l’étranger est une bonne chose. Aller donc voir comment cela se passe de l’autre côté, là-bas, où vous pourrez vous frotter à d’autres méthodes d’enseignement, d’autres cultures universitaires (pour n’en rester que sur un plan estudiantin). C’est toujours formateur.

Je me également demande parfois, à la lumière du parcours de certains, si cela ne constituerait d’ailleurs pas le meilleur remède contre l’échec : et si vous manquiez d’air, tout simplement ?

3. S’émerveiller

Je ne suis pas un ravi de la crèche et je me doute bien que dans le lot de mes auditeurs, certains se contrefichent probablement royalement de ce que je leur raconte.

Néanmoins, une source toujours renouvelée de la joie d’enseigner à l’étranger est d’avoir cette interaction avec des étudiants qui ont une culture très différente de la mienne et qui s’émerveillent de la découverte de ce que je leur raconte.

Les questions posées, leur nombre et les réactions quotidiennes démontrent une capacité à s’émerveiller que je trouve assez souvent en berne chez beaucoup de mes étudiants parisiens.

Cette année encore m’en a apporté la preuve. J’avais cité pas mal d’ouvrages en forme de lectures complémentaires dans le cadre de mon cours l’année dernière. En arrivant à l’université il y a une semaine, une de mes anciennes étudiantes m’a presque sauté dessus pour me saluer et me montrer qu’elle était en train de finir l’un des ouvrages que je leur avais recommandé de lire il y a un an. Elle était enthousiaste, avec ce regard de celle qui a trouvé du sens (et du plaisir).

Dans une filière universitaire comme l’histoire, si vous ne ressentez pas ça, que vous reste-t-il ? Vous n’êtes quand même pas là pour la gamelle ? Ce serait une sacrée erreur d’appréciation…

P.S. L’université offre des bourses aux étudiants français pour les aider à concrétiser un projet d’études à Abu Dhabi. Vous pouvez vous renseigner auprès de votre UFR.

La liste de tâches en milieu universitaire. Des avantages de la rugosité numérique

van6Du fait de la position un peu étrange aux yeux de certains que j’occupe dans mon université – qu’est-ce que ça peut bien faire un vice-président responsable des Humanités numériques et des systèmes d’information ? – on vient parfois me trouver pour me faire faire du service après-vente ou me questionner sur des points à propos desquels je n’ai aucune compétence ou inclination particulière.

Je suis aussi sollicité pour donner mon avis – plus ou moins éclairé – sur tout un tas d’applications que les collègues souhaitent utiliser dans leur activité d’enseignement ou de recherche. Les modes se succèdent et les logiciels n’échappent pas à la règle. Il y a quatre ou cinq ans, mes collègues découvraient les réseaux sociaux. Quand je dis « mes collègues », je parle de celles et ceux qui ne sont pas particulièrement intéressés ou obligés de s’intéresser au numérique. « Tu crois que je devrais m’ouvrir une page LinkedIn ? », « Tu utilises Tweeter, toi ? », etc.

En parallèle, les logiciels de gestion de bibliographie dans la veine de Zotero pénètrent lentement, mais sûrement, le petit monde universitaire parisien.

Depuis quelques semaines, la mode semble se tourner vers la gestion des tâches, les to-do lists et tutti quanti. Est-ce une influence diffuse et à retardement en provenance du monde de l’entreprise ? L’effet des marées ? Je ne sais pas.

Le problème est que je n’en utilise pas moi-même. C’est un problème, car cela crée chez mon interlocuteur une lueur d’incompréhension et de déception alors qu’on lui a peut-être vanté les progrès spectaculaires que sa productivité personnelle pourrait faire s’il adoptait (enfin) ce genre d’applications dont regorge le Web.

J’en ai testé pas mal à vrai dire. Moi aussi, je me suis imaginé un temps qu’avec toutes ces cases à cocher et la gamification de mon quotidien, je n’oublierais plus rien, ni d’aller chercher les garçons à l’école, ni la recension à rendre…

Ça n’a pas marché du tout1. Aucun de ces logiciels n’a passé la semaine d’utilisation.

J’en suis donc revenu à un bon vieux fichier texte en multimarkdown dans lequel je liste – au sens propre du terme, c’est-à-dire à la queue leu leu – ce que je dois faire. Quand une tâche est réalisée, elle est cochée ([X],) c’est pas très beau, mais efficace) et va rejoindre un second fichier, intitulé « À faire archives.txt », tout bêtement classé par ordre chronologique.

C’est extraordinairement frustre, mais ça fait le job, grâce à Dropbox, c’est consultable depuis mon « malinphone » et les archives constituent une base de connaissances commode de mes activités passées.

D’une manière un peu inattendue, c’est aussi plus long, moins facile, d’y gérer les tâches à faire, mais beaucoup plus efficace. Comme je classe vaguement les tâches par projets, je cherche toujours un peu où je dois mettre la prochaine. Et justement… c’est ça qui est efficace. Il faut être un peu concentré quand on entre une tâche à faire et la mettre au bon endroit. Cela a deux gros avantages. Le premier est que l’on n’entre pas n’importe quoi. La rugosité du système implique de fait de sélectionner ce que l’on y met. La liste est ainsi moins encombrée. L’autre avantage est que le système est dépourvu d’alerte. Rien ne bipera dans votre poche quand vous oublierez le rendez-vous de 16h45. « Bah, c’est nul alors ! » Justement, non, puisque sans cette béquille, le remplissage ou la consultation de la liste des tâches devient un moment durant lequel « on est à ce qu’on fait » comme disait ma grand-mère. Elle sert finalement plus à mémoriser les choses à faire qu’à vous les rappeler alors que vous les avez oubliées comme ce que vantent la majorité des applications de gestion des tâches.

Je suis parfaitement conscient que cette position un peu iconoclaste ne peut pas être érigée en principe général pour nos vies numériques. À cette aune, pourquoi s’enquiquiner avec des interfaces graphiques ? Reprenons tous la ligne de commande ! Certes. Mais dans le même temps, alors que beaucoup s’épanchent sur la nécessité de se déconnecter ou de reprendre le contrôle d’une existence digitale qui semble leur échapper, il semble parfois bon de trouver une ligne médiane pour vivre mieux avec le numérique. La liste de tâches à la mano en est une.


  1. Sauf pour mes fils. Je ne les oublie pas. Merci de demander. ↩︎

 

La fin d’un monde

Les vacances d’hiver se terminent. Comme chaque année, le père Noël a apporté dans sa hotte bien garnie son lot d’ouvrages. De quoi se détendre et de quoi travailler.

Il a notamment eu la bonne idée de déposer sous mon sapin et à mon attention, le livre de François Jarrige, Technocritiques2.JARRIGE François, Technocritiques, La Découverte, Paris, 2016, 440 p. qui est absolument passionnant.

L’innocent opuscule a néanmoins créé chez moi une remise en question douloureuse. J’ai commencé à le lire avidement. Pour un historien des techniques, c’est une somme, un ouvrage important comme il en paraît un ou deux par décennie.

Armé de mon fidèle crayon de couleur, j’ai commencé à surligner frénétiquement tous les passages sur lesquels revenir ; une palanquée de citations et de références utiles.

Habituellement, je pratique une lecture initiale « de repérage » des ouvrages avant d’y revenir et de prendre en notes sur mon ordinateur personnel ce qui me semble devoir être réutilisé dans mes propres travaux ou mes cours.

J’ai toujours fonctionné comme cela et notre appartement est rempli d’ouvrages ; à peu près 10 000 en comptant les 2000 qui n’ont pas trouvé leur place et qui nous attendent à la cave. Nous sommes avec mon épouse des lecteurs frénétiques, des forçats de la note de bas de page, des stakhanovistes du marque-page. De plus, pour moi, cela fait partie du boulot.

La prise de notes est donc un moment assez long, mal aisé quand on souhaite taper sur son clavier et garder l’ouvrage ouvert à sa gauche en même temps. C’est aussi durant ces moments de reformulation et de recopie des citations marquantes, que l’on s’approprie un livre et la pensée de son auteur.

Mais cette fois, j’ai été découragé par l’entreprise. Il faut dire que Jarrige nous a livré une somme. Il y a quelque chose à conserver à chaque page, une piste à explorer dans chaque chapitre. Alors, vers la page 100, j’ai craqué et j’ai acheté la version numérique3.Sur le site de la Librairie Le Divan et pas chez l’ogre Amazon à qui il ne faut faire aucune confiance, bien entendu..

Lu sur l’iPad, l’ouvrage est surligné, annoté et tout cela est récupéré en un clin d’œil ensuite pour établir ou enrichir les fiches sur l’ordinateur.

La version papier est abandonnée à sa matérialité revêche dans un coin du salon.

De plus, avec la version électronique, la peur de l’oubli est conjurée. Si la substantifique moelle est résumée, condensée et organisée, le fichier est là, ouvert à la recherche plein-texte en cas de besoin. Un bonheur d’universitaire pressé et oublieux.

Alors, si tout va plus vite, est plus commode et en plus, n’encombre pas mes étagères, quelle est la raison de cette remise en question douloureuse ?

Eh bien, j’ai l’impression d’abandonner quelque chose que j’ai toujours connu et cela n’est pas facile. J’aime profondément ma bibliothèque, mes ouvrages et leur présence. Pour moi – cliché de l’intellectuel moyen – un appartement sans livres, c’est tout bonnement impensable.

Que va devenir ma bibliothèque si je me mets à lire exclusivement sur tablette ? Vais-je moins bien mémoriser ? Me réveiller un jour dans un vide quasi-complet où seuls les espaces numériques sont remplis de fichiers colorés ?

Ma bourse ne me permettant pas d’acheter systématiquement les deux versions : papier et électronique4.Je n’ai déjà pas de quoi acheter tous les livres qui me font envie… ceci dit, comme je n’ai pas le temps non plus de les lire, cela débouche au moins sur un équilibre de la frustration., il semble irrémédiable qu’une part toujours plus importante de ma bibliothèque future se dématérialise. Acheter les deux versions aurait quelque chose d’un peu vain également, une sorte de snobisme honteux de la lecture sur tablette que l’on cache derrière des rayonnages remplis de livres qui ne seraient plus jamais ouverts. Un peu à l’image de ces notables de province que l’on croise parfois dans les brocantes et qui achètent les livres au poids pour garnir la bibliothèque de leur résidence secondaire sans avoir l’intention d’en jamais n’ouvrir aucun…

Nous (je t’embarque dans ma galère, tu voudras bien m’excuser) voilà engagés dans une période de transition dont les effets à venir ne sont pas minces et je ne parle même pas ici des bouleversements sur l’économie de l’écriture et de la publication, mais simplement sur nos existences de lecteurs. La fin d’un monde ?

Wilde en Sorbonne

Dans le cadre de la sortie du quatrième Mooc de Paris-Sorbonne sur la plateforme Edx que nous avons mis en ligne le 27 octobre dernier, je reçois ce soir Daniel Mesguich en Sorbonne à 19h30 pour une lecture de textes de Wilde sélectionnés et commentés par Pascal Aquien.

Cette seconde « rencontre autour des Moocs » est à nouveau l’occasion de faire se rencontrer les artisans de nos réalisations online et leur public dans le cadre d’un évènement gratuit et ouvert à toutes et à tous.

De quoi le Capes est-il le nom ? L’échec

place de la sorbonne 1aLes résultats sont enfin tombés. Comme tous les ans, nous sommes très heureux de recevoir les messages que les lauréats nous envoient pour nous informer de leur succès au concours. Bon vent à celles et ceux qui entrent dans la carrière. Il ne nous reste à espérer pour eux qu’une carrière honnête, pleine de ces petites joies et de cet engagement sincère que Pagnol décrivait déjà si bien en parlant des instituteurs de la IIIe République dont son père faisait partie :

« Après quelques années d’apostolat laïque dans la neige des hameaux perdus, le jeune instituteur glissait à mi-pente jusqu’aux villages, où il épousait au passage l’institutrice ou la postière. Puis il traversait plusieurs de ces bourgades dont les rues sont encore en pente, et chacune de ces haltes était marquée par la naissance d’un enfant. Au troisième ou au quatrième, il arrivait dans les sous-préfectures de la plaine, après quoi il faisait enfin son entrée au chef-lieu, dans une peau devenue trop grande, sous la couronne de ses cheveux blancs. Il enseignait alors dans une école à huit ou dix classes, et dirigeait le cours supérieur, parfois le cours complémentaire. On fêtait un jour, solennellement, ses Palmes académiques : trois ans plus tard, il « prenait sa retraite », c’est-à-dire que le règlement la lui imposait. Alors, souriant de plaisir, il disait : « Je vais enfin pouvoir planter mes choux ! » Sur quoi, il se couchait, et il mourait. J’en ai connu beaucoup, de ces maîtres d’autrefois. Ils avaient une foi totale dans la beauté de leur mission, une confiance radieuse dans l’avenir de la race humaine. Ils méprisaient l’argent et le luxe, ils refusaient un avancement pour laisser la place à un autre, ou pour continuer la tâche commencée dans un village déshérité5.PAGNOL Marcel, La gloire de mon père, Éditions Pastorelly, Paris, 1957, 305 p.. »

D’autres ne sont pas reçus. Ils se demandent s’ils doivent tenter à nouveau le concours et ce qu’il faut faire pour réussir. Voici quelques lignes pour les aider à faire le bilan.

Est-ce que je tente à nouveau ?

Vous le savez, le Capes est un concours exigeant, qui demande une méthodologie particulière et il n’est pas rare d’intégrer les rangs de l’Éducation Nationale (« l’Educ’ Nat’ » chez les porteurs de Mephisto) qu’après plusieurs tentatives.
Selon les envies (et les moyens ! J’y reviendrai), il est raisonnable de se laisser deux ans pour obtenir le précieux sésame. Trois, en cas de difficultés. Au-delà, pour ne pas se transformer en candidat éternel et éviter ainsi le comique de répétition, il faut se faire une raison : tout ce carnaval n’est pas fait pour vous.
C’est un échec et c’est dur à avaler sur le moment, mais aussi étonnant que cela puisse paraître, il y a des gens très heureux qui n’ont pas su obtenir le Capes et qui ne s’en portent pas plus mal aujourd’hui. Il faut savoir arrêter. Notamment si vous souhaitez vous réorienter et ne pas le faire à des âges où cela commence à devenir problématique (il y a un moment où on commence à en souper des études, cela se comprend, tout le monde n’ayant pas comme objectif d’être un étudiant attardé et de se lancer, par exemple – dans… une thèse de doctorat…)
Une remarque en particulier : vos compétences ne sont pas uniquement destinées à faire de vous des enseignants. Vous avez appris énormément de choses, des hard skills et des soft skills comme disent les Anglo-saxons et tout cela peut être mis à profit dans des domaines bien différents hors d’une salle de classe.
Chez mes ex-étudiants, je compte des journalistes, des communicants, des formateurs, une éditrice, des vendeurs, un ingénieur reconverti et même… un banquier. Celui-là (qui se reconnaîtra surement) quand il invite au restaurant son vieux prof un peu bougon, il lui donne des complexes…

Est-ce que je peux encore tenter ?

La question n’est pas tout à fait la même que la précédente. La question est ici de savoir si vous avez encore les moyens de vous octroyer un an de préparation. Bien entendu, on peut obtenir son Capes en travaillant en parallèle, mais ce n’est pas facile et la meilleure des façons de mettre toutes les chances de son côté est quand même de s’y consacrer entièrement. C’est donc là qu’on retrouve la question des moyens.

Certains seront tentés par le statut de vacataire. Attention ! Voici l’une des plus belles arnaques de notre chère Éducation Nationale : le statut est précaire, mal payé et le travail tout aussi prenant que celui d’un titulaire. Il faut une sacrée force de caractère pour mener cela de front avec une préparation de concours (d’autant que dans les premières années d’exercice, le travail d’élaboration des cours et la tenue de classe demandent beaucoup plus d’efforts qu’aux collègues blanchis sous le harnais…) Le risque est de devenir un éternel vacataire qui n’arrive pas à obtenir le Capes… Situation peu enviable.

Si cela vous demande des efforts, mais reste possible néanmoins, autant souffrir (un peu) un an de plus (en se serrant la ceinture ou, horresco referens, en retournant chez papa-maman) et se donner à fond pour avoir le sésame du Capes.

Bon, je m’y recolle

Que faire maintenant si vous avez décidé de vous y remettre ? D’abord, vous vous reposez. L’année a été éprouvante et vous avez besoin de faire une coupure franche. Une coupure franche, c’est deux ou trois semaines sans penser au concours, aux fiches, au TD de contemporaine du lundi matin dans les frimas de novembre, etc.

Ensuite, il faut se remettre en train. D’abord, analyser sans complaisance votre échec : pourquoi avez-vous manqué la timbale ? Pas assez travaillé ? Mal travaillé ? Vous avez des difficultés méthodologiques dans l’une des épreuves ? Dans la rédaction ?
Cette étape doit vous conduire à adapter votre année de préparation. Bien entendu, il sera agréable de reprendre la ou les questions que vous aimez particulièrement, mais il faudra mettre l’accent sur les difficultés, travailler en priorité ce qui ne marche pas (la géographie ? Je dis ça au hasard…) et les nouvelles questions.

J’avais déjà abordé le sujet, mais deux éléments sont constitutifs du succès : l’entraînement et l’adaptation. Les entraînements, si vous vous êtes réinscrits à la préparation de votre université ou dans une Espé, vous en aurez. Si vous avez échoué à l’oral, interrogez-vous sur ce qui vous a manqué et mettez l’accent dessus pour combler vos lacunes. L’adaptation découle de ces constats : vous êtes faiblard en commentaire, c’est ça qu’il faut travailler en priorité. Certains sujets sont restés en friches dans une question qui est maintenue, c’est le moment de les travailler dans la perspective de l’année prochaine.

Bref, il faut tirer des enseignements rapidement pour être plus performant l’année prochaine. N’hésitez pas non plus à revenir vers vos enseignants pour discuter avec eux des épreuves (et écoutez leurs conseils bon sang de bois !) : ils vous donneront probablement une vision plus nuancée et productive que celle que vous gardez de votre échec.

Quoi que vous fassiez, faites-le pour vous et après avoir pesé le pour et le contre. C’est de votre vie qu’il s’agit, pas d’autre chose et n’oubliez pas qu’avec de la volonté on déplace des montagnes nous dit-on, alors avoir le Capes…

P.S. Avec un peu d’effort d’imagination et en remplaçant « Capes » par « Agrégation », j’imagine que ce texte est également assez valable.

Présentation des Moocs à la BNF

Jeudi 16 mai, j’étais invité par Rafaël Szwarcensztein de la BNF pour présenter le travail de SorbonneX, l’équipe que je dirige depuis presque deux ans et qui est chargée de la réalisation des Moocs à Paris-Sorbonne.

Nos partenaires nous demandent régulièrement de présenter le processus de production que nous avons mis en place pour les deux tomes sur le théâtre classique et pour Christianisme et philosophie dans l’Antiquité, ce que nous faisons à chaque fois avec plaisir.

Pour en savoir un peu plus, vous pouvez trouver le support de présentation utilisé ici.

De quoi le Capes est-il le nom ? Coller des rustines

Avec les concours blancs à corriger, les Moocs à superviser et tous les projets qui demandent un peu d’attention ces derniers temps, j’ai laissé en jachère ma série de billets sur le Capes.

À quelques semaines seulement des épreuves, il s’agit maintenant pour vous de parer au plus pressé. Que faut-il faire dans les jours qui viennent pour continuer de manière optimale sa préparation ?

D’abord garder en ligne de mire la cohérence de son travail de préparation. Comme indiqué dans un précédent billet, il faut continuer à viser l’équilibre entre les questions travaillées et ne pas se laisser tenter par une focalisation dommageable sur quelques points – certes intéressants – mais qui laisseraient le reste dans l’ombre.

Pour cela, il faut garder et peut-être revoir légèrement son planning. Vous avez passé beaucoup de temps sur la contemporaine ? Laissez-la de côté quelque temps pour rééquilibrer votre attention vers les autres questions.

Le fouetIl faute ensuite coller des rustines. Coller des rustines cela signifie concrètement repérer ses lacunes et les combler. Une fiche par point. Rapide, concise, efficace. Chacun son modèle, mais je recommande quelques dates et un exemple rédigé par exemple. Pour traiter, au hasard, l’École de 1789 à 1899, 6 ou 7 fiches suffisent si la préparation antérieure n’a pas totalement fait l’impasse sur le sujet (oh ! Vous avez forcément lu deux ou trois choses dans les manuels, non ?) :

 

1833 Loi Guizot

Proposée par François Guizot, ministre de l’Instruction publique dans le premier gouvernement Soult.

25 articles / Enseignement primaire / garçons

Article 21 : comité communal a la responsabilité de s’assurer « qu’il a été pourvu à l’enseignement gratuit des enfants pauvres. »

Conséquence : augmentation du taux d’alphabétisation (50% en 1848).

Françoise Mayeur, Histoire générale de l’enseignement et de l’éducation en France, 1789-1930, tome 3, Perrin, 2004.
Gilles Rouet, L’invention de l’école. L’école primaire en France sous la Monarchie de Juillet, Presses Universitaires de Nancy, 1993.

Ces fiches ont un but de mémorisation de long terme donc inutile de les surdévelopper. Cela vous prendrait trop de temps.

Un outil pratique pour réviser rapidement est de dresser une liste des ces fiches en ne mentionnant que les titres. Cela vous permet de parcourir rapidement votre documentation et (a.) de repérer rapidement ce qui manque ainsi que (b.) de jouer le jeu de la mémoire en essayant de vous rappeler ce qu’elles contiennent sans les avoir directement sous les yeux.

Dernier point, il faut commencer si ce n’est déjà fait à vous entraîner. Les concours blancs ne suffisent pas. Faites des plans détaillés, pour les plus courageux, réaliser deux ou trois épreuves en « vraie grandeur » comme le disaient les ingénieurs des années 1980 quand il fallait tester un produit au contact du grand public.

À l’instar d’un sportif de haut niveau, les gestes élémentaires de la pratique du commentaire et de la dissertation doivent devenir des automatismes (particulièrement dans les épreuves un peu « exotiques » comme les épreuves 26.Je vous rappelle que nous avons sorti un manuel qui donne à lire, et c’est suffisamment rare pour être noté, des exemples rédigés : MOLINIÉ (SD.) Anne-Sophie, THIERRY Benjamin, BAUDINAULT Alexandra, KLEIN Bernard, JOUAN Fabien & PLEVEN Bertrand et al., Préparer et réussir le CAPES d’histoire géographie. Épreuves d’admissibilité. Concours 2014, Éditions Sedes, Paris, 2014, 224 p.).

De quoi le Capes est-il le nom ? L’expérience de Marc Labbé

Lorsque j’ai souhaité demander à certains de mes anciens étudiants, devenus des collègues aujourd’hui, de me confier une bafouille rapide sur leur expérience des concours, je ne croyais pas obtenir de si bonnes choses.

Christophe Naudin a ouvert le bal il y a peu. Aujourd’hui, je publie le témoignage de Marc. Il est à mes yeux très important. En effet, en parallèle de sa contribution, vous trouverez des documents précieux. Il vous fait l’amitié de vous donner à lire une de ses copies de Capes et quelques brouillons.

Je passe rapidement sur le plan de la bibliothèque de Châlons, dont l’intérêt est surtout « psychologique » comme le dit Marc lui-même. 

La copie en revanche, vous donne un bon exemple de ce qui mérite un 14, donc un résultat très au-dessus de la moyenne d’admissibilité au concours. Pour celles et ceux qui se font encore des épreuves une montage infranchissable, elle doit rassurer en montrant que le succès est à portée. Pour celles et ceux que la méthodologie inquiète, elle sera un guide bien utile.

Un grand merci à Marc d’avoir accepté l’exercice et d’avoir exhumé de ses archives personnelles ces vestiges d’une session pas si loin de nous que cela.

 

Marc LabbéComme beaucoup d’étudiants passant le CAPES, j’ai dû m’y prendre à plusieurs fois. Trois pour être exact. Chaque année, j’ai appris de mes erreurs et j’ai pu rectifier le tir. Sur l’invitation de Benjamin Thierry, je vais donc vous faire part de mon expérience.
La première année, j’ai raté le CAPES dès les écrits avec 5 en Histoire et 4,5 en Géographie. Je n’étais absolument pas préparé et j’avais pris ce concours comme une prolongation de la licence. Le travail demandé était beaucoup plus conséquent alors même que j’effectuais une double licence Histoire Géographie.

Dès l’été, il ne faut pas hésiter déjà à revoir les bases en prenant des manuels du secondaire. Il n’y a pas de honte à ça. Certains contiennent en plus de bons croquis, simples et facilement réutilisables pour la Géographie. Très pratique, sachant que bon nombre d’apprenants sont historiens.
Quand on se lance dans ce concours, on ne sait pas trop comment s’y prendre. C’est un monde un peu nouveau. Avec 6 ou 7 questions à préparer en l’espace de quelques mois, il faut être efficace et ne pas tomber dans le piège de l’exhaustivité en s’éparpillant. Evitez de faire l’impasse sur une question ou sur une partie du sujet, même si un professeur vous affirme, par exemple, que l’agriculture française ne tombera jamais7.Souvenirs de la session 2010 avec le sujet en Géographie : Aménagements des territoires et mutations récentes de l’agriculture française.. Ayant la chance d’être à Paris, j’ai pu aussi faire mes cours « à la carte », en choisissant tel ou tel enseignant à Paris-1 ou à l’IUFM/ESPE. Je vous encourage à faire de même si vous en avez la possibilité. J’apprenais énormément rien qu’en écoutant certains professeurs (vive la mémoire auditive) mais j’avais aussi besoin d’écrire pour m’approprier les connaissances. A vous de trouver votre meilleur moyen pour retenir cette somme de connaissances.

Les écrits

La première fois, j’ai raté mon épreuve de médiévale8.Session 2010, sujet : Pouvoirs et violence dans les royaumes de France, de Bourgogne et de Germanie, 888 – début du XIIe siècle car je n’avais aucun repère chronologique en tête, aucun exemple précis. J’ai rédigé deux copies doubles avec du vent et en paraphrasant les documents. Pour la Géographie, je n’ai jamais dépassé le 6 lors de mes 3 tentatives et je ne peux encore l’expliquer…
En Histoire, la maîtrise de la chronologie reste essentielle. Faites une fiche simple avec les événements importants et indiquez aussi les césures qui seront essentielles si vous optez pour un plan chronologique. Ensuite, je vous conseille de travailler sur un seul manuel en complément des cours dispensés. Avec cela, vous constituez une banque d’exemples qui peuvent être appliqués dans plusieurs thématiques et qui couvrent l’ensemble de la période historique étudiée. Ce n’est que le CAPES, il est inutile d’avoir 50 exemples en tête par question, il vaut mieux en maîtriser peu mais être capable de les approfondir. Les manuels des éditions Atlande sont généralement de bonnes mines d’exemples, les SEDES étant un peu plus généraux.

La veille de me rendre à Arcueil et à sa fameuse maison des examens, je n’ai absolument pas travaillé et c’est nécessaire. Juste se reposer, passer du bon temps avant de s’enfermer pendant deux jours là-bas. C’est inutile de réviser la veille. Vous avez potassé plusieurs mois, alea jacta est. Cela peut même être contre-productif en faisant augmenter le stress, en se rendant compte qu’on ne connait pas tel ou tel point. C’est trop tard.
Vient le jour J. Pour la rédaction, il faut écrire simplement, faire des phrases courtes et suivre le schéma : idée, exemple, explication. Il faut être le plus clair possible, imaginez-vous en train d’expliquer ceci à un de vos proches. Bien sûr, faites attention à l’orthographe, vous passez un concours pour devenir professeur et donc irréprochable à ce niveau. Cependant, avec le stress, le temps court, il restera malgré tout des coquilles comme vous pouvez le voir ci-dessous. Appliquez vous aussi pour l’introduction (accroche, définition des termes du sujet, des bornes, évoquer les sources, problématique et annonce du plan), la conclusion (reprenez vos semi-conclusions et répondez à la problématique précise). Je me souviens d’une remarque d’un des professeurs qui disait: si on peut changer un des termes de votre question, c’est qu’elle est trop générale. Essayez aussi de participer à un maximum d’entrainements, que ce soit à l’écrit ou pour les oraux. Cela permet de voir où vous avez des lacunes tant au niveau de la méthode que des connaissances. On apprend aussi à gérer son temps, son stress, à peaufiner des stratégies pour gagner du temps et à faire un brouillon correct non rédigé. Prenez aussi un petit en-cas et à boire.

Voici ci-joint, ma copie qui m’a valu un 14. Cela vous permettra de voir ce que les correcteurs attendent plus ou moins. Inutile aussi de se lancer dans un concours de celui qui a écrit le plus. Je n’ai rédigé que 7 pages et j’ai eu une note honorable.

La copie de Marc Labbé en pdf.

Les oraux

Pour préparer les oraux, il faut alterner les colles et les entraînements entre amis. Cela vous permettra d’être une véritable machine à plans et à croquis. J’ai dû faire plus d’une dizaine de colles et cela m’a grandement aidé à m’améliorer. En Géographie, j’appliquais toujours le même plan proposé par G. Fumey : description, explication et une dernière partie culturelle ou enjeu, ouverture… Il faut également avoir survolé la plupart des livres sur les différentes questions, c’est-à-dire être capable de savoir dans quel manuel, vous pouvez trouver telle information. Les documentations photographiques sont vraiment très bien faites et sont parfaites pour les oraux. Elles restent un incontournable à maîtriser.
Les oraux sont aussi synonymes de la charmante ville de Châlons-en-Champagne. Pour ma part, je ne m’y étais jamais rendu. Je n’ai pas voulu y aller avant considérant que c’était une perte de temps et d’argent. Vous allez juste voir une salle avec un candidat et trois membres du jury (professeurs, inspecteurs, formateurs). Rien d’extraordinaire.

La première fois, en 2011, m’a permis de me familiariser avec la ville et les lieux. J’étais dans un hôtel proche du lycée où se déroulait les épreuves de géographie et l’épreuve sur dossier. Après le tirage au sort de la matière principale, on devait visiter la bibliothèque. J’avais fait un petit plan dont le but était de mémoriser à peu près les différents ouvrages mais aussi de me rassurer.

bibliothèque

Vous ne pouvez pas prendre de photographie à l’intérieur mais vous pouvez prendre la bibliographie affichée à l’extérieur. Est-ce vraiment utile, je ne crois pas, mais ça rassure. Il se peut qu’il n’y ait pas tous les livres. Je me souviens d’avoir passé 5-10 minutes à chercher une documentation photographique en vain.

J’ai tiré au sort les deux fois la Géographie. La première fois, j’ai eu le droit au sujet : Le lait pour nourrir les hommes avec un 12 à la clé. La seconde fois : Le Rhin, le Danube, deux fleuves européens avec un 18 cette fois.

Pendant le premier quart d’heure, j’ai lâché toutes mes idées sur mon brouillon et déjà je réfléchissais à un plan (trois parties et 2 sous parties pour ma part) et quels manuels je pouvais prendre. Passage à la bibliothèque, essayez d’être parmi les premiers pour prendre certains manuels assez rares et ne pas être ainsi lésé. Retour en salle de préparation, faites la bibliographie, vous vous en débarrassez ainsi. Et c’est parti pour des heures face à vos manuels et votre brouillon. Plusieurs conseils : numérotez les pages, indiquez le temps approximatif à chaque page pour gérer votre temps, prenez une montre, c’est plus discret qu’un gros réveil et enfin, n’hésitez pas à couper et coller vos brouillons pour agencer vos idées.

ML Brouillon

Comme vous pouvez le voir, juste quelques mots clés sur lesquels j’ai dû broder 2-3 minutes par page. Cela évite de lire les notes.

Mais ce dernier oral était assez amusant car mon homonyme la première année était tombé sur le Danube. On avait discuté de ce qu’elle avait fait et cela m’a servi pour cet oral. Je me souviens encore où dans ma troisième partie intitulée « Renforcement de l’identité européenne à travers ces deux fleuves » j’évoquais le Danube bleu. Un de membres du jury avait pouffé de rire et j’ai continué comme si de rien n’était. Etait-ce nerveux ou pour me déstabiliser, je ne sais pas. Je n’explique pas non plus cette réussite. J’avais l’impression d’avoir fourni une prestation équivalente à ma première fois.

Le CAPES est aussi fortement lié au hasard. Hasard du tirage de la matière (j’avais une préférence à l’oral pour la Géographie), hasard du sujet, du jury, des questions posées pendant l’entretient. Après, vous pouvez réduire cette part de chance/malchance avec de l’entrainement et en essayant de toucher à tous les sujets possibles. Durant la partie d’entretient, le membre du jury ayant proposé la question reviendra sur l’exposé. Les deux autres vont tester votre culture générale. Essayez de répondre en faisant preuve de logique mais sans chercher à gagner de temps en répondant à côté de la plaque. Maintenant que je fais passer des oraux, je me rends compte à quel point c’est agaçant et on a l’impression qu’on se moque de vous. Un humble « je ne sais pas » peut être une porte de sortie ponctuelle. Sachez également que vous devez être sûr de tout ce que vous avancez pendant l’exposé. Les perches tendues pendant l’oral feront bien évidement l’objet de questions.

Pour la Géographie, faire un transparent pour chaque partie est vraiment bien vu. A chaque changement de partie, vous rajoutez un calque par dessus votre fond de carte. Conseil aussi tout bête, pour les feutres, prenez de l’indélébile avec un petit peu d’alcool et un coton tige pour effacer. Les autres feutres peuvent baver lorsque vous passez la main dessus et là, c’est le drame.
Sortir une carte topographique est également très bien vu mais vous devez être capable de l’analyser sérieusement9.Par exemple : DEFOSSE J. Principes et méthodes du commentaire de cartes aux concours, Paris, PUF, coll° MAJOR, 2004..

En épreuve sur dossier et agir en fonctionnaire éthique et responsable, je tombe sur un sujet pas vraiment travaillé : L’Histoire des grands hommes aide-t-elle à comprendre notre passé ? En faisant appel surtout à ma culture générale, je m’en tire avec 16, inexplicable aussi. Essayez d’être ouvert sur le monde, suivez la presse, certaines émissions radio ou télé (La Fabrique de l’Histoire, Le dessous des cartes par exemple). N’oubliez pas d’utiliser le dictionnaire, ça peut être utile pour trouver certaines informations simples comme le débit, la longueur des fleuves, chose que je n’avais pas dans les manuels…

Après Châlons, c’est l’attente. Les résultats sont tombés plus tôt que prévu à ma grande surprise. Me voici 89ème sur 550, je ne m’y attendais pas.
Maintenant commence un nouveau challenge, encore plus éprouvant, la première année de stage !

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Notes   [ + ]

1. Le système des missions repose sur un séjour de 15 jours durant lesquels nous enseignons tous les matins entre 3,5 heures et 4h avec le même groupe pour délivrer un enseignement comparable à celui d’un semestre parisien. Pas vraiment le temps de lézarder au bord de la piscine en dépit de ce que l’on peut encore entendre ici ou là.
2. JARRIGE François, Technocritiques, La Découverte, Paris, 2016, 440 p.
3. Sur le site de la Librairie Le Divan et pas chez l’ogre Amazon à qui il ne faut faire aucune confiance, bien entendu.
4. Je n’ai déjà pas de quoi acheter tous les livres qui me font envie… ceci dit, comme je n’ai pas le temps non plus de les lire, cela débouche au moins sur un équilibre de la frustration.
5. PAGNOL Marcel, La gloire de mon père, Éditions Pastorelly, Paris, 1957, 305 p.
6. Je vous rappelle que nous avons sorti un manuel qui donne à lire, et c’est suffisamment rare pour être noté, des exemples rédigés : MOLINIÉ (SD.) Anne-Sophie, THIERRY Benjamin, BAUDINAULT Alexandra, KLEIN Bernard, JOUAN Fabien & PLEVEN Bertrand et al., Préparer et réussir le CAPES d’histoire géographie. Épreuves d’admissibilité. Concours 2014, Éditions Sedes, Paris, 2014, 224 p.
7. Souvenirs de la session 2010 avec le sujet en Géographie : Aménagements des territoires et mutations récentes de l’agriculture française.
8. Session 2010, sujet : Pouvoirs et violence dans les royaumes de France, de Bourgogne et de Germanie, 888 – début du XIIe siècle
9. Par exemple : DEFOSSE J. Principes et méthodes du commentaire de cartes aux concours, Paris, PUF, coll° MAJOR, 2004.